Bases américaines : pourquoi un transfert de l’Espagne vers le Maroc reste très improbable

Si la base de Ksar Sghir est régulièrement citée par Washington comme une alternative possible, l’absence d’infrastructures en eaux profondes et d’un écosystème industriel de haute technologie, couplée à l’exclusion du Maroc du traité de l’Atlantique Nord, fragilise la crédibilité de ce scénario au profit du maintien du statu quo en Andalousie, explique la Razòn.

À lire : Base navale américaine : le Maroc ne récupérera pas Rota

L’utilisation du Maroc comme levier de négociation diplomatique par les services américains se heurte à des contraintes opérationnelles majeures qui nuancent l’attractivité d’un déménagement militaire vers le sud du détroit de Gibraltar. Les rapports techniques soulignent que la base de Ksar Sghir ne possède pas la capacité d’accueil de la base navale de Rota, conçue pour recevoir des groupes de combat aéronavals de dernière génération et des navires de très gros tonnage. Alors que Rota permet des manœuvres complexes quelles que soient les conditions de marée, le site marocain reste limité à l’accueil de frégates et ne dispose pas des infrastructures de soutien logistique nécessaires pour une force navale de grande envergure.

À lire : Des bases américaines au Maroc ?

Le déficit industriel constitue un second frein à une implantation permanente des forces de l’US Navy au Maroc. La base de Rota bénéficie de la proximité immédiate des chantiers navals de Navantia et d’un tissu d’ingénierie de haute précision, indispensables pour la maintenance lourde des destroyers de classe Arleigh Burke. À l’inverse, le Maroc ne propose pas encore un écosystème de haute technologie comparable, ce qui obligerait les États-Unis à externaliser ou à importer l’intégralité des services de réparation, augmentant ainsi les coûts et les délais opérationnels.

Sur le plan géopolitique, un transfert d’actifs militaires vers le royaume placerait les forces américaines hors du parapluie juridique de l’OTAN. Contrairement à l’Espagne, le Maroc n’est pas lié par l’article 5 de l’Alliance atlantique, qui garantit une défense mutuelle en cas d’agression. Ce retrait du cadre de protection de l’organisation internationale exposerait la flotte à une plus grande volatilité politique et priverait les États-Unis de la profondeur stratégique offerte par l’ancrage européen. Dans ce contexte, la géographie espagnole, véritable verrou de la Méditerranée, reste l’atout central de Madrid face aux velléités de désengagement américaines.

Source de l’article : Bladi.net