Maroc – Sénégal : Une alliance stratégique au cœur des recompositions africaines

Réalisé par Souad Mekkaoui

Dans une Afrique de l’Ouest sous tension, marquée par l’instabilité sahélienne et les défis de sécurité collective, le Maroc et le Sénégal font le choix d’un partenariat stratégique fondé sur la constance politique et la convergence diplomatique. Portée par la Vision africaine de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette alliance s’inscrit dans le temps long et dépasse les logiques conjoncturelles.

Au-delà des échanges économiques, la relation maroco-sénégalaise s’affirme comme un axe géopolitique structurant, articulé autour de la coordination diplomatique, de la coopération sécuritaire, de la diplomatie religieuse et d’un soft power assumé. Au cœur de ce dispositif, S.E.M Hassan Naciri incarne une diplomatie de terrain, ferme sur les principes et attentive aux dynamiques régionales.

Dans ce grand entretien exclusif, l’Ambassadeur du Maroc au Sénégal décrypte les enjeux politiques et géostratégiques d’une alliance appelée à peser durablement sur l’avenir du continent africain.

Maroc Diplomatique : Monsieur l’Ambassadeur, comment définiriez-vous la vision stratégique du Royaume du Maroc à l’égard du Sénégal, et en quoi ce partenariat s’inscrit-il comme un pilier de la politique africaine de Sa Majesté le Roi Mohammed VI ?

S.E.M Hassan Naciri : Je tiens à saluer l’engagement de votre équipe en faveur d’un journalisme spécialisé, sérieux et utile à la compréhension de l’action diplomatique marocaine. Le Sénégal occupe une place éminente dans la Vision africaine de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’Assiste. Cette centralité repose sur des ressorts historiques, spirituels et stratégiques qui confèrent à la relation maroco-sénégalaise un caractère véritablement exceptionnel.

Sur le plan historique, les liens entre Rabat et Dakar s’inscrivent dans une profondeur pluriséculaire, bien antérieure aux indépendances. Nourrie par les échanges initiés par les commerçants marocains, cette relation s’est consolidée au fil des siècles et a traversé les épreuves, y compris celles du protectorat et de la domination coloniale, pour déboucher sur un socle rare de confiance politique, fondé sur la loyauté, la constance et le respect mutuel. Dès 1960, le Royaume du Maroc en a donné une illustration forte en accompagnant le Sénégal vers la pleine souveraineté internationale, notamment en coparrainant son admission aux Nations Unies, acte fondateur d’un soutien précoce et durable.

Le deuxième pilier de cette relation est d’ordre culturel et cultuel. Le lien spirituel constitue l’un des fondements les plus profonds du partenariat maroco-sénégalais, structuré autour des grandes confréries soufies, au premier rang desquelles la Tijaniyya, mais aussi la Mouridiyya et la Qadiriyya. Ces voies partagent avec le Royaume les fondements de l’islam de l’Occident musulman : rite malékite, doctrine acharite et soufisme inspiré de l’enseignement d’Al-Junaid.

Ce socle doctrinal commun a façonné des liens humains d’une rare intensité, dépassant largement le cadre institutionnel pour s’ancrer dans le vécu quotidien des peuples. Cette proximité spirituelle et affective se traduit par une relation singulière entre le Sénégal et le Roi Mohammed VI, reflet de la sollicitude particulière du Souverain et de la profondeur humaine d’un partenariat enraciné dans la foi, l’histoire et la confiance mutuelle.

Le troisième facteur est stratégique. Le Sénégal constitue pour le Maroc une porte naturelle vers l’Afrique de l’Ouest, tout comme le Royaume représente pour Dakar un accès historique et stratégique vers le Nord. Cette complémentarité confère à la relation bilatérale une dimension géopolitique majeure, articulée autour de la coopération économique, de la concertation politique, de la sécurité régionale et de l’intégration africaine. Partenaire de référence dans une région clé du continent, le Sénégal demeure un soutien constant et indéfectible du Maroc sur sa cause nationale, appui accueilli avec fierté et reconnaissance. Dans le même esprit, le Royaume soutient pleinement les priorités stratégiques du Sénégal, convaincu que la stabilité, l’unité et le rayonnement de ce pays frère constituent un pilier essentiel pour l’équilibre et l’avenir de l’Afrique de l’Ouest, dans le respect constant de son intégrité territoriale. Il convient de rappeler, à cet égard, que le Maroc a toujours soutenu avec force l’unité du Sénégal et son intégrité territoriale.

Dans cette perspective, la Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI est sans équivoque. Le Sénégal occupe une place particulière dans le cœur de notre Auguste Souverain et dans la diplomatie Royale, comme en témoignent les huit visites officielles du Souverain à Dakar. Loin du seul protocole, ces déplacements traduisent une relation personnelle et fraternelle, fondée sur une solidarité agissante et un partenariat orienté vers le développement partagé. Cette singularité s’est illustrée de manière emblématique en 2016, lorsque le Sénégal a accueilli, fait inédit, le discours Royal commémorant la Marche Verte, acte hautement symbolique de la profondeur et de la confiance mutuelles.

L’alternance démocratique exemplaire intervenue au Sénégal a, par ailleurs, confirmé la maturité d’une relation qui transcende les conjonctures et les générations, permettant la réaffirmation des fondamentaux et le renouvellement d’une ambition stratégique commune. Enfin, nos deux pays sont liés par la Convention d’établissement de 1964, instrument juridique unique en Afrique, conférant aux ressortissants des deux pays un statut assimilé à celui de nationaux. Célébrant son 60ᵉ anniversaire en 2024-2025 sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi et du Président de la République du Sénégal, elle incarne de manière concrète et durable la dimension humaine de ce partenariat et demeure l’un de ses fondements les plus éloquents.

Le Maroc et le Sénégal affichent une convergence remarquable sur de nombreux dossiers régionaux et internationaux. Quels sont, selon vous, les axes majeurs de coordination diplomatique entre Rabat et Dakar, notamment au sein des organisations africaines et multilatérales ?

La convergence entre le Maroc et le Sénégal sur les dossiers régionaux et internationaux procède d’un maillage relationnel multifactoriel et multiforme, fondé sur l’histoire, la proximité humaine et la confiance stratégique que nous avons évoquées. Cette convergence ne relève donc pas du circonstanciel ; elle s’inscrit dans une logique structurée et durable de coordination diplomatique.

Elle s’exprime d’abord à travers notre appartenance commune à plusieurs cercles d’action diplomatique majeurs. Au sein de l’Union africaine, le Maroc et le Sénégal partagent une vision convergente des enjeux de paix, de sécurité, de développement et d’intégration régionale. Cette convergence se manifeste également dans le cadre de l’Organisation de la coopération islamique, de la coopération arabo-africaine, ainsi qu’au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie, où nos positions se rejoignent sur la promotion du multilatéralisme, du dialogue et du développement solidaire.

S’y ajoutent la coopération sur les questions globales à travers les Nations Unies et sa constellation d’organes et d’Agences. Sur le plan régional, les espaces plus récents et structurants, notamment la politique atlantique du Maroc, offrent un horizon stratégique partagé pour l’Afrique de l’Ouest et renforce la concertation avec le Sénégal sur les enjeux maritimes, économiques et géopolitiques. Dans l’ensemble de ces foras, la méthode est constante : concertation en amont, coordination sur place et échanges continus, dans un esprit de confiance, de fraternité et de respect mutuel. Cette pratique de dialogue permanent permet à Rabat et à Dakar d’aligner leurs positions, de se soutenir mutuellement et de porter des voix convergentes sur les grandes questions africaines et internationales.

Les entreprises marocaines sont aujourd’hui fortement implantées au Sénégal dans plusieurs secteur. Comment évaluez-vous l’impact réel de cette présence économique marocaine sur le développement sénégalais, et quelles nouvelles opportunités stratégiques identifiez-vous pour les années à venir ?

L’impact de la présence économique marocaine au Sénégal ne saurait se limiter aux seuls indicateurs financiers, dans une économie ouverte à l’ensemble des partenaires internationaux. Il s’apprécie avant tout à la lumière de la volonté politique affirmée de S.M. le Roi Mohammed VI et de Son Excellence M. Bassirou Diomaye Diakhar Faye, Président de la République du Sénégal, de donner un contenu concret, visible et durable à une relation fondée sur une amitié sincère et une confiance éprouvée.

Les partenariats économiques marocains, au Sénégal comme ailleurs en Afrique, s’inscrivent ainsi dans un véritable « branding marocain » , reposant sur une logique gagnant-gagnant, la création de valeur locale, le transfert de compétences et la formation des ressources humaines, dans un esprit de solidarité, de fraternité et de projection à long terme, à rebours de toute approche prédatrice ou strictement financière. Au Sénégal, les opérateurs marocains, constitués en sociétés de droit local et pleinement intégrés au tissu économique local, sont présents dans des secteurs à fort impact – banque et finance, assurances, infrastructures, BTP, immobilier, industrie, énergie, agro-industrie et services. Leur contribution se traduit concrètement par la création d’emplois, le renforcement de l’inclusion financière, la consolidation des chaînes de valeur locales et un appui effectif aux politiques publiques sénégalaises.

Sur le plan des échanges économiques, le commerce bilatéral a atteint près de 400 millions de dollars en 2024, tandis que les investissements marocains se chiffrent à plusieurs centaines de millions d’euros. Cette dynamique, réelle et continue, demeure toutefois en deçà du potentiel des deux économies. Ce constat partagé constitue moins une limite qu’un levier stratégique, appelant à une intensification des échanges, une diversification sectorielle accrue et une exploitation plus ambitieuse des complémentarités existantes.

Pour les années à venir, à moyen et long terme, les opportunités sont considérables. L’offre marocaine répond étroitement aux priorités de la Vision Sénégal 2050 et du Plan de redressement économique, ouvrant des perspectives majeures dans les infrastructures durables, l’énergie, l’habitat social, l’agriculture à forte valeur ajoutée, l’industrialisation, le numérique ainsi que la formation et le développement des compétences. Au-delà de l’investissement, la présence économique marocaine au Sénégal incarne un partenariat stratégique de long terme, porté au plus haut niveau de l’État, au service du développement du Sénégal, de la prospérité partagée et, plus largement, de l’intégration économique du continent africain.

La dernière visite du ministre des Affaires étrangères Cheikh Niang à Rabat a été marquée par un ton de grande proximité. Quels en ont été les principaux aboutissements concrets, sur le plan politique, économique et institutionnel ?

La visite officielle effectuée par Son Excellence Monsieur Cheikh Niang dans notre pays, les 10 et 11 novembre 2025, l’une de ses toutes premières visites à l’étranger depuis sa prise de fonctions, s’inscrit pleinement dans le climat de confiance, de proximité et de continuité qui caractérise les relations maroco-sénégalaises.

À cet égard, il convient de rappeler que sa prédécesseure s’était rendue au Maroc dans le même ordre protocolaire, traduisant la constance accordée par Dakar à la relation avec Rabat. Il importe également de souligner que les nouvelles autorités sénégalaises, fraîchement élues en 2024, avaient invité Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’Assiste, à prendre part à la cérémonie d’investiture du Président de la République, parmi une liste restreinte de Chefs d’État. Le Royaume du Maroc, représenté à cette occasion par le Chef du Gouvernement et le Ministre des Affaires étrangères, a d’ailleurs été le seul émissaire étatique de haut niveau issu d’un pays situé en dehors de la sous-région, témoignant de la place singulière et privilégiée qu’occupe le Maroc dans la diplomatie sénégalaise.

Lors de leurs entretiens, Son Excellence Monsieur Nasser Bourita et Son Excellence Monsieur Cheikh Niang ont réaffirmé leur volonté commune d’approfondir ce partenariat historique à travers la mise en œuvre de projets concrets dans de nombreux domaines, notamment le développement humain, la formation, la santé, la pêche, le commerce, les infrastructures et la culture, en parfaite cohérence avec le Nouveau Modèle de Développement du Maroc et la Vision Sénégal 2050.

Dans cette perspective, il a été convenu d’organiser, dans les prochaines semaines, une série de visites ministérielles croisées entre Rabat et Dakar, en prélude à la tenue de la prochaine Commission mixte de coopération sénégalo-marocaine. Cette Commission, qui sera présidée conjointement par le Chef du Gouvernement du Royaume du Maroc et le Premier ministre de la République du Sénégal, marquera une étape décisive dans la redynamisation du cadre institutionnel du partenariat bilatéral et dans la concrétisation de projets structurants à fort impact au bénéfice des deux peuples.

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Sur le plan politique, les deux ministres des Affaires étrangères ont réaffirmé, à travers le communiqué conjoint, la solidité du partenariat stratégique liant le Maroc et le Sénégal, ainsi que leur convergence de vues sur les principaux enjeux régionaux, africains et internationaux. Ils ont souligné l’importance de la concertation régulière et de la coordination étroite dans les différents cadres multilatéraux.

À cet égard, Son Excellence Monsieur Cheikh Niang a réitéré la position constante et de principe de la République du Sénégal sur la question nationale du Royaume du Maroc, en réaffirmant son soutien clair à l’intégrité territoriale du Royaume et à l’initiative marocaine d’autonomie, qu’il considère comme la seule base sérieuse et crédible pour parvenir à une solution politique durable, réaliste et consensuelle. Il a, par ailleurs, salué l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de la résolution 2797, qu’il a qualifiée d’étape importante dans le cadre du processus politique mené sous l’égide exclusive des Nations Unies, en vue d’un règlement définitif de ce différend régional.

Sur le plan économique, la visite a permis de réaffirmer la volonté commune de renforcer les partenariats structurants, d’encourager les investissements croisés et d’inscrire la coopération bilatérale dans une logique de projets concrets à fort impact, en parfaite cohérence avec les orientations stratégiques et les priorités de développement des deux pays.

Le partenariat maroco-sénégalais est souvent cité comme un exemple abouti de coopération Sud-Sud pragmatique et solidaire. En quoi ce modèle se distingue-t-il d’autres formes de coopération en Afrique, et comment le Maroc veille-t-il à ce qu’il reste équilibré et mutuellement bénéfique ?

Le partenariat maroco-sénégalais est, à juste titre, souvent cité comme un exemple abouti de coopération Sud-Sud pragmatique et solidaire. Cette singularité tient avant tout à la vision africaine portée par Sa Majesté Mohammed VI, Que Dieu L’Assiste. Dans Ses discours, Notre Souverain promeut un partenariat africain équilibré, fondé sur la solidarité, la responsabilité partagée et le respect mutuel, en rupture assumée avec les schémas hérités du passé. Cette vision vise l’émergence d’une Nouvelle Afrique, forte de ses propres capacités, capable de bâtir un avenir prospère pour sa jeunesse et de répondre de manière proactive aux défis globaux, notamment le changement climatique, la migration et l’intégration régionale.

S’il est naturel que le Maroc tire parti de la coopération avec ses frères africains, le Royaume veille constamment à ce que cette coopération soit mutuellement profitable, équilibrée et durable. Le Maroc ne considère nullement l’Afrique comme un simple marché destiné à vendre ou à écouler des produits, mais comme un espace de solidarité, de co-construction et de développement partagé. Cette approche a été clairement affirmée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans Son Discours à l’occasion de la Fête de la Révolution du Roi et du Peuple de 2016, lorsqu’Il déclarait : « Le Maroc ne considère pas l’Afrique comme un marché pour vendre ses produits ou écouler ses marchandises, mais comme un partenaire avec lequel il s’emploie à bâtir un avenir commun, fondé sur la solidarité, le respect mutuel et le développement partagé. » Cette orientation doctrinale a été approfondie et consolidée dans le Discours Royal prononcé à l’occasion du 64ᵉ anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple en 2017, au cours duquel Notre Souverain soulignait : « Nous avons choisi de mener une politique de solidarité à l’égard du reste des pays africains en mettant en place, avec eux, des partenariats équilibrés, sur la base du respect mutuel et dans l’intérêt bien compris des peuples africains. En effet, le Maroc n’a jamais cherché à faire valoir l’argent comme monnaie de change dans ses rapports avec ses frères africains. Il a plutôt fait le choix de mettre son savoir-faire et son expérience à leur disposition, car Nous sommes persuadé que la vraie source de profit pour les peuples n’est pas l’argent précaire, mais l’essence impérissable de la connaissance. » C’est précisément cette philosophie qui distingue le modèle marocain d’autres formes de coopération en Afrique. Elle privilégie le partage du savoir-faire, le renforcement des capacités, la co-construction de projets structurants et une diplomatie fondée sur la confiance, plutôt que sur des logiques purement financières, asymétriques ou paternalistes. Le Maroc veille à l’équilibre de ses partenariats en inscrivant son action dans le temps long, en associant étroitement les partenaires locaux et en alignant les projets sur les priorités nationales des pays concernés.

Le Sénégal constitue, à cet égard, l’illustration la plus aboutie de cette orientation. La proximité géographique, la profondeur historique ainsi que les liens culturels et cultuels font de la relation maroco-sénégalaise un partenariat naturel, porté par une solidarité sincère. Les huit visites royales, la signature de centaines d’accords, la fréquence soutenue des visites ministérielles et des délégations de haut niveau, ainsi que la dynamique constante des échanges entre opérateurs économiques et entre citoyens traduisent une coopération dense, équilibrée et mutuellement bénéfique, fidèle à la vision royale d’une Afrique solidaire, intégrée et maîtresse de son destin.

L’autre spécifité de la relation Maroc-Sénégal se situe au niveau de la logistique liée a la proximité géographique. En effet, le transport terrestre a connu ces dernières années un grand essor et s’oriente vers de nouvelles perspectives à la faveur de l’effort apporté par les deux compagnies aériennes nationales et l’amélioration rapide des infrastructures terrestres autoroutier marocain et sénégalais et les perspectives qu’offre la construction du pont de Rosso et les ports de Dakhla et deNndayane.

Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires au Sahel et en Afrique de l’Ouest, comment le Maroc et le Sénégal coopèrent-ils pour préserver la stabilité régionale, notamment en matière de renseignement, de formation et de prévention de l’extrémisme ?

Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires complexes, le Maroc et le Sénégal ont développé une coopération étroite et structurée, fondée sur la concertation permanente, le partage d’expertise et une vision commune de la paix et de la stabilité. Cette coopération repose sur la conviction partagée que la sécurité durable ne peut être dissociée du développement, et que la stabilité régionale constitue une condition indispensable à la prospérité de nos peuples.

Sur le plan opérationnel, Rabat et Dakar privilégient une coordination régulière en matière de sécurité, incluant l’échange d’analyses, le renforcement des capacités et des actions de formation adaptées aux réalités du terrain. Cette approche s’inscrit dans un esprit de confiance et de responsabilité partagée, les deux pays étant reconnus pour la résilience de leurs institutions et leur attachement à des solutions africaines aux défis africains. Au-delà des réponses sécuritaires classiques, le Maroc et le Sénégal partagent une vision claire de la paix, qui privilégie la prévention, le dialogue et, chaque fois que possible, la négociation. L’objectif est de s’attaquer aux causes profondes de l’extrémisme violent plutôt que d’en traiter uniquement les manifestations.

Dans ce cadre, le Royaume du Maroc met à disposition une offre reconnue de prévention de l’extrémisme par le savoir et la formation, considérée comme l’arme la plus efficace contre les dérives radicales. Cette offre s’incarne notamment à travers L’Institut Mohammed VI de formation des imams morchidines et morchidates, qui accueille des imams, morchidines et morchidates de plusieurs pays africains, dont le Sénégal, ainsi que la Fondation Mohammed VI des Oulémas Africains, qui œuvre à la diffusion d’un islam du juste milieu, tolérant et respectueux des valeurs de paix et de coexistence.

Cette coopération religieuse et intellectuelle complète utilement les efforts sécuritaires classiques et contribue à contrer l’extrémisme à la source, en promouvant un message religieux équilibré, enraciné dans les traditions africaines et ouvert sur le monde.

La relation maroco-sénégalaise repose aussi sur des liens spirituels profonds, notamment autour du soufisme et des confréries. Quelle est, selon vous, la valeur diplomatique et sociétale de cette dimension religieuse, et comment le Maroc l’inscrit-il dans une approche moderne de lutte contre la radicalisation ?

La dimension spirituelle constitue l’un des fondements les plus profonds et les plus singuliers de la relation maroco-sénégalaise. Elle dépasse largement le registre symbolique pour s’inscrire dans un partage de valeurs, porteur de stabilité, de cohésion sociale et de prévention durable contre les dérives radicales. Les confréries soufies et les grandes familles religieuses du Sénégal entretiennent, de longue date, des liens étroits et constants avec le Maroc et avec le Trône alaouite. Elles ont toujours manifesté un attachement sincère au Royaume et à ses choix fondamentaux. Cette proximité spirituelle s’est exprimée à des moments forts de l’histoire contemporaine, notamment par la participation de figures religieuses sénégalaises à la Marche Verte, mais également par l’accueil chaleureux réservé à la Famille Royale lors du retour d’exil de feu Sa Majesté le Roi Mohammed V depuis Madagascar, avec une étape marquante à Dakar.

Des témoignages historiques rapportent par ailleurs que des représentants de grandes familles religieuses sénégalaises s’étaient rendus, de manière discrète, à Madagascar pour rencontrer le Souverain en exil et lui exprimer leur soutien total, illustrant ainsi la profondeur et la sincérité de ce lien spirituel et humain. De plus, l’ensemble des familles soufies du Sénégal est entouré d’une sollicitude particulière de la part de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, dans la continuité de l’héritage de Ses glorieux ancêtres. Cette relation se situe au-dessus des calculs conjoncturels : il s’agit d’une relation d’âme, fondée sur la confiance spirituelle, le respect mutuel et la fidélité, qui explique en grande partie la singularité et la solidité des relations entre nos deux pays frères.

Cette proximité s’est également traduite par une coproduction du savoir religieux et islamique, à travers des échanges réguliers et structurés entre les oulémas de Fès et de Marrakech, côté marocain, et ceux de Tivaouane, Touba et Kaolack, côté sénégalais. Ces interactions nourrissent un référentiel religieux commun, enraciné dans les traditions de l’islam de l’Occident musulman et ouvert sur son environnement africain. Sur le plan culturel et sociétal, cette dimension religieuse joue un rôle essentiel. Elle contribue à la stabilité des sociétés, à la préservation du vivre-ensemble et à l’ancrage d’un islam africain tolérant, modéré et profondément enraciné dans la tradition soufie.

À travers la formation religieuse, l’encadrement du champ cultuel et la diffusion d’un islam du juste milieu, respectueux des constantes locales et ouvert sur son temps, le Royaume du Maroc agit sur les causes profondes de l’extrémisme violent. À cet égard, plus de 700 imams et oulémas sénégalais ont été formés au Maroc, contribuant ainsi à la diffusion d’un message religieux équilibré, à la prévention de la radicalisation et à la consolidation d’un référentiel spirituel commun au service de la paix sociale et de la stabilité régionale.

Au-delà des accords et des chiffres, les relations entre nos deux pays sont portées par les peuples. Comment l’ambassade œuvre-t-elle à renforcer les échanges culturels, universitaires et humains, en particulier en direction de la jeunesse sénégalaise et de la communauté marocaine au Sénégal ?

Comme je l’indiquais tantôt, la relation maroco-sénégalaise est avant tout une relation entre deux peuples. L’Ambassade s’emploie précisément à nourrir et à consolider cette dimension humaine, culturelle et générationnelle, qui constitue le socle le plus durable et le plus vivant de notre partenariat d’exception.

Sur le plan culturel, l’Ambassade accompagne et soutient de nombreuses initiatives visant à valoriser les expressions culturelles marocaines et sénégalaises, qu’il s’agisse d’événements artistiques, de rencontres intellectuelles, de manifestations religieuses ou de temps forts symboliques partagés. L’objectif est de renforcer la connaissance mutuelle, de célébrer les affinités profondes entre nos sociétés et de transmettre aux jeunes générations l’héritage d’une relation séculaire fondée sur la fraternité et le respect.

Sur le plan universitaire et académique, une attention toute particulière est accordée à la jeunesse sénégalaise. Le Maroc demeure l’une des principales destinations de formation pour les étudiants sénégalais, notamment grâce au programme de bourses de l’Agence marocaine de coopération internationale (AMCI), ainsi qu’à un dispositif structuré de partenariats universitaires et de coopérations inter-établissements. L’Ambassade veille à faciliter ces échanges, à accompagner les milliers d’étudiants tout au long de leur parcours académique et à encourager la constitution de réseaux durables d’anciens diplômés du Maroc, véritables ponts humains entre nos deux pays.

Cette dynamique est pleinement réciproque. Le Sénégal accueille aujourd’hui le plus grand nombre d’étudiants marocains en Afrique subsaharienne, ce qui témoigne du haut niveau de confiance, de sécurité et de qualité académique qui caractérise la relation maroco-sénégalaise. L’Ambassade agit également en faveur des échanges humains et associatifs, en soutenant les initiatives portées par la société civile, les jeunes leaders, les femmes et les acteurs culturels. Ces dynamiques de terrain donnent un visage concret, vivant et inclusif à la coopération bilatérale, bien au-delà des seuls cadres institutionnels.

Enfin, une attention constante est portée à la communauté marocaine établie au Sénégal, pleinement intégrée et reconnue pour sa contribution à la vie économique, sociale et culturelle du pays. L’Ambassade œuvre à son accompagnement, à la préservation de ses liens avec le Royaume et à la valorisation de son rôle de trait d’union naturel entre nos deux sociétés.

Je tiens, à cet égard, à exprimer mes remerciements sincères aux autorités politiques, universitaires et administratives sénégalaises pour l’accueil fraternel et les facilités accordées aux Marocains résidant au Sénégal, dans le pur esprit de l’hospitalité sénégalaise et de l’amitié profonde qui unit nos deux peuples.

Le Maroc se positionne comme un acteur crédible de l’émergence africaine. Comment le Sénégal perçoit-il aujourd’hui le rôle du Royaume comme partenaire stratégique du continent, et en quoi cette relation contribue-t-elle à une Afrique plus souveraine et plus intégrée ?

Le Sénégal perçoit aujourd’hui le Maroc comme un partenaire stratégique crédible, constant et profondément solidaire, dont l’engagement en faveur de l’Afrique repose sur l’action concrète, la vision de long terme et le respect des souverainetés nationales. Le Royaume est souvent regardé comme un modèle africain de développement maîtrisé, de stabilité institutionnelle et de coopération responsable. Le Maroc est naturellement fier d’être perçu comme tel par les pays africains, et tout particulièrement par le Sénégal, avec lequel il partage une relation de confiance exceptionnelle.

Cette perception positive tient largement à la vision africaine portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu L’Assiste qui place la solidarité, l’intégration régionale et l’autonomie stratégique du continent au cœur de l’action du Royaume. Le Maroc ne se positionne pas, loin s’en faut, comme un donneur de leçons, mais comme un partenaire naturel, engagé aux côtés de ses frères africains dans une logique de co-construction et de bénéfices mutuels.

À cet égard, les grandes initiatives Royales structurantes, auxquelles le Sénégal adhère, illustrent cette ambition continentale. L’Initiative Atlantique vise à faire de la façade atlantique africaine un espace intégré de développement, de connectivité et de prospérité partagée. Le projet du Gazoduc Afrique Atlantique, dont le Sénégal constitue naturellement l’un des premiers maillons structurants, s’inscrit dans une logique globale de sécurité énergétique, de renforcement de l’intégration régionale et de création de chaînes de valeur africaines, au service du développement partagé du continent.

Ces initiatives contribuent concrètement à une Afrique plus souveraine, capable de maîtriser ses infrastructures stratégiques, de renforcer ses échanges intra-africains et de parler d’une voix plus affirmée sur la scène internationale. Pour le Sénégal, le partenariat avec le Maroc s’inscrit pleinement dans cette dynamique : il ne s’agit pas seulement d’une relation bilatérale forte, mais d’un levier au service de l’intégration africaine, de la stabilité régionale et de l’émergence collective du continent.

Toute relation stratégique comporte aussi des défis. Quels sont, avec franchise diplomatique, les principaux défis à relever pour hisser encore plus haut le partenariat maroco-sénégalais dans la prochaine décennie ?

Il est vrai que toute relation stratégique, aussi solide soit-elle, comporte nécessairement des défis. L’objectif n’est pas de les occulter, mais de les identifier avec lucidité afin de hisser encore plus haut le partenariat maroco-sénégalais au cours de la prochaine décennie. Un premier défi réside dans la traduction effective de la forte volonté politique en résultats concrets et visibles, à travers une meilleure synchronisation entre les administrations, un suivi rigoureux des projets et une accélération soutenue de leur mise en œuvre. Un deuxième défi tient aux différences de niveaux d’infrastructures, de capacités administratives et de maturité des écosystèmes économiques entre les deux pays frères.

Ces écarts appellent des approches adaptées, graduelles et réalistes, fondées sur le transfert d’expertise, l’accompagnement technique et le renforcement des capacités, afin de garantir des partenariats équilibrés et durables. Un troisième enjeu concerne la diversification et la montée en gamme de la coopération économique, notamment dans les secteurs d’avenir tels que l’énergie, les infrastructures durables, le numérique, l’industrie, la formation et l’innovation, en veillant à une meilleure intégration des chaînes de valeur locales. Enfin, un défi majeur consiste à impliquer davantage les jeunesses des deux pays dans cette dynamique, en renforçant la mobilité, l’entrepreneuriat, la formation professionnelle et les échanges humains, afin d’assurer la pérennité et le renouvellement de ce partenariat stratégique.

À ces défis structurels s’ajoutent certaines lacunes qu’il convient de relever avec franchise. La première concerne les investissements croisés entre les deux pays. Si les investisseurs marocains manifestent un intérêt marqué pour le marché sénégalais, pour des raisons économiques et stratégiques bien identifiées, les investisseurs sénégalais, en revanche, n’intègrent pas encore pleinement le Maroc dans leurs stratégies d’investissement. Cette situation apparaît d’autant plus paradoxale que l’ensemble des instruments juridiques et conventionnels destinés à faciliter les investissements dans les deux sens est en place, et que le Maroc s’impose aujourd’hui comme l’une des destinations les plus attractives en Afrique et au Moyen-Orient.

Une seconde lacune est observée dans le domaine des échanges culturels et de la création artistique. S’il est vrai que nos artistes se connaissent, et coopérent dans un cadre relativement limité, Il serait souhaitable qu’ils intègrent davantage, dans leurs créations et productions, les imaginaires respectifs du Maroc et du Sénégal. À cet égard, les citoyens binationaux, toutes générations confondues, constituent un levier encore insuffisamment mobilisé, alors même qu’ils offrent un potentiel considérable pour encourager la proximité culturelle, stimuler les échanges humains et renforcer durablement les liens entre nos deux peuples.

L’ensemble de ces défis et lacunes s’inscrit en corrélation directe avec les enjeux globaux auxquels le continent africain est confronté. Pour les relever, nous sommes appelés à agir simultanément aux niveaux national et bilatéral, au service d’objectifs continentaux plus larges. L’Afrique se construira par la somme de nos succès nationaux, bilatéraux et régionaux, et non par l’addition de nos faiblesses. Abordés avec lucidité, confiance et ambition, ces défis constituent, sans nul doute, autant d’opportunités pour approfondir une relation déjà exemplaire et la projeter vers un avenir encore plus ambitieux, au service du développement partagé et de la stabilité régionale.

Dans le contexte de la ZLECAf, comment le tandem Rabat–Dakar peut-il contribuer à renforcer l’intégration économique africaine, notamment à travers les infrastructures et la finance ?

Dans le contexte de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le tandem Rabat–Dakar dispose d’atouts réels pour jouer un rôle moteur dans le renforcement de l’intégration économique africaine, en particulier dans les domaines des infrastructures et de la finance, qui constituent les véritables leviers de la mise en œuvre effective de cette initiative continentale.

D’abord, sur le plan des infrastructures, le Maroc et le Sénégal partagent une vision convergente : sans connectivité physique et logistique, la ZLECAf ne peut produire tout son potentiel. Le positionnement géographique des deux pays, le Maroc comme hub entre l’Afrique, l’Europe et l’Atlantique, et le Sénégal comme porte d’entrée naturelle de l’Afrique de l’Ouest, permet de structurer des corridors économiques, portuaires, énergétiques et logistiques au service des échanges intra-africains. Les grands projets structurants portés ou soutenus par le Maroc, auxquels le Sénégal adhère, s’inscrivent pleinement dans cette logique d’intégration par les infrastructures.

Ensuite, sur le plan financier, le rôle du tandem Rabat-Dakar est tout aussi stratégique. Les groupes bancaires et financiers marocains, fortement implantés au Sénégal et dans plusieurs pays africains, contribuent déjà à faciliter le financement du commerce, des PME, des infrastructures et des projets industriels régionaux. Cette présence favorise l’inclusion financière, l’harmonisation des pratiques et la circulation des capitaux africains, conditions indispensables au succès de la ZLECAf.

Au-delà des outils, c’est aussi une méthode commune qui distingue Rabat et Dakar : concertation étroite, alignement des priorités nationales avec les objectifs continentaux, et volonté de transformer les cadres juridiques en projets concrets. Ensemble, le Maroc et le Sénégal peuvent servir de laboratoire de bonnes pratiques pour une intégration africaine pragmatique, progressive et orientée vers les résultats.

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs, aux investisseurs et aux jeunes générations sénégalaises et marocaines sur le sens profond et l’avenir de cette relation d’exception entre le Maroc et le Sénégal ?

Le message que je souhaite adresser est avant tout un message de responsabilité et d’espérance. La relation entre le Maroc et le Sénégal est un héritage précieux, patiemment construit par nos aînés, porté par l’histoire, la spiritualité et une fraternité sincère. C’est un acquis que nous avons le devoir collectif de protéger, de nourrir et d’élever, afin qu’il continue à servir les intérêts de nos deux peuples et des générations à venir. Nos deux peuples frères peuvent, à juste titre, s’enorgueillir d’être conduits, sous le leadership éclairé de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, et de Son Excellence le Président de la République du Sénégal, par une vision claire, pragmatique et résolument ouverte sur l’avenir, au service d’une Afrique stable, prospère et inclusive.

À l’ensemble des acteurs publics et institutionnels, je dirais que cette relation d’exception nous oblige à avancer avec lucidité et ambition, en traduisant la confiance politique en politiques publiques concrètes, cohérentes et adaptées aux mutations de notre temps ainsi qu’aux attentes légitimes de nos sociétés. Aux investisseurs et aux acteurs économiques, le message est clair : le partenariat maroco-sénégalais offre un cadre rare de stabilité, de confiance et de visibilité. Il convient de multiplier les occasions d’affaires, d’investir dans des projets à forte valeur ajoutée et d’inscrire l’action économique dans une logique de création de valeur partagée, durable et inclusive.

Enfin, aux jeunes générations marocaines et sénégalaises, je dirais que l’avenir de cette relation leur appartient. Il est essentiel de continuer à se connaître, à se rencontrer et à coopérer, à travers les études, la culture, l’entrepreneuriat et l’innovation. Si la relation maroco-sénégalaise constitue un legs précieux qu’il nous appartient de préserver, elle est aussi un projet vivant, à réinventer sans cesse avec confiance, audace et ouverture. Tant que nos peuples continueront à croire les uns dans les autres, cet avenir commun demeurera, sans nul doute, porteur de grandes promesses.

Enfin, il serait incomplet de conclure sans rendre un hommage appuyé aux grandes figures qui ont façonné, porté et consolidé cette relation d’exception depuis les indépendances. Les Rois du Maroc, feu Sa Majesté Mohammed V, feu Sa Majesté le Roi Hassan II et Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, ont, chacun à leur époque, inscrit la relation avec le Sénégal au rang des priorités stratégiques du Royaume, avec constance, clairvoyance et fidélité aux valeurs africaines de solidarité et de fraternité. De même, les Présidents de la République du Sénégal, feu Léopold Sédar Senghor, feu Abdou Diouf, Son Excellence Abdoulaye Wade et Son Excellence Macky Sall, et SEM Bassirou Diomaye Faye ont su, par leur vision et leur engagement, préserver, approfondir et projeter cette relation dans le temps long. Ces grands hommes d’État visionnaires ont non seulement maintenu cet héritage historique précieux, mais ont su l’élever à un niveau jamais atteint, en faisant du partenariat maroco-sénégalais un modèle de coopération africaine fondé sur la confiance, la stabilité et l’ambition partagée.

Monsieur l’Ambassadeur, la finale Maroc-Sénégal a constitué un moment fort de la Coupe d’Afrique des Nations, tant par son intensité sportive que par l’engouement populaire qu’elle a suscité. Comment inscrivez-vous cet événement dans la dynamique plus large du football africain et quels enseignements positifs peut-on en tirer pour l’avenir du sport sur le continent ?

En effet, le Maroc a mobilisé l’ensemble des moyens humains, techniques et institutionnels nécessaires afin de faire de cette Coupe d’Afrique des Nations non seulement une grande fête fraternelle africaine, mais également une véritable vitrine à destination du monde entier, destinée à mettre en valeur les talents africains ainsi que les capacités organisationnelles du continent, incarnées à travers le Royaume du Maroc.

À travers cette organisation, le Maroc a légitimement mis en lumière sa success story, aujourd’hui reconnue et consacrée au niveau mondial. Cette réussite repose avant tout sur la vision claire et anticipatrice de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, sur l’intelligence collective des Marocains et sur la valorisation optimale des ressources endogènes du pays, qui ont permis de bâtir un modèle de développement cohérent, résilient et orienté vers la performance.

Ce faisant, le Maroc n’a pas seulement démontré sa capacité à réussir sur son propre territoire, mais également que ce modèle est exportable et reproductible dans d’autres pays africains, dans une logique de partage d’expériences, de transfert de savoir-faire et de montée en compétences collective du continent.

Au-delà des seuls résultats sportifs, l’ensemble de nos interlocuteurs sénégalais, africains et internationaux n’ont cessé de souligner combien ils ont été impressionnés par la métamorphose profonde du paysage urbain des villes marocaines, rendue possible grâce à la réalisation de grandes infrastructures structurantes et à la mise en œuvre d’une politique d’urbanisation rénovée, moderne et inclusive. Cette transformation tangible constitue aujourd’hui l’un des marqueurs les plus visibles du développement du Royaume et de sa capacité à accueillir des événements d’envergure internationale dans des conditions optimales.

Au-delà de toute lecture conjoncturelle, il est essentiel de replacer cette finale dans une perspective historique et stratégique plus large. Les relations du Maroc avec le Sénégal, comme avec l’ensemble de ses pays frères d’Afrique, s’inscrivent dans un prolongement historique de plus de mille ans, fondé sur des échanges humains, spirituels, culturels et commerciaux, bien antérieurs aux cadres étatiques contemporains. Les autorités compétentes se penchent, avec sérénité et responsabilité, sur les différents aspects soulevés, chacun dans le cadre de ses attributions et conformément aux mécanismes en vigueur. Sur le plan diplomatique, les orientations sont claires et ont été définies au plus haut niveau par les deux Chefs d’État, dans un esprit d’apaisement, de respect mutuel et de préservation de la solidité des liens fraternels.

Depuis vingt-six ans, Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a fait de l’Afrique une priorité stratégique de la diplomatie marocaine, aux côtés de la question nationale. Cette vision s’est traduite par des actions concrètes et mesurables : plus de cinquante visites royales sur le continent, la signature de plus d’un millier d’accords de coopération, et la mise en place d’un modèle de partenariat solidaire, sincère et mutuellement bénéfique, aujourd’hui largement salué au niveau international. L’enseignement majeur à tirer pour l’avenir est que le sport, à l’image de cette relation historique et stratégique, doit demeurer un espace de responsabilité, de rassemblement et de projection collective, au service de la jeunesse africaine et de l’unité du continent.

Monsieur l’Ambassadeur, cette finale a mobilisé une ferveur remarquable de part et d’autre, illustrant la place centrale du football dans nos sociétés. Avec le recul, quel message souhaitez-vous adresser afin que le sport continue de jouer pleinement son rôle de vecteur de respect, de fraternité et de rapprochement entre les peuples africains ?

En effet, cette finale a été marquée par une forte charge émotionnelle, reflet de l’attachement profond de nos peuples au football, qui occupe une place singulière dans l’imaginaire collectif africain. Avec le recul, il convient toutefois de replacer ces moments dans une perspective plus large, où le sport demeure avant tout un vecteur de respect, de dialogue et de rapprochement entre les nations africaines.

Dans le contexte africain, le sport offre une opportunité irremplaçable : celle de permettre aux Africains de mieux se connaître entre eux, de renforcer les liens entre les peuples du continent, tout en contribuant à faire connaître l’Afrique à l’international, à travers ses talents, sa créativité et sa capacité à organiser des événements de portée mondiale. À ce titre, les grandes compétitions sportives dépassent largement le cadre du jeu pour devenir de véritables espaces de rencontre, de compréhension mutuelle et de construction d’un récit africain positif.

Il est également essentiel de rappeler que le sport revêt une importance particulière parce qu’il véhicule des valeurs nobles et universelles, telles que le respect des règles, le fair-play, la solidarité, l’effort collectif, la discipline et le dépassement de soi. À ce titre, il constitue un levier majeur pour la consolidation de la paix, la prévention des tensions, le rapprochement des communautés et la promotion d’une culture de dialogue.

Au-delà de sa dimension sociale, le sport représente également un facteur économique structurant, créateur d’emplois, générateur d’investissements et catalyseur de développement local et régional. Il contribue, en outre, au renforcement des capacités, tant à travers la formation des jeunes, la professionnalisation des métiers du sport, que par le transfert de compétences en matière d’organisation, de gouvernance et de gestion d’événements internationaux.

C’est précisément cette vision que Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L’assiste, a exprimée dans Son message adressé aux membres de l’équipe nationale marocaine. Le Souverain y a rappelé que la persévérance, l’esprit d’équipe et la confiance dans le capital humain constituent les fondements de toute réussite durable, soulignant que l’accueil par le Maroc de cette Coupe d’Afrique des Nations ne relevait pas seulement d’un succès sportif, mais traduisait avant tout un message fort d’espoir, de confiance et de responsabilité du Maroc à l’égard de l’ensemble du continent africain.

Sa Majesté y a affirmé avec clarté que le talent africain est capable d’exceller, d’innover et de rivaliser au plus haut niveau, et que le sport peut constituer un levier puissant pour valoriser la jeunesse africaine, renforcer le sentiment d’appartenance commune et projeter une image positive, ambitieuse et confiante de l’Afrique. Dans cette même dynamique, le Président sénégalais a également mis en avant la dimension unificatrice du sport et son rôle essentiel dans la consolidation de la fraternité africaine, soulignant la nécessité de préserver l’esprit de fair-play, d’apaisement et de respect mutuel qui doit prévaloir au-delà de l’intensité de la compétition, rejoignant ainsi la vision de SM Le Roi sur la question.

C’est dans cette continuité historique, politique et humaine que le Maroc entend poursuivre son engagement : faire du sport un langage commun, un facteur de cohésion, un outil de développement et un symbole d’une Afrique solidaire, responsable, confiante en son avenir et fidèle à ses valeurs fondamentales.

Source de l’article : Maroc Diplomatique