Situation hydrique : Les barrages du Maroc retrouvent 48 % de remplissage
L’allocution de M. Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, prononcée mardi 20 janvier devant la Chambre des conseillers, a révélé une amélioration substantielle de la situation hydrique du Maroc. Après une période de stress hydrique notable, les données cumulées depuis septembre témoignent d’une inversion de tendance spectaculaire, conférant un répit bienvenu aux réserves nationales.
Les précipitations agrégées ont atteint un volume de 121,5 mm, ce qui représente une progression exceptionnelle de 114 % par rapport à l’exercice précédent, et excède de 24 % la moyenne trentenaire établie entre 1990 et 2020. Cette manne céleste s’est doublée d’un enneigement record, atteignant initialement 55 195 km², avant de se stabiliser à 22 600 km².
L’impact de cette conjoncture météorologique favorable est immédiatement perceptible dans les apports hydriques aux retenues. Entre septembre 2025 et le 20 janvier 2026, ceux-ci se sont chiffrés à 4,07 milliards de mètres cubes (m³), dont 3,6 milliards de m³ ont été enregistrés au cours des quarante derniers jours.
Conséquemment, le taux de remplissage global des barrages a connu une ascension fulgurante, passant de 28 % à un niveau actuel de 48 %.
L’analyse par bassin hydraulique révèle des dynamiques de récupération hétérogènes mais globalement très positives. Le bassin du Sebou, par exemple, a vu son taux de remplissage s’améliorer de manière significative, passant de 36 % à 57 %, ce qui correspond à un volume de 3,16 milliards de m³ et a même nécessité le déversement des excédents de quatre barrages (Bab Lota, Bouhouda, Garde Sebou et Allal Fassi).
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De même, pour le bassin de l’Oum Er-Rbia, les réserves ont fortement progressé, passant de 250 millions de m³ l’année dernière à 1,17 milliard actuellement, soit une hausse du taux de remplissage de 5 % à 24 %. Le bassin du Bouregreg et de la Chaouia affiche quant à lui un taux quasi-optimal, ayant bondi de 37 % à 95,5 %, avec un volume stocké atteignant 1,03 milliard de mètres cubes, et le déversement de plusieurs barrages majeurs.
D’autres bassins ont également enregistré des progressions notables. Dans le bassin du Loukos, les réserves hydriques ont progressé pour atteindre un taux de remplissage de 64,3 %, contre 45,25 % l’an dernier, soit 1,2 milliard de m³. Au niveau du bassin de Souss-Massa, le volume stocké se chiffre à 382 millions de m³, portant le taux de remplissage à 52 %, ce qui a permis de sécuriser une année supplémentaire d’eau potable, et jusqu’à deux années pour la région d’Aït Baha.
Le bassin du Tansift a lui aussi enregistré une amélioration notable, avec un taux de remplissage porté à 75,7 %, un niveau équivalent à celui de juillet 2017, accompagné du déversement de plusieurs barrages. Enfin, dans le bassin Guir-Ziz-Rheris, le taux de remplissage a légèrement progressé pour atteindre 57 %. Seuls les bassins Drâa-Oued Noun et de la Moulouya ont maintenu des niveaux plus stables, respectivement à 31 % et 39 %. Ces volumes d’eau substantiels ont permis de consolider l’approvisionnement en eau potable au niveau national pour une année supplémentaire, avec des disparités régionales allant d’une à trois années de sécurité hydrique.
Les piliers d’une gestion hydrique pérenne
Au-delà de cette amélioration conjoncturelle, le ministre a réaffirmé l’engagement du Royaume dans une stratégie structurelle visant à prémunir le pays contre les aléas climatiques futurs. L’interconnexion des bassins constitue un axe majeur, illustré par le transfert d’urgence de 953 millions de m³ du bassin du Sebou vers celui du Bouregreg, une mesure qui a prouvé son efficacité opérationnelle. Parallèlement, le dessalement de l’eau de mer est érigé en priorité stratégique. La production actuelle, qui s’établit à 350 millions de m³, est appelée à être quintuplée pour atteindre 1,7 milliard de m³ à l’horizon 2030. Quatre stations sont actuellement en cours de réalisation, avec une capacité annuelle projetée de 567 millions de m³, auxquelles s’ajouteront les projets de Nador, Tanger, Guelmim, Tan-Tan et Tiznit.
Enfin, la valorisation des ressources non conventionnelles est renforcée par l’objectif d’atteindre 100 millions de m³ d’eaux usées traitées d’ici 2027, une démarche qui s’inscrit dans une logique d’économie circulaire de l’eau. Ces efforts sont complétés par la poursuite des programmes d’alimentation en eau potable destinés aux douars et centres ruraux, assurant ainsi une équité territoriale dans l’accès à cette ressource vitale. L’actuelle amélioration de la situation hydrique offre un sursis précieux, mais elle est indissociable de la vision prospective du Maroc, qui consolide ses infrastructures et diversifie ses sources pour garantir une sécurité hydrique durable face aux impératifs du changement climatique.
Source de l’article : Maroc Diplomatique



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