Notre semaine culturelle débute avec les musiques africaines au Maroc

De Biarritz à Bamako, de Paris à Montréal, du Maroc au Nigeria, la création africaine et afro-diasporique occupe cette semaine plusieurs scènes majeures. Cinéma documentaire, festivals, musiques, arts visuels et séries contemporaines témoignent d’une vitalité culturelle transnationale, inscrite au cœur des débats esthétiques et politiques actuels.

Du 23 au 30 janvier, le Maroc vibre au rythme des musiques nord-africaines et afro-diasporiques. De la gnawa rituelle aux concerts participatifs, Tanger, Rabat, Oujda et Tétouan accueillent une série de rendez-vous qui dessinent un paysage musical pluriel et vivant.

Fin janvier 2026, le Maroc confirme son statut de carrefour musical africain. À travers plusieurs concerts programmés dans différentes villes du pays, la scène marocaine met en dialogue traditions anciennes, répertoires populaires et influences afro-diasporiques. Cette séquence culturelle, concentrée entre le 23 et le 30 janvier, illustre une politique de diffusion musicale décentralisée, portée par des théâtres et des salles institutionnelles, mais aussi par une forte demande du public.

À Tanger, le 23 janvier, le projet Kolna Nghani investit le Théâtre Palais des Arts et de la Culture. Pensé comme un concert participatif, « Nous chantons tous » revisite un répertoire de chansons marocaines connues, invitant le public à devenir acteur du spectacle. Dans cette ville ouverte sur la Méditerranée et l’Afrique, la musique se fait langage commun, accessible et fédérateur, loin de toute hiérarchie entre scène et salle.

Le même soir, Rabat accueille l’un des temps forts majeurs de la période avec La Grande Soirée Gnawa au Zénith de Rabat. Sur scène, Hamid El Kasri, figure emblématique de la gnawa contemporaine, partage l’affiche avec Abdelkebir Merchane. Héritée des traditions subsahariennes intégrées à l’histoire marocaine, la musique gnawa, classée au patrimoine immatériel de l’humanité, conjugue ici dimension spirituelle, transe collective et performance scénique. Présentée dans un format ample, elle touche un public large tout en conservant sa profondeur rituelle.

Le 24 janvier, la programmation se déploie dans plusieurs villes. À Oujda, Dunia Batma se produit au Théâtre Mohammed VI. Incarnant une pop marocaine contemporaine nourrie d’influences orientales, la chanteuse s’adresse à une jeunesse urbaine attentive aux nouvelles formes musicales. Sa présence à Oujda souligne l’importance des scènes régionales dans la circulation des artistes, au-delà des grands centres habituels.

Traditions, pop et circulations afro-diasporiques

Toujours le 24 janvier, Rabat propose une autre facette de cette diversité musicale avec le Rabat Celebration – Gospel Concert #3, au Théâtre Al Mansour. Le gospel, genre né de l’histoire afro-américaine, y est revisité dans un contexte nord-africain, révélant les multiples circulations culturelles entre Afrique, diaspora et Méditerranée. Ce concert choral témoigne de la capacité des musiques afro-diasporiques à s’adapter à de nouveaux territoires tout en conservant leur charge émotionnelle et collective.

À Tétouan, enfin, Chantons Tous Ensemble se tient au Cinéma Español. Dans cette ville marquée par l’héritage andalou, le concert met en avant la pratique du chant collectif comme outil de transmission et de convivialité. Ici, la musique n’est pas seulement performance, mais expérience partagée, inscrite dans une tradition urbaine où se croisent influences arabes, andalouses et africaines.

Pris ensemble, ces rendez-vous dessinent un panorama révélateur de la scène marocaine actuelle. Ils montrent une coexistence assumée entre patrimoine musical et créations populaires, une ouverture aux influences africaines subsahariennes et afro-diasporiques, ainsi qu’une volonté de rapprocher la musique des publics locaux.

Informations pratiques

Période : du 23 au 30 janvier 2026 (semaine culturelle du 23–31 janvier)

Concerts : 23 janvier – Kolna Nghani, Théâtre Palais des Arts et de la Culture, Tanger 23 janvier – La Grande Soirée Gnawa (Hamid El Kasri & Abdelkebir Merchane), Zénith de Rabat

24 janvier – Dunia Batma en concert, Théâtre Mohammed VI, Oujda

24 janvier – Rabat Celebration – Gospel Concert #3, Théâtre Al Mansour, Rabat

24 janvier – Chantons Tous Ensemble, Cinéma Español, Tétouan

Genres : gnawa, pop marocaine, gospel, chant participatif

Public : tous publics

Accès : billetterie et informations auprès des salles et plateformes locales

FIPADOC à Biarritz : raconter le réel, débattre le monde (24 janvier-1er février)

À Biarritz, le FIPADOC ouvre l’année documentaire européenne. Projections, avant-premières, débats et créations immersives composent un panorama du réel contemporain, où se croisent auteurs du monde entier, enjeux de société et nouvelles formes de narration.

Chaque hiver, Biarritz devient un observatoire privilégié du réel. FIPADOC s’impose comme le premier grand rendez-vous documentaire européen de l’année, réunissant créateurs, professionnels et public autour d’une programmation dense et exigeante. Pendant neuf jours, la ville vit au rythme des projections, des rencontres et des débats, affirmant la place centrale du documentaire dans le paysage culturel contemporain.

Le festival déploie une sélection internationale qui embrasse toutes les écritures : longs et courts métrages, films musicaux, séries documentaires, œuvres d’impact et créations numériques. La diversité des formats répond à une même ambition : interroger le monde tel qu’il est, sans simplification, en donnant du temps aux récits et aux points de vue. Les films présentés abordent les grands enjeux contemporains – droits humains, environnement, mémoire, identités, géopolitique – et explorent la complexité du réel à travers des histoires singulières.

FIPADOC se distingue par son attention portée à la circulation des œuvres et des idées. Les projections sont systématiquement accompagnées d’échanges avec les équipes, favorisant un dialogue direct entre auteurs et spectateurs. Cette proximité nourrit la réflexion collective et conforte le rôle du documentaire comme espace de débat public. La présence régulière de cinéastes africains et de la diaspora, ainsi que de films produits ou tournés sur le continent, inscrit le festival dans une dynamique véritablement mondiale, attentive aux voix longtemps marginalisées.

Un espace d’expérimentation

Au-delà des salles de cinéma, FIPADOC investit le champ de l’innovation avec Biarritz Immersive, un espace dédié aux expériences documentaires en réalité virtuelle et aux formes interactives. Ici, le spectateur devient acteur de sa perception : il traverse des récits, explore des territoires et s’immerge dans des situations vécues. Cette section, accessible gratuitement sur réservation, illustre l’évolution du documentaire vers des dispositifs sensoriels qui renouvellent la relation au réel.

Le festival est aussi un lieu stratégique pour les professionnels. Les Industry Days réunissent producteurs, diffuseurs et auteurs autour de conférences, ateliers et sessions de pitch. Objectif : accompagner la création, favoriser les coproductions internationales et soutenir l’émergence de nouveaux talents. Pour de nombreux cinéastes, notamment venus d’Afrique ou de régions sous-représentées, FIPADOC constitue une plateforme décisive de visibilité et de financement.

Ce qui fait la singularité du festival tient enfin à son équilibre entre exigence artistique et ouverture au public. Les sélections « En famille » ou les panoramas thématiques élargissent l’audience du documentaire, sans renoncer à la rigueur. À Biarritz, le documentaire n’est ni un genre marginal ni un objet élitiste : il devient une expérience collective, accessible et profondément ancrée dans les préoccupations du présent.

Informations pratiques

Dates : du 24 au 1er févrierLieu : Biarritz (plusieurs cinémas et espaces culturels)Programmation : projections, avant-premières, rencontres, Biarritz Immersive, Industry DaysAccès : pass festival, pass journée ou séance à l’unitéBilletterie et programme : en ligne sur le site officiel du festival et aux points d’accueil à Biarritz

Nuits d’Afrique, la scène afro-diasporique en format intimiste (24- 30 janvier)

Fin janvier, les « Cabarets acoustiques Nuits d’Afrique » investissent le Club Balattou pour une série de concerts dédiés aux musiques africaines et du monde. Une programmation resserrée, exigeante et conviviale, où la scène afro-diasporique se donne à entendre au plus près.

À contre-courant des grandes messes musicales, Festival Nuits d’Afrique défend, en plein hiver, une autre idée du concert : l’écoute, la proximité, le dialogue. Du 24 au 31 janvier 2026, la programmation des « Cabarets acoustiques Nuits d’Afrique » réunit plusieurs artistes au Club Balattou, lieu emblématique de la diffusion des musiques africaines et afro-descendantes. Ici, pas de démesure : la musique se vit dans un format intime, presque confidentiel, fidèle à l’esprit originel du festival.

Fondé à partir de la scène du Balattou avant de devenir l’un des plus importants festivals de musiques du monde en Amérique du Nord, Nuits d’Afrique conserve cette double identité : une grande manifestation estivale et, tout au long de l’année, des rendez-vous plus resserrés. Les cabarets acoustiques prolongent cette mission fondatrice : offrir une visibilité constante aux artistes issus d’Afrique, des Caraïbes et des diasporas, dans un cadre propice à la découverte.

La programmation de fin janvier 2026 reflète cette diversité. Le 23 janvier, Melting Point ouvre la série avec une proposition de fusion, nourrie de rythmes africains et d’influences world, pensée pour l’écoute autant que pour le partage. Le lendemain, Bumaranga investit la scène avec une énergie collective : percussions, flûtes et pulsations afro-colombiennes rappellent les filiations africaines qui traversent l’Atlantique et irriguent les musiques des Amériques.

Le 25 janvier, place à Modeline Raymond (Moray), artiste d’origine haïtienne installée au Canada. Sa musique, portée par une voix habitée, explore les thèmes de la résilience, de l’identité et de l’émancipation, dans un langage qui mêle héritage caribéen et sensibilités contemporaines. Une proposition à la fois intime et universelle, fidèle à l’ADN de ces soirées.

Une scène de proximité

Après une courte pause, la série reprend le 29 janvier avec Numidz, dont la démarche s’inscrit dans une exploration ouverte des musiques du monde. Le 30 janvier, Lasso Sanou clôture le cycle avec une performance ancrée dans les rythmes africains, portée par une approche acoustique qui met en valeur la voix, la percussion et le dialogue instrumental.

Ce qui relie ces soirées, au-delà des styles et des origines, c’est une même conception de la scène. Au Balattou, le public n’est jamais relégué à distance : il partage l’espace avec les artistes, perçoit les nuances, les silences, les respirations. Cette proximité favorise une autre relation à la musique, loin de la consommation rapide, et redonne toute sa place à l’écoute attentive.

Dans un contexte où les musiques africaines et afro-diasporiques connaissent une visibilité mondiale accrue, ces cabarets jouent un rôle essentiel. Ils rappellent que derrière les succès planétaires, il existe une multitude de scènes locales, de parcours singuliers et de formes hybrides. Nuits d’Afrique agit ici comme un passeur : il met en relation des héritages culturels, des territoires et des publics, sans jamais figer les identités musicales.

Dans la chaleur feutrée du Balattou, chaque concert devient ainsi un moment de circulation culturelle, à taille humaine.

Informations pratiques

Événement : Cabarets acoustiques – Festival Nuits d’AfriqueDates : concerts les 23, 24, 25, 29 et 30 janvier 2026Lieu : Club Balattou, MontréalProgrammation :

25 janvier – Modeline Raymond (Moray)29 janvier – Numidz30 janvier – Lasso SanouFormat : concerts acoustiques en clubBilletterie : en ligne via le site officiel de Nuits d’Afrique et sur place, selon disponibilité

Ogobagna, la culture malienne en partage (26 janvier–1er février)

À Bamako, le Festival culturel Ogobagna déploie une semaine de créations, de rites et de dialogues pour célébrer la diversité du Mali. Musiques, danses et savoirs ancestraux s’y croisent comme autant de réponses culturelles aux défis contemporains.

Chaque année, Bamako se transforme en scène ouverte où les cultures du Mali se donnent à voir, à entendre et à transmettre. Du 26 janvier au 1er février 2026, la Place du Cinquantenaire accueille la onzième édition du Festival Culturel Ogobagna, un rendez-vous devenu incontournable pour qui s’intéresse aux expressions vivantes du patrimoine malien. Pensé comme un espace de rencontre et de circulation des savoirs, le festival rassemble artistes, artisans, communautés et chercheurs autour d’une même ambition : faire de la culture un levier de cohésion sociale et de projection vers l’avenir.

Le nom Ogobagna, issu de la tradition dogon, renvoie au « plat du Hogon » , figure spirituelle centrale. Le symbole est clair : partage, égalité et unité. Cette philosophie irrigue l’ensemble de la programmation, qui mêle performances musicales, danses rituelles, défilés symboliques, expositions artisanales et ateliers de transmission. Loin d’une vitrine folklorique, Ogobagna revendique une culture en mouvement, ancrée dans les territoires mais attentive aux mutations du présent.

L’édition 2026 s’inscrit sous le thème « Cultures du Mali : dialogue, créativité, résilience pour un développement durable » . Une orientation qui dit l’essentiel : dans un contexte social et politique éprouvé, la culture devient un langage commun, un espace de médiation et un outil de reconstruction. Les organisateurs mettent en avant la capacité des traditions à nourrir des réponses contemporaines, qu’il s’agisse de vivre-ensemble, de préservation du patrimoine immatériel ou de développement local.

Traditions vivantes

Au cœur du festival, la musique et la danse occupent une place centrale. Des ensembles traditionnels aux formes plus contemporaines, les scènes d’Ogobagna donnent à entendre la richesse des répertoires maliens : rythmes mandingues, chants bozo liés au fleuve Niger, danses communautaires et performances rituelles. La communauté Bozo, invitée d’honneur de cette édition, incarne ce lien ancestral entre culture, environnement et modes de vie, rappelant l’importance du fleuve comme matrice culturelle et économique.

Mais Ogobagna ne se limite pas au spectacle. Les espaces de dialogue et de réflexion constituent un pilier du festival. Tables rondes, rencontres et échanges informels permettent d’aborder des questions de transmission intergénérationnelle, de sauvegarde des langues et des pratiques, ou encore de place des artistes dans la société. Cette dimension réflexive confère au festival une portée qui dépasse l’événementiel : Ogobagna se veut un laboratoire social où la culture sert de médiateur.

L’artisanat et la gastronomie participent également de cette mise en commun. Masques, textiles, objets rituels et savoir-faire culinaires sont présentés comme des expressions à part entière de l’identité malienne. En favorisant la rencontre directe entre artisans et public, le festival soutient des économies locales et valorise des métiers souvent fragilisés.

Soutenu par des partenaires institutionnels, dont l’UNESCO lors de précédentes éditions, Ogobagna s’inscrit dans une dynamique de reconnaissance internationale du patrimoine culturel malien. Cette visibilité contribue à renforcer la confiance des acteurs culturels et à inscrire Bamako sur la carte des grandes capitales culturelles africaines.

Au fil des jours, Ogobagna rappelle une évidence : la culture n’est pas un luxe, mais une nécessité. À Bamako, elle se vit comme un acte de résistance pacifique, un moyen de préserver la mémoire tout en inventant des formes nouvelles. Dans un monde fragmenté, le festival affirme la force du collectif et la capacité des traditions à éclairer le présent.

Informations pratiques

Festival : Festival culturel Ogobagna

Dates : du 26 janvier au 1er février 2026

Lieu : Place du Cinquantenaire, Bamako, Mali

Programme : concerts et danses traditionnelles, défilés rituels, expositions artisanales, gastronomie, ateliers et rencontres

Accès : ouvert au public

À l’UNESCO, l’Afrique au cœur de l’universel culturel (26 janvier)

Le 26 janvier, l’UNESCO célèbre la Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante. Un rendez-vous institutionnel et symbolique qui affirme la centralité des cultures africaines dans le monde contemporain, entre héritage, création vivante et dialogue global.

Chaque 26 janvier, la culture africaine quitte les marges pour occuper le centre d’une scène internationale. À Paris, au siège de UNESCO, la Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante (JMCA) s’impose comme un temps fort du calendrier culturel mondial. Instituée officiellement en 2019, cette journée vise à reconnaître la contribution décisive des cultures africaines et des diasporas africaines à l’histoire, à la pensée et à la création universelles.

La date n’est pas anodine. Elle renvoie à l’adoption, en 2006, de la Charte de la Renaissance culturelle africaine par l’Union africaine, texte fondateur qui affirme la culture comme pilier du développement, de la dignité et de la souveraineté des peuples africains. En lui donnant une portée mondiale, l’UNESCO inscrit cette ambition dans une dynamique multilatérale : celle d’un dialogue des cultures fondé sur l’égalité symbolique et la reconnaissance mutuelle.

Pour l’édition 2026, la célébration prend la forme d’un événement hybride, combinant rencontres en présentiel à Paris et participation en ligne. Cette configuration permet une ouverture large, à l’image même des cultures africaines et afrodescendantes, dont l’histoire est faite de circulations, de déplacements et de réinventions permanentes. La JMCA n’est ni un festival folklorique ni une commémoration figée : elle se veut un espace de réflexion, de visibilité et de projection.

Les échanges organisés à l’UNESCO rassemblent artistes, intellectuels, chercheurs, responsables culturels et représentants institutionnels. Tables rondes, prises de parole officielles et interventions artistiques structurent une journée pensée comme une agora contemporaine. Les discussions portent sur la diversité des expressions culturelles africaines, leur transmission, mais aussi sur leur rôle dans les grands enjeux actuels : cohésion sociale, développement durable, industries culturelles, mémoire et innovation.

Une force de création et de transformation

L’un des apports majeurs de la JMCA est de déplacer le regard. Ici, l’Afrique n’est pas envisagée comme un héritage figé ou un réservoir de traditions, mais comme un espace de création active, traversé par des dynamiques contemporaines. Musiques, arts visuels, littérature, cinéma, modes de vie : les cultures africaines et afrodescendantes irriguent aujourd’hui les imaginaires mondiaux, souvent sans être pleinement reconnues comme telles.

La JMCA met également en lumière le rôle central des diasporas africaines. Porteuses d’identités multiples, elles participent à la circulation des formes artistiques et des idées, tout en interrogeant les notions d’appartenance, de mémoire et de transmission. À travers ces trajectoires diasporiques, la culture africaine se révèle comme un espace transnational, capable de relier les continents et de produire des récits communs.

Autre axe structurant : la jeunesse. À l’UNESCO, la JMCA donne une place particulière aux jeunes créateurs et penseurs, considérés comme les vecteurs d’une renaissance culturelle en devenir. Leur parole souligne l’urgence de soutenir les industries culturelles africaines, non seulement comme secteurs économiques, mais comme lieux d’expression et de construction citoyenne.

Enfin, la journée s’inscrit dans une réflexion plus large sur la diversité culturelle comme bien commun de l’humanité. En affirmant que les cultures africaines et afrodescendantes sont constitutives de l’universel, la JMCA combat les stéréotypes, les hiérarchies implicites et les récits dominants. Elle rappelle que la reconnaissance culturelle est indissociable des combats pour l’égalité, la dignité et la justice symbolique.

Informations pratiques

Événement : Journée mondiale de la culture africaine et afrodescendante (JMCA)

Date : 26 janvier 2026

Cadre temporel : semaine culturelle du 23 au 31 janvier

Lieu : Siège de l’UNESCO, Paris

Format : événements présentiels et en ligneProgramme : cérémonie officielle, tables rondes, interventions culturelles et artistiques

Public : grand public, artistes, chercheurs, institutions culturelles

Accès : inscription recommandée pour les événements sur place et en ligne

Aníkúlápó, une épopée yoruba sur Netflix (30 janvier)

Avec Aníkúlápó, le cinéma nigérian s’empare de la mythologie yoruba pour bâtir une fresque ambitieuse, où le surnaturel éclaire les mécanismes du pouvoir. Né comme un film, le projet se prolonge aujourd’hui en série sur Netflix, dont la nouvelle saison sera mise en ligne le 30 janvier.

Rarement une production africaine aura assumé avec autant de clarté son ancrage mythologique. Aníkúlápó s’inscrit dans une tradition narrative profondément yoruba, tout en adoptant les codes d’une fresque épique contemporaine. Le projet, imaginé et réalisé par Kunle Afolayan, s’est d’abord imposé comme un film avant d’être développé en série, confirmant l’ambition de construire un univers durable, cohérent et pleinement africain.

Le récit se déroule dans l’ancien empire d’Oyo, au XVIIᵉ siècle, à une époque précoloniale rarement représentée à l’écran. Saro, voyageur sans titre ni fortune, cherche à se frayer un chemin dans un monde régi par les hiérarchies sociales, les alliances politiques et les forces invisibles. Son ascension brutale, déclenchée par une relation interdite avec une reine, le conduit à une chute tout aussi radicale. Trahi, condamné, puis ramené à la vie par un oiseau mystique, il devient un être à part : celui qui a franchi la frontière entre la vie et la mort.

Le cœur symbolique du film repose sur cette figure surnaturelle. Dans la cosmologie yoruba, la mort n’est pas une fin, mais un passage régi par des équilibres précis. En défiant ces lois, Saro ne gagne pas un pouvoir absolu ; il s’expose au contraire à une forme de malédiction. Aníkúlápó interroge ainsi la tentation humaine de dominer le destin, et rappelle que toute transgression du sacré a un coût. Le mythe devient un outil de réflexion politique : gouverner, désirer, posséder sont autant de gestes qui engagent une responsabilité morale.

Une œuvre africaine qui choisit le mythe

Là où une grande partie des productions africaines contemporaines privilégient le réalisme social ou le thriller urbain, Aníkúlápó fait un autre choix. Kunle Afolayan s’appuie sur les récits ancestraux pour parler du présent. Le pouvoir royal, les intrigues de cour, la violence symbolique exercée sur les corps et les esprits font écho à des questions toujours actuelles : légitimité, abus d’autorité, rapport entre individu et communauté.

Sur le plan formel, le film se distingue par une attention particulière portée aux décors, aux costumes et à la langue. Le choix du yoruba comme langue principale n’est pas anecdotique : il affirme une souveraineté culturelle et narrative, sans souci de simplification. Le spectateur est invité à entrer dans un monde dont il doit accepter les règles, les silences et les symboles. Cette exigence contribue à la singularité de l’œuvre sur une plateforme dominée par des récits standardisés.

Le succès du film a conduit Netflix à développer la série Aníkúlápó : Rise of the Spectre. Celle-ci prolonge l’histoire au-delà de la mort initiale de Saro et explore les conséquences politiques et spirituelles de sa résurrection. Les intrigues s’élargissent, les personnages gagnent en complexité, et l’univers mythologique se densifie. La série permet ainsi d’inscrire le récit dans une temporalité longue, fidèle à la logique des épopées.

La saison 2, dont la sortie est annoncée le 30 janvier, confirme la volonté de Netflix d’investir dans des narrations africaines ambitieuses, capables de conjuguer ancrage local et portée universelle.

Informations pratiques

Titre : Aníkúlápó/Aníkúlápó : Rise of the SpectreCréation et réalisation : Kunle Afolaya

Origine : NigeriaPlateforme : NetflixFormat : film (2022), puis série

Saison 1 : disponible

Saison 2 : sortie le 30 janvier

Langue : yoruba (sous-titres)

Genre : fresque historique, mythe et fantasy

Mickalene Thomas, rétrospective d’un regard qui déplace les normes

Au Grand Palais, la rétrospective consacrée à Mickalene Thomas retrace plus de vingt ans d’une œuvre centrée sur la représentation des femmes noires. Peintures, collages et photographies interrogent l’histoire de l’art, le désir et le pouvoir des images.

Le Grand Palais consacre une vaste rétrospective à Mickalene Thomas, figure majeure de l’art contemporain afro-américain. Intitulée All About Love, l’exposition, présentée du 17 décembre 2025 au 5 avril 2026, réunit peintures monumentales, collages, photographies et installations réalisées depuis le début des années 2000. Elle offre une lecture claire et structurée d’un travail qui a profondément renouvelé les questions de représentation, en particulier celles liées au corps féminin noir.

Mickalene Thomas s’est imposée par une iconographie immédiatement identifiable. Ses portraits de femmes, souvent allongées ou frontalement installées dans des intérieurs domestiques, revendiquent une présence pleine et assumée. Les modèles regardent le spectateur sans détour. Ils occupent l’espace, dominent la composition, et inversent les rapports traditionnels entre sujet et regardeur. Ce positionnement constitue l’un des axes centraux de l’exposition.

La rétrospective met en évidence le dialogue constant que l’artiste entretient avec l’histoire de l’art occidental. Thomas cite, recompose et détourne des œuvres canoniques de la peinture européenne, notamment du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. En réinterprétant ces compositions avec des femmes noires comme figures centrales, elle ne procède pas à une simple substitution. Elle interroge les hiérarchies implicites qui ont longtemps structuré les récits visuels dominants et questionne la notion même d’universalité esthétique.

L’exposition souligne également l’importance du décor dans le travail de l’artiste. Tissus, motifs géométriques, papiers peints et meubles ne sont jamais secondaires. Ils construisent un espace visuel dense, souvent saturé, qui participe pleinement à la signification des œuvres. Ce choix formel inscrit les corps dans un environnement maîtrisé, affirmant une souveraineté visuelle rarement accordée aux sujets noirs dans l’histoire de la peinture.

Représentation, désir et politique de l’image

Le titre All About Love renvoie explicitement à l’ouvrage de bell hooks. Cette référence éclaire l’ensemble du parcours. Chez Mickalene Thomas, l’amour n’est pas un thème sentimental, mais une position politique. Il s’agit d’un amour revendiqué pour les corps, les histoires et les subjectivités longtemps marginalisées. Cette approche traverse l’ensemble de l’exposition sans jamais verser dans le discours théorique explicite.

Les strass, souvent associés au travail de Thomas, occupent une place importante dans plusieurs œuvres exposées. Leur usage ne relève pas d’un simple effet décoratif. Ils attirent l’œil, fragmentent la surface picturale et soulignent la construction artificielle des codes de beauté. Cette matérialité assumée participe d’une réflexion sur la fabrication des images et sur les attentes projetées sur les corps féminins.

La photographie, autre médium central de l’exposition, permet de comprendre le processus de travail de l’artiste. Mise en scène, pose, cadrage : rien n’est laissé au hasard. Les images révèlent un rapport précis au contrôle du regard et à la construction de l’identité visuelle. Peinture et photographie dialoguent ainsi sans hiérarchie, renforçant la cohérence de l’ensemble.

En accueillant cette rétrospective, le Grand Palais inscrit Mickalene Thomas dans une reconnaissance institutionnelle forte en France. L’exposition ne cherche pas l’exhaustivité spectaculaire. Elle propose au contraire un parcours lisible, centré sur les enjeux essentiels de l’œuvre : visibilité, autorité du regard, réécriture des récits visuels. All About Love s’impose comme une exposition de référence pour comprendre comment l’art contemporain peut déplacer durablement les normes de représentation.

Source de l’article : mondafrique.com