Mohamed El Rhabi, DG de l’EMSI : « La proximité avec l’entreprise est devenue essentielle pour former les ingénieurs de demain »

La 11ᵉ édition du Forum EMSI Entreprises confirme le positionnement de l’EMSI comme acteur central de la formation d’ingénieurs au Maroc. Avec une forte mobilisation des entreprises et la signature de partenariats structurants, l’école consolide son modèle fondé sur la proximité avec le marché. Son directeur général, Mohamed El Rhabi, revient, dans cet entretien, sur les enjeux d’employabilité, d’innovation et de souveraineté technologique. Une vision alignée avec les grandes transitions industrielles et numériques du Royaume.

Le Forum EMSI Entreprises vient d’achever sa 11ème édition. Qu’est-ce que ces résultats disent du positionnement de l’EMSI dans l’écosystème de l’ingénierie au Maroc ?

Cette édition confirme de manière claire la place occupée par l’EMSI dans le paysage de l’ingénierie nationale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et traduisent un niveau de confiance particulièrement fort de la part des entreprises partenaires. Le fait de réunir 260 entreprises et plus de 750 recruteurs sur quatre villes (Casablanca – Rabat – Marrakech – Tanger) démontre que l’EMSI est perçue comme un vivier de talents dont les compétences correspondent aux besoins réels du marché. L’école est aujourd’hui reconnue comme l’établissement d’ingénieurs privé numéro 1 au Maroc, un statut consolidé par un réseau de plus de 21.000 lauréats dont 5.000 actifs à l’international, et par une communauté de plus de 16.000 élèves-ingénieurs actuellement en formation.

Ce Forum démontre aussi l’importance de créer des passerelles solides entre formation et employabilité. Chaque étape de cette tournée nationale a renforcé le dialogue entre l’école et le monde économique, dans un contexte où le Maroc accélère ses grandes transitions technologiques et industrielles. Avec un taux d’insertion remarquable de 9 lauréats sur 10 intégrant le marché du travail dans les six mois, notre modèle démontre son efficacité. Cette performance s’appuie également sur plus de 400 partenaires de recrutement et sur une proximité historique avec l’entreprise, qui s’exprime notamment à travers les Comités d’Entreprise de l’EMSI, permettant d’anticiper les besoins en compétences des industriels. Pour nous, ces résultats ne sont pas une finalité. Ils confirment que notre modèle pédagogique, fondé sur la proximité avec l’entreprise, est non seulement pertinent mais essentiel pour accompagner les ambitions du pays.

Cette 11ᵉ édition a également enregistré la signature de 44 conventions structurantes. Comment ces partenariats transforment-ils concrètement les parcours de formation et l’employabilité des étudiants ?

Ces conventions représentent un levier majeur de transformation. Elles consolident l’intégration de l’entreprise dans nos parcours de formation, dès les premières années du cursus. Concrètement, elles ouvrent davantage d’opportunités de stages, de projets de fin d’études, de mentorat et d’immersion professionnelle. Elles permettent aussi la co-construction de modules pédagogiques avec les entreprises partenaires, qui apportent leur expertise sur les métiers émergents. Dans un pays où les besoins en compétences évoluent très vite, cette approche garantit que nos étudiants sont formés sur des technologies, des méthodes et des outils immédiatement opérationnels.

Les 150 laboratoires de travaux pratiques répartis sur nos campus offrent à nos étudiants un apprentissage concret, soutenu par notre pédagogie active learning-by-doing, qui intègre simulations, projets terrain, hackathons et challenges technologiques internes et externes.

Enfin, ces partenariats renforcent l’insertion professionnelle. Les entreprises qui recrutent nos lauréats sont associées en amont aux formations, ce qui crée un continuum naturel entre apprentissage et emploi. Notre écosystème inclut également l’accès à des certifications internationales de référence – Oracle, Dassault, Coursera et autres – très recherchées par les employeurs. C’est un modèle gagnant pour nos étudiants, pour nos partenaires et pour l’écosystème national.

Vous pilotez aujourd’hui la transformation académique et scientifique du Groupe EMSI. Comment ces chantiers s’articulent-ils avec les grandes transitions technologiques que connaît le Maroc ?

L’ingénierie moderne repose sur un triptyque clair, qu’est l’excellence scientifique, l’innovation technologique et l’impact. Notre travail consiste à structurer l’EMSI autour de ces piliers, afin que nos futurs ingénieurs puissent contribuer pleinement aux dynamiques en cours, notamment la digitalisation, l’industrie 4.0, la cybersécurité, l’intelligence artificielle, la transition énergétique, et la souveraineté industrielle.

L’EMSI dispose aujourd’hui de 4 laboratoires de R&D, de plus de 200 enseignants-chercheurs, de plus de 360 publications scientifiques et de 95 distinctions en recherche appliquée. Notre recherche accompagne directement les entreprises à travers le développement de solutions technologiques avancées et l’accompagnement des porteurs de projets innovants. Cette capacité d’innovation permet à nos étudiants de travailler sur des problématiques réelles et d’intégrer des compétences de très haut niveau.

Nous portons un effort conséquent sur l’ouverture à l’international, car la compétitivité scientifique est mondiale. Le Maroc construit aujourd’hui des chaînes de valeur stratégiques, de l’automobile à l’électronique, en passant par l’énergie. Former des ingénieurs capables d’y contribuer suppose une exposition aux meilleures pratiques, aux standards internationaux et aux nouvelles frontières de la recherche. Cette orientation s’inscrit également dans notre appartenance au réseau Honoris United Universities, premier réseau panafricain de l’enseignement supérieur privé, qui réunit plus de 115.000 étudiants de 60 nationalités différentes.

L’EMSI s’inscrit donc pleinement dans ce mouvement. Notre objectif est de former des ingénieurs capables d’accompagner les ambitions du Royaume et d’en accélérer la réalisation.

Votre parcours scientifique, de Sorbonne Université à Centrale Casablanca, vous a amené à créer des unités de recherche, une école annuelle d’IA et à travailler sur des projets industriels. Comment cette expertise nourrit-elle aujourd’hui la trajectoire de l’EMSI ?

Ce parcours m’a permis de développer une conviction profonde, que l’ingénieur de demain doit être à la fois solide scientifiquement, créatif dans ses approches et conscient des implications sociétales de la technologie. Les expériences menées à ParisTech, Centrale Casablanca ou encore au sein de l’école annuelle d’intelligence artificielle m’ont montré l’importance de créer des environnements où chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs et institutions peuvent dialoguer et construire ensemble. C’est exactement ce que je souhaite impulser à l’EMSI.

Nos laboratoires de recherche appliquée jouent un rôle central dans cette dynamique, en offrant aux étudiants un véritable terrain d’exploration scientifique. Ils y transforment leurs idées en prototypes, leurs concepts en brevets et leurs projets en solutions concrètes.

Nous structurons aujourd’hui des pôles de recherche capables de produire de la valeur scientifique mais aussi d’accompagner l’innovation industrielle. Nous renforçons nos liens avec les acteurs de l’écosystème marocain afin que nos étudiants travaillent sur des problématiques réelles, en l’occurrence l’optimisation industrielle, la data science, l’énergie, la cybersécurité, ou encore les systèmes intelligents. Cette vision s’inscrit dans un objectif plus large de faire de l’EMSI une école qui forme des ingénieurs capables de contribuer à l’innovation technologique, et pas seulement de l’accompagner.

Dans un contexte où les métiers de l’ingénieur évoluent rapidement, quelles seront selon vous les compétences essentielles pour les jeunes diplômés, et comment l’EMSI se prépare-t-elle à les développer ?

Les compétences clés se situent aujourd’hui à l’intersection de plusieurs dimensions. Il y a d’abord les fondamentaux que sont les mathématiques appliquées, l’informatique, l’électronique, les sciences des données et la cybersécurité. Sans ce socle scientifique solide, il est difficile de s’adapter à la vitesse d’évolution des technologies.

Ensuite, les compétences transversales deviennent essentielles, notamment la capacité à apprendre vite, à travailler en équipe, à résoudre des problèmes complexes, à naviguer dans des environnements numériques et à innover. Le Maroc a besoin d’ingénieurs capables de penser et construire des solutions, pas seulement d’exécuter.

Enfin, il y a les compétences d’impact, qui incluent la compréhension des enjeux de souveraineté technologique, la conscience environnementale, le sens de l’éthique et la vision systémique. Un ingénieur n’est plus seulement un expert technique, c’est un acteur du progrès et du développement national.

À l’EMSI, nous travaillons à intégrer ces dimensions à travers une pédagogie active, une proximité renforcée avec les entreprises, des projets réels, des laboratoires spécialisés et une ouverture à l’international. Nos modules dédiés aux soft skills, à l’entrepreneuriat, nos certifications internationales et notre exposition aux défis technologiques contemporains renforcent cette approche. Notre ambition est claire et vise à former des ingénieurs capables de contribuer à un Maroc plus souverain, plus durable et plus innovant.

Source de l’article : LesEco.ma