Grippe : entre vulnérabilité et insuffisance des traitements
Comme le rappelle Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, « il n’existe pas réellement de médicaments contre la grippe elle-même » . La prise en charge repose avant tout sur l’atténuation des symptômes, en attendant que l’organisme élimine le virus.
La grippe est une infection virale aiguë qui évolue généralement vers une guérison spontanée en sept à dix jours. Les traitements prescrits visent essentiellement à améliorer le confort du patient durant cette période, notamment en faisant baisser la fièvre, en soulageant les douleurs, en calmant la toux et en favorisant le repos.
Le rôle très limité des antiviraux
Un seul médicament antiviral agit directement contre le virus de la grippe, mais son utilisation reste strictement encadrée. Selon Tayeb Hamdi, cet antiviral est administré « de manière exceptionnelle » , dès l’apparition des symptômes et uniquement chez des groupes très vulnérables. Il est réservé à des contextes bien précis, notamment en situation de pandémie grippale ou lors d’années où l’efficacité du vaccin est jugée insuffisante.
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En dehors de ces cas particuliers, l’usage de cet antiviral n’est pas recommandé à grande échelle. Cette restriction s’explique par plusieurs facteurs : son bénéfice limité dans la population générale, la nécessité d’une administration très précoce, et une stratégie de santé publique qui privilégie la prévention vaccinale et les soins symptomatiques.
Dans la majorité des pays, la prise en charge de la grippe repose sur des mesures simples. Le paracétamol est utilisé pour réduire la fièvre et les douleurs, des sirops peuvent soulager la toux, et les recommandations incluent le repos et une bonne hydratation. « Boire beaucoup d’eau et se reposer » restent des conseils de base, rappelle Tayeb Hamdi.
Ces mesures n’agissent pas sur le virus, mais elles permettent de traverser la maladie dans de meilleures conditions. Elles constituent aujourd’hui la référence en l’absence de traitement antiviral généralisable et réellement efficace.
Antirhumes : une efficacité remise en question
Les médicaments dits « antirhumes » , largement disponibles sur le marché, sont de plus en plus remis en question. Non seulement leur efficacité est jugée insuffisante, mais leur sécurité pose problème. Selon Tayeb Hamdi, ces produits sont « en cours d’évaluation à l’échelle mondiale » et ne sont plus recommandés dans de nombreux pays.
Les études disponibles n’ont pas démontré d’amélioration significative des symptômes ni de modification de l’évolution de la maladie. En revanche, certaines substances contenues dans ces médicaments, notamment celles destinées à décongestionner le nez, ont été associées à des effets indésirables graves.
Les données scientifiques mettent en évidence un risque, certes rare mais réel, d’accidents vasculaires cérébraux liés à certains décongestionnants nasaux. « C’est très rare, il faut le dire, mais ça existe » , souligne Tayeb Hamdi. Ce constat est d’autant plus préoccupant que ces médicaments n’apportent pas de bénéfice démontré sur le plan clinique.
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Face à ce rapport bénéfice-risque défavorable, la tendance internationale est claire : il faut bannir progressivement l’utilisation de ces antirhumes. Selon le médecin-chercheur, ces produits ne devraient plus être recommandés et pourraient être retirés du marché dans les années à venir.
La grippe étant une maladie virale, les antibiotiques n’ont aucun effet sur le virus. Leur prescription n’est donc pas justifiée dans les cas de grippe simple. Toutefois, Tayeb Hamdi précise qu’ils peuvent être utilisés dans un contexte très particulier : celui de la surinfection bactérienne.
Lorsque la grippe fragilise les poumons, une infection bactérienne secondaire peut survenir. Dans ce cas précis, l’antibiotique vise à traiter la bactérie, et non le virus grippal. Cette distinction est essentielle pour éviter les prescriptions inutiles et lutter contre l’antibiorésistance.
Absence de chiffres publiés
Concernant l’ampleur réelle de la grippe au niveau national, les données officielles restent peu visibles. À ce jour, aucun chiffre détaillé n’a été publié par le ministère de la Santé. Bien qu’un réseau de centres sentinelles assure la surveillance de la grippe et des maladies respiratoires, les résultats de cette collecte ne sont pas rendus publics.
Cette absence de données empêche toute évaluation précise de l’impact de la saison grippale en cours. Tayeb Hamdi souligne qu’il est impossible de se prononcer sur les populations les plus touchées ou sur la gravité globale de la situation sans informations officielles accessibles.
Grippe et Covid-19 : ne pas confondre
Enfin, la question d’un lien entre la grippe et la Covid-19 revient régulièrement dans le débat public. Tayeb Hamdi est catégorique : « Il s’agit de virus différents, appartenant à des familles distinctes. Les mutations observées cette année sur le virus grippal ne sont pas liées à la Covid-19 » .
Le virus de la grippe mute chaque année, ce qui explique l’adaptation annuelle du vaccin. La plupart de ces mutations sont mineures, et seules des mutations majeures peuvent conduire à une pandémie. Cette année, les changements observés ont rendu la souche plus transmissible et les symptômes parfois plus marqués, sans pour autant atteindre un niveau pandémique comparable à celui de la Covid-19.
En rappelant ces éléments, Tayeb Hamdi insiste sur l’importance d’une information sanitaire rigoureuse. Comprendre les limites des traitements disponibles, éviter les médicaments inutiles ou dangereux et respecter les indications médicales sont autant de leviers pour une meilleure prise en charge de la grippe, tant au niveau individuel que collectif.
Source de l’article : Lebrief



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