Ottawa fait monter votre pression artérielle
Sans surprise, les lenteurs et les ratés du gouvernement fédéral en matière de pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) irritent les retraités concernés. Quant au nouveau logiciel utilisé depuis mars, il serait bel et bien au cœur du problème, quoi qu’en dise Ottawa.
Dimanche, je racontais que deux retraités de plus de 65 ans qui ont déposé leur demande en personne se sont fait dire qu’ils devraient patienter cinq mois pour recevoir leur premier chèque. Aucune justification, aucune explication. Serge Côté attend depuis huit mois. Et il n’est vraiment pas le seul, comme en témoignent tous les courriels remplis de soupirs et d’indignation que vous m’avez transmis.
Claude ne comprend pas la logique derrière le délai d’attente qu’on lui impose. La lettre reçue à ses 64 ans confirmait son admissibilité à la rente. Mais six ans plus tard, tout le processus d’approbation est à recommencer, lui a dit Service Canada. « En 2019, ils savaient que j’étais éligible et ils étaient tout prêts à me verser la PSV sans que je fasse quoi que ce soit et maintenant, ils ne savent plus si je suis éligible ! Comment est-ce possible ? Par quelle curieuse tournure des évènements serais-je devenu inéligible ? » Louis et sa femme attendent tous les deux leur PSV depuis mai, eux aussi. « L’incertitude, la répétition des démarches et le sentiment de ne pas être pris au sérieux deviennent très frustrants. » D’autres vivent carrément l’inverse. Ils reçoivent des chèques qu’ils ne veulent pas. Marie-Claude a informé Ottawa par écrit qu’elle voulait attendre avant de retirer sa pension. Elle a quand même reçu une enveloppe d’Ottawa tous les mois. Elle a retourné les chèques avec une lettre. « Comble de la surprise : elle a reçu un T4 (ou l’équivalent) pour tous les chèques reçus qui n’ont jamais été encaissés. Je prévois que ça sera problématique quand viendra le temps de faire les impôts » , raconte Jacques, son conjoint.
C’est aussi arrivé à la femme de Jean. Sa demande de report n’a pas été considérée. « Ça a pris un an pour renverser ça. Deux années fiscales. » Même à la retraite, vous conviendrez qu’on a mieux à faire que de passer du temps à se battre contre la bureaucratie.
Quant à Mohand, il a reçu un chèque trop élevé de 17 000 $. « J’ai compris l’erreur. Le gouvernement a décidé de commencer mes prestations le 1er juin 2024 au lieu du 1er juin 2025. » Cette date erronée le pénalise de deux façons, en ajoutant un montant important à son revenu de 2025 et en le privant de la majoration maximale de la prestation puisqu’il a attendu jusqu’à 70 ans. Il se bat depuis des mois pour faire rectifier son dossier.
Comme cause possible des problèmes liés aux pensions d’Ottawa depuis le printemps, j’évoquais l’arrivée du nouveau logiciel Cúram. Celui-ci faisait craindre le pire aux fonctionnaires. Emploi et Développement social Canada m’a assuré que son nouveau logiciel de gestion des pensions ne provoque aucun retard.
Une employée qui n’est pas autorisée à parler aux médias jure que c’est faux. Le nouveau système provoque « de gros problèmes » , notamment à cause de la migration des données, du manque de formation et de procédures claires. « Pour les dossiers de demande PSV dans lesquels il y a du report, dans plusieurs cas, le système n’arrive pas à mettre le client en paiement à partir de la date demandée. » Pour traiter les reports, elle se rabat sur une « procédure officieuse qui circule » puisqu’aucune solution n’a été trouvée.
Exaspérée, elle constate que des retraités sont sous-payés ou surpayés constamment, et que le retard dans le traitement des dossiers s’est accentué parce que les agents démunis devant un dossier n’obtiennent pas de réponse du soutien informatique. « C’est vraiment comparable à Phénix et c’est plate, parce qu’il y a des aînés en arrière qui ont besoin d’argent et moi, je suis en train de me rendre malade avec ça. » Ce récit concorde avec les informations transmises à Mario. Quand il a déposé sa demande en personne, en juin, il devait attendre deux mois. Mais en novembre, on lui a mentionné que « des retards importants avaient été causés par le nouveau système informatique » . Il a reçu son premier chèque en décembre. Radio-Canada1 a d’ailleurs publié une note de service confirmant que certains problèmes « ont une incidence sur [la] capacité de servir [les] clients efficacement et en toute confiance » .
Anne, pour sa part, s’est fait dire qu’un « bogue informatique » l’empêchait de faire une demande de report en ligne et qu’elle devra informer Ottawa par écrit. Serge se bute au même problème. Didier aussi. « Quand je suis les étapes en ligne pour reporter, ça ne marche pas. Certaines étapes n’existent tout simplement pas. » En se basant sur son expérience, Claudine conseille de faire sa demande de pension en ligne plutôt que sur papier. Sans nouvelles et sans argent après six mois d’attente, elle a refait une demande sur le web. Surprise ! Il n’aura fallu que quelques jours pour que l’argent soit déposé dans son compte. « L’agente ne pouvait pas expliquer pourquoi la demande papier n’avait pas été traitée. » L’employée à qui j’ai parlé ne croit toutefois pas que ça puisse changer quelque chose. Simple exemple de cafouillage ? « Morale de l’histoire, si vous différez votre pension, attendez-vous à un parcours du combattant et déposez-la entre 9 et 12 mois à l’avance et n’hésitez à contacter votre député si rien ne bouge » , écrit Serge, qu’on remercie pour ses précieux conseils.
Mea culpa
Des lecteurs qui connaissent bien les régimes publics m’ont souligné que j’avais confondu la bonification mensuelle des rentes à Québec et à Ottawa. De fait, après 65 ans, la PSV croît de 0,6 % par mois, tandis que le Régime de rentes du Québec grimpe de 0,7 %. Bravo à ceux qui ont vu l’inexactitude.
En ce qui concerne la rente maximale, Ottawa publie encore sur son site web les montants pour « janvier 2025 » . Ce sont eux qui se trouvaient dans mon texte.
Or, il semble qu’Ottawa fasse erreur non pas dans les montants inscrits, comme certains l’ont cru, mais dans la date. Il s’agit plutôt des rentes versées il y a quelques semaines, soit en décembre. Depuis, les montants ont grimpé de 0,3 % grâce à l’indexation automatique en fonction de l’inflation. Ainsi, les retraités de 65 à 74 ans peuvent recevoir jusqu’à 742,31 $ en janvier et ceux de 75 ans et plus, jusqu’à 816,54 $.
1. Lisez l’article de Radio-Canada « Données » incohérentes « dans le nouveau logiciel de la sécurité de la vieillesse »
Source de l’article : La Presse



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