Julien Quesne : « Toute une saison pour faire le job »

Rencontré ce mercredi 21 janvier au Cabot Bordeaux, Julien Quesne est à l’abri du practice couvert du resort girondin pour réciter ses gammes. Au sortir d’une semaine d’entraînement à Samanah au Maroc, et avant d’aller retrouver son compère Matthieu Pavon au soleil de Floride fin février, le Bordelais d’adoption doit s’accommoder de ce que lui offre la météo du moment au Pian-Médoc : froid, grisaille, pluie. Des conditions guère idéales, qui ne parviennent pas toutefois à ternir sa bonne humeur et son moral d’acier à quelques jours de démarrer sa saison sur l’HotelPlanner Tour. Après une année 2025 comprenant seulement douze tournois sur la deuxième division européenne, mais bouclée à un solide 52e rang, il a récupéré une catégorie pleine sur le circuit. Pour la première fois depuis des années, il peut donc se projeter sur un calendrier complet. En 2026, son expérience, détermination et un niveau de jeu toujours très élevé seront ses armes pour remonter sur le Tour européen.

La saison est sur le point de démarrer, et pour la première fois depuis longtemps vous avez devant vous la perspective d’une saison complète sur le même circuit. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ça va être sympa ! J’ai de la visibilité sur mon calendrier et je vais pouvoir jouer une saison homogène. Même si ça va être plus dense entre avril et octobre, je démarre dès ce jeudi en Afrique du Sud. Je vais pouvoir choisir mes tournois : je vais jouer les trois premiers des quatre prévus en Afrique du Sud, et probablement les deux qu’ils viennent de rajouter en Inde au mois de mars. Je vais pouvoir jouer régulièrement tout au long de l’année, sur de bons parcours et dans de bonnes conditions, donc c’est chouette ! Ça fait au moins cinq ou six ans que ça ne m’était pas arrivé, et même un peu plus que ça puisque après avoir perdu ma carte du circuit européen fin 2017, je n’ai pu effectuer des saisons complètes sur le Challenge Tour tellement j’ai eu d’ennuis physiques. Là, j’ai la catégorie pleine et ça va super bien physiquement, donc c’est cool !

Quel est votre objectif sur l’HotelPlanner Tour en 2026 ?

C’est de finir dans le top 15, et non plus le top 20 comme auparavant puisqu’ils ont réduit le nombre de joueurs qui seront promus sur le DP World Tour. J’ai donc toute une saison pour faire le job, alors que l’an dernier je suis arrivé sur le circuit lors des tournois organisés en France, fin juin, début juillet. J’ai performé rapidement et j’ai pu continuer, mais au final je n’ai fait qu’une demi-saison. Si j’avais un peu mieux fini l’année j’aurais pu me battre pour finir dans le top 20, mais par rapport au peu que j’ai joué, c’était déjà plutôt bien.

La fin de saison 2025 vous laisse-t-elle des regrets ?

Non. J’ai eu quelques petits passages à vide en fin d’année, notamment en Chine où j’ai raté le cut du premier tournoi et fini 40e du second, alors qu’il y avait beaucoup de points à prendre, mais c’est dû au fait que je ne jouais pas très bien à ce moment-là. Et ce sont des choses qui arrivent.

Les Cartes européennes n’ont pas été davantage couronnée de succès…

Dans la foulée, je suis allé aux PQ2 où je me suis vraiment accroché pour passer alors que mon jeu n’était vraiment pas terrible ; et même si c’était mieux lors de la finale la semaine suivante, je me suis retrouvé sur ces deux parcours d’Infinitum Golf que je n’aime pas du tout et où j’ai toujours du mal. Là, j’étais déçu, car je pensais que je pouvais aller au bout, mais quand je vois le score qu’il fallait faire pour avoir la carte comparé à ce que j’avais dans les doigts à ce moment-là, c’était quand même compliqué…

Même si vous n’êtes pas monté sur le Tour européen, le bilan global de l’année 2025 est-il satisfaisant ?

Oui, bien sûr ! J’ai gagné deux fois sur le circuit français, j’ai fait une deuxième place sur le Challenge Tour, donc je sens que je ne suis pas loin.

Avez-vous le sentiment de démarrer une nouvelle carrière ?

Je n’en sais rien… Je veux juste prendre du plaisir, en profiter. Tant que je suis performant, je suis heureux. Je verrai où ça me mène, mais en attendant je prends ce qu’il y a à prendre. Je sais que j’ai le jeu pour être encore plus performant en 2026, et même les semaines où je ne tape pas bien la balle, avec le métier que j’ai j’arrive à m’accrocher. Et ce qui fait la différence, c’est un ou deux putts de plus rentrés chaque jour, donc je sais que si je le mets, même si le reste du jeu n’est pas excellent, j’arrive quand même à être sur le devant de la scène.

Comment vous sentez-vous par rapport à la majorité des concurrents, qui ont la moitié de votre âge et envoient la balle beaucoup plus loin ?

On a des jeux différents ! Évidemment, quand on joue sur des parcours longs et ouverts, je suis moins à mon avantage. Néanmoins, c’était plutôt ce style de parcours quand j’ai fait deuxième en Écosse, donc ça montre bien que la règle la plus importante, c’est de mettre des putts. Après, c’est sûr qu’on n’a pas le même jeu, et que les parcours sont plus durs pour moi que pour les jeunes. J’ai régulièrement entre deux et quatre clubs de plus qu’eux… Quand ils tapent un fer 9, j’ai un fer 6. En moyenne ils me mettent 20 m au drive, donc ça fait deux clubs, plus un sur le coup suivant, donc ça fait généralement trois clubs d’écart. On ne joue pas les mêmes parcours : les obstacles qui sont à 250, 255 m sont en jeu pour moi, mais pas pour eux. C’est comme ça ! Aujourd’hui, tout le monde cherche à taper le plus fort possible, même chez les seniors. Mais encore une fois, c’est à moins de 100 m du green que se fait la différence. Si tu es bon au wedging, au chipping et au putting, tu auras toujours moyen d’être devant. Et je pense qu’avec le métier que j’ai, je suis mieux armé que tous les jeunes à ce niveau-là. Et je ne parle même pas d’autres aspects du jeu comme de gérer une saison, une carrière, faire face à tous les aléas qui peuvent survenir autour.

Physiquement, vous avez connu pas mal d’ennuis ces dernières années. Comment vous sentez-vous aujourd’hui par rapport à ça ?

J’arrive à m’entraîner tous les jours et presque autant qu’avant, donc ça va. Il va juste falloir que j’arrive à me libérer un peu plus de temps pour moi cette année, ce que j’ai un peu de mal à faire, mais physiquement je me sens bien. Je suis plus fatigué aujourd’hui qu’il y a dix ans, bien sûr, mais j’aime tellement jouer au golf que j’arrive à trouver les ressources. On verra comment je vais gérer mon calendrier, en fonction de mon physique mais aussi de ma vie de famille, en tout cas je vais essayer de faire quelque chose d’intelligent. Quand le circuit arrivera en Europe, ça jouera toutes les semaines, donc il va falloir faire des choix. J’imagine que je jouerai une vingtaine de tournois sur les vingt-sept au programme, en faisant des blocs de deux ou trois tournois entrecoupés d’une semaine de pause.

Comptez-vous aller défendre vos titres à l’Omnium de la Riviera et à l’Open PGA France Arkea de Mont-de-Marsan en mars ?

Je préfère jouer des tournois plutôt que m’entraîner tout seul dans mon coin, donc j’irai sûrement à Mont-de-Marsan. Je n’ai rien en face, c’est à une heure de route, sur un parcours que j’adore, donc ça me fera une bonne préparation pour la suite. En revanche, je ne pourrai pas aller à Roissy car il y a un HotelPlanner Tour en face, et je ne pense pas aller non plus à Valescure car c’est un peu plus compliqué en termes de logistique. En tout cas, j’aime beaucoup ces tournois français : ils sont importants pour des joueurs comme moi qui peuvent se relancer, et évidemment pour des jeunes qui peuvent engranger de l’expérience en compétition, la carte dans la poche, et se préparer pour être performant aux échelons supérieurs. C’est d’ailleurs ce qui manque aujourd’hui en France : c’est déjà bien qu’il y ait ces quelques tournois nationaux, auxquels on peut ajouter Arcachon en fin de saison, mais ce serait encore mieux s’il pouvait y en avoir cinq ou six de plus, afin d’avoir un circuit plus dense, pour permettre aux jeunes et aux moins jeunes d’avoir davantage d’opportunités de jeu et de mieux se préparer pour l’Alps Tour, l’HotelPlanner Tour, les Cartes européennes, etc.

Avec qui travaillez-vous votre jeu au quotidien ?

Je n’ai pas de coach avec moi sur place, mais je suis en contact régulier avec les personnes avec qui je bosse, que ce soit Benoît Ducoulombier, Patrick Talon ou Mathieu Van Hauwe. Je sais que je peux les solliciter quand j’ai besoin d’un avis, d’un conseil. Bien sûr, la relation avec mes entraîneurs est différente d’il y a vingt ans ! Ils ont toujours des choses à m’apporter, mais honnêtement il n’y a pas vraiment de nouveautés : je travaille toujours sur les mêmes choses. La répétition des fondamentaux, c’est ça le quotidien pour un golfeur qui a un peu d’expérience. Après, j’entraîne un petit groupe de jeunes ici à Cabot Bordeaux : Victor Veyret, Aubin Lacaze, Alexandre d’Aurelles de Paladines et Julien Lebrere. Et mine de rien, même si je leur apporte beaucoup, ils m’apportent beaucoup eux aussi en retour ! S’entraîner seul, c’est compliqué, donc c’est mieux de le faire en groupe pour l’émulation et la motivation. Quand ils sont là, ils me tirent vers le haut parce qu’on fait essentiellement des matchs sur le parcours, et j’ai toujours envie de leur montrer que je suis là ! Je vois aussi une façon différente de jouer au golf, je vois un recours beaucoup plus important que moi aux nouvelles technologies, donc au final je me nourris autant d’eux qu’ils se nourrissent de moi.

Ça va faire dix ans que vous avez perdu la Carte du circuit européen : quel regard portez-vous sur cette décennie ?

Une bonne traversée du désert ! (rires) Ça m’a toutefois permis de passer beaucoup de temps en famille, ce qui est une bonne chose car j’ai deux garçons qui ont autant besoin de moi que moi d’eux. J’appréhende un peu le fait de repartir pour une saison pleine aux quatre coins de l’Europe et même au-delà, car même si j’ai pas mal voyagé en 2025, ça va être encore plus intense cette année. Il va donc falloir trouver un bon fonctionnement familial, mais je n’ai aucune crainte à ce sujet. J’ai la chance d’avoir une femme qui gère énormément de choses quand je ne suis pas là, et qui me soutient complètement ! Elle ne m’a jamais empêché de faire quoi que ce soit, car elle sait que j’aime le golf et que j’aime la compétition. Elle a confiance en moi, et elle voit que je suis encore performant, donc elle me laisse vivre ma passion jusqu’au bout. C’est cool de se dire qu’à 45 ans passés, je peux encore être à la poursuite de mes rêves !

Pour la première fois depuis bien longtemps, vous allez également faire partie d’un clan français sur le circuit. C’est une perspective agréable ?

C’est sûr ! Il y a de fortes chances que je sois le doyen sur l’HotelPlanner Tour cette année, même s’il y aura sans doute deux ou trois anciens. Et, même si ce n’est pas cool pour eux parce qu’ils sont descendus, je suis content à l’idée de retrouver Benjamin Hébert, Alexander Levy, Clément Sordet ou Julien Brun, des gars qui ne sont certes pas aussi âgés que moi, mais avec qui j’ai évolué un peu par le passé. On est vraiment soudés en tant que Français, et mine de rien c’est une vraie force. On va être un bon contingent, et ça va être une année sympa ! Et sans doute pas la dernière : je verrai où j’en suis dans dix mois, pour le moment je ne me dis rien du tout. J’aime toujours autant le golf, et d’ailleurs je trépigne un peu à l’idée de repartir, car le temps de passe pas assez vite pendant l’intersaison !

Source de l’article : Fédération Française de Golf