2030 : la Cour des comptes pointe la planification et la réglementation

2030 : la Cour des comptes pointe la planification et la réglementation

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La Cour des comptes a recommandé au Chef du gouvernement de mettre en place les mécanismes de suivi de l’exécution du plan d’équipement électrique 2025-2030, et ce en vue d’assurer l’atteinte des objectifs dans les délais fixés. Elle a recommandé au ministère chargé de la Transition énergétique d’accélérer la réforme du secteur de l’électricité à travers la séparation effective des activités de production, de transport et de distribution, et d’activer la publication des textes réglementaires.

La stratégie énergétique nationale 2009-2030 vise à mieux utiliser les ressources locales et réduire la dépendance énergétique du pays. Cette stratégie a pour objectif d’atteindre une part de 42% de capacités installées d’énergies renouvelables (EnR) dans le mix électrique à l’horizon 2020, soit 6 000 MW répartie équitablement entre les énergies solaires, éolienne et hydraulique. Cet objectif a été porté à 52% à l’horizon 2030. Le volume global des investissements des projets EnR, quant à lui, s’est élevé à 66 Mds de DH entre 2009 et juin 2025.

Le suivi du chantier des EnR a porté sur le bilan des réalisations ainsi que sur les défis liés à leur développement, souligne la Cour des Comptes dans son rapport annuel au titre de 2024-2025.

S’agissant du bilan des réalisations, en dépit des avancées accomplies, les différents programmes n’ont pas atteint les objectifs de capacités installées de 2020 dans les délais prévus. Ainsi, le programme solaire n’a réalisé que 38% de son objectif initial de 2 000 MW.

De même, le programme intégré de l’énergie éolienne a atteint 72% de la cible de 2 000 MW. Quant au programme hydroélectrique, dont l’objectif était également de 2 000 MW en 2020, la puissance installée a stagné à hauteur de 1770 MW depuis 2010.

Ainsi, la part des capacités installées des EnR dans le mix électrique s’est établie à 37% à fin 2020, contre un objectif de 42% pour la même année. Néanmoins, et depuis 2021, la dynamique s’est accélérée, faisant passer ces capacités de 3 946 MW en 2020 à 5 439 MW en 2024, et portant ainsi leur part dans le mix électrique à 45,3% en 2024.

En outre, à fin juin 2025, les capacités installées des énergies éolienne et hydraulique ont dépassé les objectifs fixés pour 2020, atteignant respectivement 2 451 MW et 2 120 MW. En revanche, celles du programme solaire n’ont pas dépassé 928 MW. Ceci est dû aux changements qui ont affecté les projets prévus, ainsi qu’à la faible coordination entre MASEN et l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE).

Cependant, la cour des comptes souligne dans son rapport qu’en dépit de l’accroissement de leurs capacités installées, le mix électrique demeure dominé par les énergies fossiles. En effet, la contribution des EnR à la production électrique est insuffisante, ne dépassant pas 26,7% en 2024.

Ceci s’explique par plusieurs facteurs, notamment la nature intermittente de ces sources, La baisse du niveau d’eau dans les barrages qui a affecté la production d’électricité à partir de l’énergie hydroélectrique, le retard enregistré dans la mise en service de la station de transfert d’énergie par pompage (STEP) de « Abdelmoumen » , ainsi que les arrêts techniques qu’a connus la centrale NOOR III.

Au niveau de la planification, le plan d’équipement électrique 2025-2030 prévoit d’atteindre une puissance installée globale de 15 672 MW dont 12 445 MW de source renouvelable. Pour ce faire, le plan d’investissement repose sur le développement des EnR et la consolidation des moyens de gestion de leur caractère intermittent, à travers la réalisation d’une troisième STEP et l’adoption de systèmes de stockage par batteries associés à l’énergie solaire photovoltaïque (PV).

Il met également l’accent sur le renforcement du rôle du gaz naturel pour accompagner ce développement. En outre, le renforcement du réseau électrique est essentiel pour accroître la part des EnR, notamment dans les régions du Sud qui disposent d’un fort potentiel, en particulier pour l’énergie éolienne.

Dans ce cadre, « l’Autoroute électrique » reliant Dakhla à Casablanca, d’une capacité de trois gigawatts et un coût estimé à 30 MMDH, est un projet crucial pour exploiter ledit potentiel. Toutefois, l’appel à manifestation d’intérêt lancé en 2023 pour le concrétiser a accusé un retard notoire, et la convention de partenariat public-privé n’a été signée qu’en mai 2025.

Par ailleurs, l’hydrogène vert constitue un levier stratégique pour l’avenir énergétique du pays, grâce à la disponibilité de ressources solaires et éoliennes, aux infrastructures portuaires et la proximité avec l’Europe.

Dans ce sens, une feuille de route nationale a été élaborée en 2021. Toutefois, des mesures concrètes n’ont pas été entreprises afin de mettre en œuvre les différentes actions prévues et ce, en raison d’un manque de coordination et d’une faible implication des parties concernées.

A la suite des Hautes Instructions Royales, une « Offre Maroc » , qui couvre l’ensemble de la chaîne de valeur, a été élaborée en mars 2024 afin d’attirer les investissements et développer des projets de production d’hydrogène et de ses dérivés.

Les efforts déployés ont permis la sélection de sept grands projets répartis sur six régions, représentant une capacité totale en EnR de 20 gigawatts et visant la production d’environ huit millions de tonnes de dérivés. Malgré cette dynamique, le secteur reste confronté à plusieurs défis, notamment la sécurisation de contrats d’achat à long terme, le parachèvement des infrastructures de transport et de stockage, ainsi que la prise en compte des contraintes imposées par le cadre législatif et réglementaire du marché européen.

En ce qui concerne les défis liés au développement des EnR, le Maroc a reçu 5,6 MM USD de flux financiers internationaux entre 2010 et 2020.

De même, MASEN a combiné des crédits concessionnels garantis par l’État, dons, émissions d’obligations vertes, prêts commerciaux, et partenariats public-privé. Pourtant, l’accès au financement commercial à grande échelle demeure limité, tandis que les besoins en financement restent importants pour la réalisation des projets de production, de transport et de stockage.

Ce défi financier se conjugue à des défis institutionnels et réglementaires. En effet, le cadre juridique a connu une évolution notable grâce à la loi relative aux EnR et la loi relative à l’autoproduction.

Cependant, la lenteur dans la publication des décrets d’application retarde la mise en œuvre de dispositions essentielles, telles que la facilitation de l’accès au réseau de distribution électrique à basse et moyenne tension.

La Cour des comptes a signalé que, l’Autorité nationale de régulation de l’électricité a approuvé, en 2025, la séparation comptable des activités de l’ONEE, permettant ainsi de distinguer les coûts de production, de transport et de distribution, en attendant la création d’une entité indépendante chargée de la gestion du réseau de transport, conformément aux pratiques internationales et dans un souci de transparence.

D’un autre côté, le coût de l’énergie solaire concentrée est élevé par rapport à celui de l’énergie photovoltaïque et de l’énergie éolienne, créant ainsi un gap d’exploitation dans certains projets Noor. Ce gap a entraîné des pertes cumulées pour MASEN, partiellement compensées par les excédents générés par les projets de l’énergie photovoltaïque. Ainsi, le gap brut de 4,9 Mds de DH a été réduit à 4,34 Mds de DH à fin 2024.

Par ailleurs, le stockage est essentiel pour le renforcement d’intégration des EnR. Les moyens de stockage existants comprennent la STEP d’Afourer de 464 MW, et celle d’Abdelmoumen de 350 MW. En outre, l’Office a lancé, en 2025, un appel à manifestation d’intérêt pour la réalisation d’un projet utilisant la technologie de stockage par batteries, d’un coût estimé à 5,7 Mds de DH et d’une capacité totale de stockage de 1 600 MWh. De même, le projet Noor Midelt, doté d’une capacité totale de 1 460 MW, piloté par MASEN comprendra un système de stockage par batteries d’une capacité de 700 MWh.

Parallèlement, le gaz naturel s’impose comme une énergie de transition flexible, facilitant l’intégration des EnR et la réduction de la domination du charbon dans la production électrique. Plusieurs projets sont en cours, notamment des terminaux de réception de gaz naturel liquéfié et des réseaux de gazoducs reliant les centrales électriques et les zones industrielles. Cependant, la concrétisation de ces objectifs reste conditionnée par la finalisation du cadre réglementaire et par la mobilisation des financements nécessaires.

Eu égard à ce qui précède, la Cour des comptes a recommandé au Chef du gouvernement de mettre en place les mécanismes de suivi de l’exécution du plan d’équipement électrique 2025-2030, et ce en vue d’assurer l’atteinte des objectifs dans les délais fixés. Elle a préconisé, également, d’améliorer la gouvernance du secteur énergétique et d’adopter un cadre juridique et une stratégie claire pour le secteur du gaz naturel.

En outre, la Cour a recommandé au ministère chargé de la Transition énergétique d’accélérer la réforme du secteur de l’électricité à travers la séparation effective des activités de production, de transport et de distribution, et d’activer la publication des textes réglementaires portant application des lois sur les énergies renouvelables et sur l’autoproduction de l’électricité, tout en clarifiant les rôles des différents acteurs.

Elle a recommandé, aussi, de développer le réseau de transport d’électricité et de mettre en œuvre des projets d’interconnexion électrique afin d’assurer une exploitation optimale du potentiel du pays en EnR.

La Cour a préconisé, enfin, de recourir aux technologies les plus adaptées pour produire des EnR au meilleur coût, et de diversifier les sources de financement, notamment par le recours aux mécanismes de financement vert et à d’autres sources plus compétitives, offrant des conditions avantageuses adaptées à la situation des organismes bénéficiaires.

Source de l’article : EcoActu

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