Business Ready: le Maroc confirme son statut de place forte de l’investissement, mais bute sur l’efficacité opérationnelle

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Avec un score global de 63,44 points sur 100 dans l’édition 2025 du rapport Business Ready de la Banque mondiale, le Maroc s’impose comme l’une des économies les plus attractives d’Afrique et du monde arabe. Deuxième sur le continent derrière le Rwanda et devancé dans le monde arabe uniquement par Bahreïn, le Royaume récolte les fruits de deux décennies de réformes pro-entreprises. Mais derrière ces performances flatteuses, le rapport met aussi en lumière un défi persistant : le fossé entre la qualité des règles et leur application effective.

Selon l’édition 2025 du rapport Business Ready (B-READY) de la Banque mondiale, le Maroc consolide sa position parmi les économies les plus favorables aux affaires. Avec un score global de 63,44 points sur 100, le Royaume se classe deuxième en Afrique, derrière le Rwanda, et occupe la deuxième place dans le monde arabe, juste après Bahreïn. Une performance qui confirme l’attractivité du pays pour les investisseurs internationaux et régionaux, dans un contexte mondial marqué par une concurrence accrue entre économies émergentes pour capter les flux d’investissements directs étrangers.

Cette reconnaissance intervient dans le cadre d’un nouvel outil d’évaluation du climat des affaires, appelé à devenir la référence mondiale en matière d’analyse des environnements réglementaires et institutionnels.

De Doing Business à Business Ready : une rupture assumée

Lancé par la Banque mondiale, Business Ready succède officiellement au célèbre rapport Doing Business, publié entre 2002 et 2021. Pendant près de vingt ans, ce dernier avait profondément influencé les politiques publiques, servant à la fois de baromètre pour les investisseurs, de référence académique et de levier de réformes pour les gouvernements. Les classements annuels, très médiatisés, avaient incité de nombreux pays à moderniser leurs cadres réglementaires afin d’améliorer leur position.

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Le Maroc avait été l’un des élèves les plus appliqués de cet exercice. Entre le début des années 2000 et 2020, le Royaume a engagé plus d’une trentaine de réformes touchant à la simplification administrative, à la digitalisation des procédures, au renforcement des droits des investisseurs et à l’amélioration du système fiscal. Résultat : une progression spectaculaire, de la 128ème place en 2004 à la 53ème place sur 190 économies en 2020, soit un bond de 75 rangs.

Mais le succès de Doing Business a aussi précipité sa chute. Des irrégularités et manipulations de données découvertes dans les éditions 2018 et 2020, impliquant notamment des pressions sur le classement de certains pays comme la Chine ou le Chili, ont entraîné une perte de crédibilité du rapport. Face aux critiques méthodologiques et à la crise de confiance, la Banque mondiale a décidé de tourner la page.

B-READY, une méthodologie plus large et plus prudente

C’est dans ce contexte qu’est né Business Ready. Contrairement à son prédécesseur, B-READY adopte une approche plus complète, plus transparente et se veut moins incitative à la « course au classement » . Il ne hiérarchise plus les pays de manière stricte, mais fournit des données détaillées et comparables sur les réglementations et leur mise en œuvre effective.

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Le déploiement du rapport est progressif. L’édition 2024, considérée comme une phase intermédiaire, ne couvrait que 50 économies. Celle de 2025 élargit le périmètre à 101 pays, avec des ajustements méthodologiques mineurs. À l’issue de la phase de déploiement, prévue pour fin 2026, l’analyse portera sur 164 économies, offrant une couverture quasi mondiale.

En raison de ce caractère transitoire, l’édition 2025 est présentée sous une forme abrégée. Elle repose toutefois sur des données entièrement validées concernant la préparation des entreprises et leur capacité à opérer dans des environnements favorables à la création d’emplois. Le rapport combine des mesures de jure (textes législatifs et réglementaires) et de facto (pratiques réelles), afin de refléter à la fois l’arsenal juridique et son application concrète.

Dix domaines, trois piliers pour mesurer le climat des affaires

Le cadre analytique de B-READY s’articule autour de dix domaines couvrant l’ensemble du cycle de vie d’une entreprise : création, implantation, accès aux services d’utilité publique, emploi, services financiers, commerce international, fiscalité, règlement des litiges, marché et concurrence, et insolvabilité.

Ces domaines sont évalués à travers trois piliers fondamentaux. Le premier, le cadre réglementaire, examine la qualité et la cohérence des lois et règlements. Le deuxième, les services publics, analyse la capacité de l’État à accompagner les entreprises via des institutions et des infrastructures efficaces. Le troisième, l’efficacité opérationnelle, mesure la facilité avec laquelle les entreprises interagissent avec ces règles et services au quotidien.

Chaque économie se voit attribuer des notes selon ces piliers, les dix domaines et leurs trente combinaisons.

Des règles solides, des services en progrès

Sur le pilier du cadre réglementaire, le Maroc obtient un score de 70,06 points, nettement supérieur à la moyenne mondiale estimée à 66,32. Cette performance traduit l’impact des réformes structurelles engagées ces dernières années, notamment en matière de création d’entreprise, de commerce international, de concurrence et d’accès aux services financiers. Elle place le Royaume parmi les économies les plus avancées de sa catégorie de revenu.

Lire aussi I Akhannouch à Davos: comment le Maroc allie « ambition sociale et crédibilité économique » Le constat est également positif pour le pilier des services publics. Avec 64,55 points, le Maroc dépasse largement la moyenne mondiale de 53,97. Ce résultat reflète des avancées notables dans la fourniture de services essentiels aux entreprises, même si la Banque mondiale souligne que de nombreuses économies émergentes peinent encore à aligner pleinement la qualité des services publics sur l’ambition affichée par leurs cadres réglementaires.

Le talon d’Achille: l’efficacité opérationnelle

C’est sur le terrain de l’efficacité opérationnelle que le bât blesse. Le Maroc affiche une note de 55,71 points, inférieure à la moyenne mondiale de 60,03. Ce différentiel met en évidence un déficit d’efficacité de -14,35 points entre la solidité des règles (pilier I) et leur application concrète (pilier III).

Ce décalage, observé dans de nombreuses économies, traduit les inefficacités administratives et institutionnelles qui freinent la pleine exploitation des réformes. Toutefois, l’écart marocain apparaît plus marqué que la moyenne mondiale, estimée à -6,3 points, soulignant un enjeu majeur pour la prochaine phase de modernisation de l’action publique.

Un angle mort social qui interroge

Si B-READY ambitionne une vision plus globale du climat des affaires, intégrant des dimensions sociales et environnementales, le rapport n’échappe pas à certaines critiques. Dans le domaine de l’emploi, l’évaluation repose essentiellement sur les déclarations des entreprises, sans consultation directe des représentants du monde du travail.

Certes, l’indice prend en compte l’existence de protections juridiques des droits fondamentaux – liberté syndicale, lutte contre la discrimination, élimination du travail forcé et du travail des enfants, santé et sécurité au travail. Mais il ne mesure pas leur application effective du point de vue des travailleurs eux-mêmes. Les expériences de 58.000 entreprises sondées constituent la base des mesures de facto, tandis que la voix des salariés demeure absente.

Entre reconnaissance internationale et chantiers à poursuivre

En définitive, l’édition 2025 de Business Ready consacre le Maroc comme un acteur majeur de l’attractivité économique régionale, tout en rappelant que la réforme ne s’arrête pas à l’adoption des lois. L’enjeu central des prochaines années réside dans la réduction du fossé entre réglementation et pratique, condition essentielle pour transformer les avancées institutionnelles en gains réels de compétitivité, de productivité et d’inclusion.

Source de l’article : Challenge.ma