Sénégal-Maroc : Ousmane Sonko à Rabat pour réparer ce que la CAN a fragilisé ?
La finale de la Coupe d’Afrique des nations, remportée par le Sénégal face au Maroc, a laissé derrière elle des images que ni les trophées ni les discours ne peuvent effacer. Elle a révélé des tensions, des fractures émotionnelles, des débordements regrettables, des mots lancés trop vite sous le coup de la passion. Des images qui blessent parce qu’elles trahissent l’essentiel : ce que le football devrait unir, il l’a momentanément divisé. Une semaine plus tard, un autre temps s’ouvre, plus discret, plus grave aussi, celui de la diplomatie et de la lucidité.
La visite annoncée du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko à Rabat ne saurait être réduite à un simple rendez-vous institutionnel. Elle intervient dans un climat encore chargé d’émotion, où les sensibilités restent à fleur de peau. En Afrique, chacun le sait, le football n’est jamais un jeu anodin ; il touche à l’orgueil national, à l’image de soi, à cette passion populaire profonde que nul responsable ne peut ignorer sans créer des blessures durables.
Du point de vue marocain, cette séquence appelle au sang-froid. Les relations entre le Maroc et le Sénégal ne se résument pas à un match, fût-il douloureux. Elles reposent sur une histoire longue, dense, fraternelle. Coopération économique, convergence diplomatique, liens spirituels, circulation humaine ; ces ponts ont été patiemment construits et ne sauraient être fragilisés par l’ivresse d’une soirée de football. La forte présence de la communauté sénégalaise au Maroc en est l’illustration la plus concrète, la plus humaine.
C’est justement parce que cette relation est précieuse que les incidents post-finale préoccupent. Non par leur ampleur, mais par ce qu’ils révèlent : la facilité avec laquelle l’émotion peut fissurer un imaginaire commun. La diplomatie a ici un rôle qui dépasse la gestion de crise. Elle doit réaffirmer une évidence trop vite oubliée : Marocains et Sénégalais ne sont pas des adversaires, mais des partenaires, liés par bien plus que le hasard d’un tableau sportif. La tenue de la « grande commission mixte » et du forum économique doit être l’occasion de remettre le temps long au-dessus de l’instant.
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Ousmane Sonko arrive ainsi à Rabat porteur d’une responsabilité symbolique, tout comme le Maroc se doit d’accueillir ce moment avec hauteur et maturité. Dans un continent souvent miné par des rivalités stériles, chaque geste compte, chaque silence aussi. Le sport embrase les foules ; à la politique revient la tâche plus ingrate mais plus noble d’apaiser, de recadrer, de redonner sens.
Cette visite nous renvoie, en réalité, à une interrogation plus sensible, celle de notre rapport à l’injustice sportive et à la manière dont elle est vécue par les peuples. Comment réagit-on lorsque l’on a le sentiment légitime d’avoir été lésé ? Comment préserver la dignité, la lucidité et le respect de l’autre quand la décision paraît injuste et que la frustration est profonde ? Les affaires strictement sportives doivent suivre leur cours, y compris les protestations et les recours, car il existe des instances et des autorités habilitées à en juger. Mais cette séquence ne saurait, en aucun cas, emporter avec elle ce qui a mis des décennies à se construire : des relations humaines, politiques et fraternelles qu’aucun coup de sifflet, aussi contesté soit-il, ne doit fragiliser.
C’est à cette maturité collective que l’épreuve nous confronte. Le Maroc et le Sénégal ont trop de chemin parcouru ensemble pour laisser une finale obscurcir des décennies de confiance et de respect mutuel. La grandeur des nations se mesure aussi à leur capacité à dépasser l’instant.
La balle a quitté le stade. Elle circule désormais dans les salons feutrés de la diplomatie. Et de ce match-là, le Maroc comme le Sénégal ont tout intérêt à sortir vainqueurs, ensemble.
Source de l’article : Maroc Diplomatique



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