Comment El Malick Ndiaye tisse discrètement sa toile

Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, vient de reprendre les airs pour une visite en Chine, quelques jours seulement après son retour du Maroc. Ce nouvel itinéraire diplomatique soulève des interrogations sur la fréquence des déplacements à l’étranger du président du Parlement, qui semble plus mobile que le Premier ministre et les membres du gouvernement. Pour certains observateurs, cette récurrence tient du « méli-mélo » .

Depuis dimanche, El Malick Ndiaye et sa suite sont en Chine, à l’invitation de son homologue Zhao Leji. Selon les services de communication de l’Assemblée nationale, ce déplacement s’inscrit dans le cadre du renforcement des relations de coopération entre le Sénégal et la Chine. Il s’agit du dernier en date d’une série de voyages récents, en particulier vers le Maroc.

Le 9 janvier, le président du Parlement sénégalais a participé au Maroc à une réunion visant la mise en place d’un groupe de travail en préparation de la prochaine réunion du Processus des États Africains de l’Atlantique (PEAA). Il y a ensuite effectué un second séjour, à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations. Quelques jours auparavant, le 8 janvier 2026, il s’était rendu en Mauritanie, à l’Assemblée nationale, dans le cadre des « relations d’amitié, de coopération et de partenariat » .

Cette série de voyages s’ajoute à d’autres déplacements internationaux réalisés au cours de l’année 2024. Le 6 avril, El Malick Ndiaye s’était rendu en Ouzbékistan, pour participer à la création d’un groupe d’amitié entre les deux parlements et à la programmation de visites de travail.

Pour certains, ces voyages répétés, financés sur fonds publics, sont difficilement conciliables avec la situation économique du pays, marqué par une marge budgétaire réduite et une austérité ressentie par la population. Ils soulèvent des questions de cohérence entre les efforts demandés aux Sénégalais et le train de vie des hautes autorités, perçu comme très soutenu.

Dans ce contexte, l’ancien parlementaire libéral Doudou Wade appelle à la prudence et parle de « méli-mélo » quant aux raisons réelles de ces déplacements. « On ne sait pas les raisons de sa visite et parfois ça peut être des visites organisées par des hommes d’affaires » , indique-t-il. Pour autant, il reconnaît que le président de l’Assemblée « travaille et est en train de poser des actes » , même s’il estime qu’il y a un retard dans certains travaux. Selon lui, ces déplacements pourraient s’inscrire dans de nouvelles orientations, mais qui devraient être intégrées dans des programmes définis.

Sur la question de la continuité des travaux parlementaires, Doudou Wade souligne que même en période de vacances parlementaires, des vice-présidents doivent rester sur le territoire national pour assurer la suppléance. « Je ne peux me prononcer outre mesure, mais il faut savoir que les voyages sont organisés et le président de l’Assemblée nationale a des possibilités d’être suppléé sur tout ce qu’il fait » , affirme l’ancien président du groupe parlementaire du PDS.

Au-delà des débats, la question demeure : à quelle fréquence un chef d’institution parlementaire peut-il voyager à l’étranger sans que cela ne nuise à la présence et au fonctionnement de l’institution ? Et surtout, ces déplacements servent-ils réellement les intérêts du pays ou répondent-ils à une logique personnelle ou politique ?

Source de l’article : Senenews