Hydrogène vert : grandes ambitions, défis réels
Le Maroc se positionne parmi les leaders africains de l’hydrogène vert, porté par ses ressources solaires et éoliennes abondantes et sa proximité avec l’Europe. Selon le dernier rapport du Energy Industries Council (EIC), le Royaume et ses voisins nord-africains développent des projets principalement destinés à l’export vers l’Europe, avec l’Allemagne identifiée comme marché stratégique. Malgré 78 projets recensés sur le continent, seule une poignée est opérationnelle, et la plupart restent au stade pré-FID, freinée par le manque d’infrastructures, de chaînes locales et d’accords d’offtake sécurisés. La réussite nécessitera coordination, financements adaptés et infrastructures solides pour transformer les ambitions en réalisations concrètes.
Le Maroc figure parmi les trois pays leaders africains de l’hydrogène vert. C’est ce qui ressort des données publiées dans le dernier rapport du Energy Industries Council (EIC), l’association professionnelle de la chaîne d’approvisionnement énergétique mondiale.
Plusieurs projets sont ainsi recensés dans la base EICDataStream, majoritairement orientés vers l’exportation vers l’Europe. Et l’Allemagne fait partie des marchés identifiés comme stratégiques pour ces projets au Maroc et en Afrique du Nord. Le Royaume bénéficie d’un fort potentiel grâce à ses ressources solaires et éoliennes abondantes. La proximité géographique avec l’Europe renforce son attractivité pour les investisseurs.
La plupart des projets restent toutefois au stade pré-FID, sans accords d’offtake fermes, soulignent les auteurs du rapport. En outre, les besoins en infrastructures de soutien, comme les réseaux électriques, le dessalement et les capacités d’export, alourdissent l’investissement initial.
Pour sa part, la dépendance aux équipements importés, notamment les électrolyseurs, reste un facteur limitant. Malgré ces contraintes, le Maroc conserve une position favorable grâce à sa stabilité politique et son expérience énergétique. Les projets marocains, eux, témoignent de l’ambition réelle de transformer les ressources renouvelables en opportunités d’export.
Hydrogène vert en Afrique : le panorama
Plus globalement, l’Afrique compte aujourd’hui 78 projets d’hydrogène vert, pour une capacité totale estimée à 38 GW. Et le volume d’investissements planifiés atteint près de 194 milliards de dollars, selon le Africa Hydrogen Report de l’EIC. Les trois principaux pays, l’Égypte, le Maroc et l’Afrique du Sud, concentrent environ 80% du CAPEX africain.
L’Égypte représente, à elle seule, près de 88,5 milliards de dollars d’investissements, soutenus par une stratégie nationale bas carbone. Cette concentration montre que l’hydrogène vert reste un marché encore centralisé géographiquement sur le continent.
Malgré une grande ambition continentale, seuls deux projets sont actuellement opérationnels, tous deux en Namibie, pour une capacité cumulée de 17 MW. Cette situation démontre le décalage entre annonces et réalisations concrètes.
Export : l’Europe et l’Asie en ligne de mire
Les projets nord-africains visent principalement l’Europe, tandis que ceux d’Afrique subsaharienne se concentrent sur l’ammoniac vert destiné à l’Asie, notamment le Japon et la Corée du Sud. Le Maroc et ses voisins se positionnent comme fournisseurs stratégiques pour les marchés internationaux. Cette orientation témoigne de l’importance des accords d’offtake sécurisés pour garantir la viabilité des projets. Sans ces contrats, même les projets bien situés risquent de rester au stade conceptuel.
Le rapport montre, par ailleurs, que la dynamique des exportations dépend fortement de la synchronisation entre calendrier des projets et capacité d’absorption des marchés. Par ailleurs, l’investissement des projets africains reste élevé, car il intègre des infrastructures lourdes de soutien : pipelines, production électrique, raccordement réseau et dessalement.
L’absence de chaîne industrielle locale, notamment de fabricants d’électrolyseurs, oblige les projets à recourir aux importations. Les projets marocains suivent la même logique et dépendent largement d’équipements étrangers. L’Égypte reste un exemple d’exception avec un taux de contenu local de 20%, associé à des restrictions sur la main-d’œuvre étrangère.
Ainsi, le manque d’infrastructures et de garanties financières freine la transition des projets du stade pré-FID à la construction. Conclusion : la coordination entre politiques publiques, ressources et investisseurs est donc essentielle. En attendant, le rapport de l’EIC conseille de privilégier des projets plus modestes, adaptés à la demande réelle et aux capacités d’infrastructure.
Pour les auteurs, les gouvernements africains doivent clarifier et stabiliser les cadres réglementaires, accélérer les permis et sécuriser l’accès au réseau électrique et à l’eau. En outre, des mécanismes financiers, incluant les banques de développement, sont nécessaires pour partager les risques. Le Maroc, comme ses voisins, dispose d’un fort potentiel technique et géographique. Mais sans mesures immédiates, beaucoup de ces initiatives risquent de rester à l’état conceptuel, malgré les ressources et ambitions affichées. La réussite repose donc nécessairement sur la combinaison d’infrastructures, de contrats fermes et de financements adaptés.
Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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