Avec sa douceur piquante, Bonbon Vodou va faire guincher le Sonambule

D’où vient le nom Bonbon Vodou, vous souhaitez nous lancer des sortilèges ?

Nous recherchions un nom intriguant, ouvert… Il représente assez bien le groupe, avec quelque chose de sucré, de la douceur de l’enfance et de l’inquiétude de la magie, c’est souvent ce que le vaudou évoque comme impression première. C’est une collision de deux thèmes.

N’est-ce pas aussi un clin d’œil au bonbon piment réunionnais…

Oui, absolument, la moitié du groupe est constituée d’une forte influence réunionnaise. Les bonbons piments cachent bien leur jeu. C’est une forme de gourmandise, mais en fonction du dosage, cela emporte une partie du palais. C’est aussi cela Bonbon Vodou : les textes sont conscients, sociaux et tout cela existe dans une musique dansante.

Ce bonbon fait voyager entre l’Afrique, l’Europe et les îles…

Oui, c’est une référence à nos doubles métissages. Et l’épopée Métèque, notre nouvel album, assume encore plus notre condition de métèques, de métis. Oriane est une métisse de l’île de la Réunion et de la Gascogne, je suis un métis de la Tunisie et du Dauphiné. Nous sommes tous les deux des Français de métropole mais nous sommes tous deux baignés de ces influences. Oriane, beaucoup au travers de la musique de son père, René Lacaille* avec lequel elle a joué. Elle a appris à parler de créole en le chantant. Et moi, comme beaucoup d’enfants de l’immigration de l’Afrique du nord, j’ai tout un bagage culturel, une sorte de proximité immédiate, on est juste de l’autre côté de la Méditerranée. Nous avons tout cela dans nos bagages ; Musicalement, j’ai toujours mélangé la chanson française et la musique de l’Afrique l’ouest notamment. Oriane, a mélangé la réunion et la chanson. Nous nous sommes retrouvés dans ces mélanges.

Vous intervenez dans le cadre du festival Mots Parleurs. Comment choisissez-vous les langues dans lesquelles vous écrivez ?

J’ai toujours écrit mes chansons en français et Oriane a toujours chanté en Créole. Elle écrit naturellement en Créole Réunionnais. Entremêler de manière assez fluide le Créole et le Français constitue la base de l’écriture de Bonbon Vodou. Nous avons beaucoup joué en duo. Là, nous serons en quintet, et dans ce quintet, Juliette Minvielle (fille d’André Minvielle-NDLR), est du Béarn, elle chante en Occitan. Comme la maman d’Oriane est Gasconne, nous nous sommes dit qu’elle allait aussi assumer cette origine-là et commencer à glisse de l’Occitan. Dans cet album, ce sont les premiers de tressage d’Occitan, de Créole réunionnais et de Français, c’est un bon petit ensemble polyglotte.

Ce qui peut lier vos différentes influences musicales, ce sont aussi les rythmiques ternaires…

C’est vrai. Cela est parfois marquant. Le Maloya a des accents rythmiques que l’on retrouve notamment dans la musique Gnawa (au Maroc). Il y a aussi en Tunisie le Stambeli qui est un enfant des musiques Gnawas…

Vous jouez à deux… Ou à cinq. Vous partagez la même émotion sur scène ?

Nous avions poussé le duo pour pouvoir faire danser, on tendait vers le « power duo » ! (Rires). Nous avons de petits instruments mais de gros effets sonores. Mais, évidemment, la palette sonore s’élargit en quintet. D’autant que nous sommes assez gourmands et jouons avec de musiciens poly instrumentistes. Juliette va jouer du tambour à corde béarnais ou de la guimbarde, des sonorités assez sauvages. Roland Seilhes joue du sax, flute, clarinette, , Yann-Lou Bertrand est à la basse, la trompette ou de la flûte. Cela permet beaucoup de combinaisons d’instruments. Et nous ne nous en sommes pas privés, cela va être très riche. L’idée, c’est que ce soit festif et dansant. À cinq, on peut pousser le curseur et interpréter des morceaux plus longs, plus dansants, c’est ce que nous allons faire. Nous sommes en début de tournée, nous avons faim de jouer, de danser : faim de scène !

Accordénoniste, chanteur… René Lacaille est une figure de la musique Réunionnaise.

Source de l’article : Midi Libre