Abdelhamid Souiri : « Compétences qualifiées, le principal défi de la compétitivité industrielle »

Abdelhamid Souiri

Président de la FIMME

Portée par une dynamique d’investissement soutenue, l’industrie marocaine fait toutefois face à une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée, qui freine la montée en cadence des entreprises. Retards, hausse des coûts et tensions sur la qualité deviennent des réalités de terrain. Abdelhamid Souiri, président de la FIMME, alerte sur les risques que cette situation fait peser sur la compétitivité industrielle. Il plaide pour une réponse structurée, fondée sur la formation, l’alternance et l’adaptation des compétences aux nouveaux besoins du secteur.

Quels sont les effets de la pénurie de main-d’œuvre sur l’activité des entreprises ?

La dynamique industrielle actuelle est très porteuse. Les entreprises investissent, modernisent leurs équipements et cherchent à augmenter leurs capacités pour répondre à la demande nationale et internationale. Mais, concrètement, la pénurie de main-d’œuvre qualifiée devient un facteur limitant. Elle se traduit par des retards de livraison, des difficultés à augmenter les cadences, une hausse des coûts de production, des tensions sur la qualité et parfois le report ou l’abandon de projets d’investissement, faute de ressources humaines adaptées.

Par ailleurs, la hausse du SMIG participe certes à l’amélioration de l’attractivité de l’emploi formel et à la stabilisation sociale, mais elle ne résout pas le problème. De surcroît, pour de nombreuses entreprises industrielles, notamment les PME, ces hausses représentent un effort financier significatif dans un contexte de concurrence internationale et de marges souvent limitées. Elles doivent impérativement être accompagnées par des politiques de soutien à la productivité, à la formation et à la montée en compétences.

Comment voyez-vous l’évolution du marché du travail dans votre secteur ?

L’évolution du marché du travail industriel est globalement très prometteuse. L’industrialisation du Maroc, la transition énergétique, les projets d’infrastructures et la montée en puissance des écosystèmes industriels ouvrent des perspectives durables d’emplois qualifiés et stables. Mais cette trajectoire s’accompagnera d’une transformation profonde des profils recherchés. Les besoins iront de plus en plus vers la maintenance avancée, l’automatisation, la qualité, la digitalisation des ateliers et surtout vers des profils capables d’encadrer et de structurer les équipes sur le terrain.

Que recommandez-vous pour éviter cette situation ?

Nous sommes convaincus qu’il existe de véritables leviers pour transformer cette tension en opportunité. Le Maroc dispose d’un potentiel humain important, et l’industrie peut devenir un moteur majeur d’insertion professionnelle et de montée en compétences.

Pour cela, nous recommandons d’accélérer fortement l’alternance, de généraliser la formation en situation de travail, de co-construire les référentiels métiers avec les fédérations industrielles, de structurer des parcours nationaux pour l’encadrement intermédiaire, d’améliorer l’attractivité des métiers industriels et de mettre en place un observatoire opérationnel des métiers en tension, par région et par filière.

Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma