« Beaucoup de visiteurs viennent profiter de l’événement » : comment le Maroc mise sur la CAN 2025 pour développer son tourisme
Stades bondés, chants des supporters, ferveur populaire, polémiques… La 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2025), organisée par la Confédération africaine de football, tient le Maroc en haleine depuis le 21 décembre 2025. À quelques heures de la grande finale face au Sénégal, ce dimanche soir à Rabat, le pays hôte s’impose comme le centre névralgique du football africain, en lien étroit avec un autre de ses objectifs : se hisser dans les top destinations touristiques mondiales.
En 2025, le royaume chérifien a accueilli près de 20 millions d’entrées touristiques, un record selon le ministère du Tourisme. Considéré comme la destination extra-européenne préférée des Français, le pays mise aussi sur ses infrastructures pour séduire davantage de voyageurs : stades rénovés, montée en gamme de l’hôtellerie et nouvelles liaisons aériennes. Objectif, assurer l’accueil de dizaines de milliers de supporters et visiteurs, et affirmer sa capacité à accueillir des événements de grande envergure.
Une visibilité à l’international
La CAN 2025 attire bien au-delà des villes hôtes. À Chefchaouen, dans les montagnes du Rif, Amina El Hammouchi, 34 ans, guide touristique depuis sept ans, remarque une fréquentation en nette hausse. « Beaucoup de visiteurs viennent profiter de l’événement » . Même si sa ville n’accueille pas de matchs, la compétition, qui se déroule notamment à Rabat, Tanger ou Fès, a un effet boule de neige jusque dans le Nord-Ouest. Pour la trentenaire, elle agit comme un accélérateur pour tout le secteur touristique.
Dans le Sud-Est, Boujemaa Aghlane, 33 ans, guide spécialisé dans les espaces naturels, a constaté une augmentation des réservations avant même le début des matchs. Originaire de Ouarzazate, il explique : « Depuis la Coupe du monde au Qatar, la performance historique des Lions de l’Atlas a renforcé la visibilité du royaume à l’international » .
La CAN 2025 confirme ainsi une tendance de fond : le sport s’impose comme un levier puissant d’attractivité touristique. « Les flux observés pendant la compétition ont dépassé le cadre strict de l’événement, avec des séjours prolongés, une forte mobilité entre les villes hôtes et une découverte élargie du territoire » , détaille Achraf Fayda, le directeur de l’Office national marocain du tourisme (ONMT).
Un réseau aérien en expansion « Nous constatons depuis plusieurs années une forte progression de la demande touristique » , explique Transavia France au Figaro. Le royaume chérifien figure parmi ses marchés les plus dynamiques. La compagnie, en partenariat avec l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT), a ouvert à l’hiver 2025 quatorze nouvelles lignes depuis différents aéroports français. Marrakech et Agadir sont désormais accessibles depuis Toulouse, Biarritz ou encore Lille. La ligne Deauville–Marrakech, lancée en octobre 2025 et opérée chaque samedi, s’inscrit dans un renforcement global de la capacité aérienne vers le pays, en hausse de près de 30 % par rapport à l’année précédente.
Transavia Holidays, le service combinant vol, hôtel et billets de match, propose des formules adaptées aux fans de football, « pour répondre aux attentes d’une clientèle en quête de solutions simples » . À plus long terme, le transporteur aérien anticipe la Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganisera avec l’Espagne et le Portugal. « Ce sont nos trois principaux marchés internationaux » , indique-t-il. Pour chacun, plus d’un million de sièges seront proposés.
Montée en gamme de l’offre hôtelière
Le Maroc accélère sa montée en gamme pour renforcer son attractivité touristique. En 2025, plus de 43.000 lits sont sortis de terre, portant à 53 % la part des établissements 4 et 5 étoiles. La Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT), chargée de structurer le développement touristique, accompagne cette transformation. « L’année a été marquée par l’ouverture de plus d’une centaine d’établissements hôteliers, portés par des enseignes internationales et nationales de référence » , souligne la SMIT. Parallèlement, l’agence a soutenu plus de 1500 projets d’animation, du tourisme de nature à la gastronomie, afin « d’enrichir l’expérience des visiteurs » , selon l’expression consacrée.
Des destinations jusque-là peu fréquentées, comme Ouarzazate, dans le Sud-Est, connaissent un regain d’activité : onze hôtels ont rouvert, parmi eux la Résidence Karam et l’Amanar Hotel. Plusieurs groupes hôteliers internationaux anticipent également l’événement footballistique mondial. Radisson, groupe hôtelier américain, prévoit d’ouvrir 25 établissements au Maroc d’ici à 2030, notamment à Rabat, Tanger et Agadir.
Un test grandeur nature pour 2030
Près de 1,8 milliard d’euros a été consacré à la construction de six stades hôtes et à la rénovation de trois autres, nourrissant en parallèle une vive colère sociale. Dans la capitale, le stade Prince Moulay Abdallah, reconstruit en 2023 à Rabat, a accueilli les rencontres principales de la compétition sportive et dispose d’une pelouse de dernière génération. À Benslimane au Nord-Ouest, un stade de 115.000 places devrait voir le jour d’ici 2028, avec l’ambition de devenir le plus grand du monde. « La Coupe d’Afrique des Nations constitue un véritable test grandeur nature, permettant au pays d’évaluer ses dispositifs et d’anticiper les exigences d’un événement de portée mondiale » , confie la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT) au Figaro. La CAN 2025 sert aussi de répétition générale pour la Coupe du monde 2030, en testant « la coordination entre acteurs publics et privés, ainsi que l’expérience visiteur à grande échelle » , résume le directeur de l’Office national marocain du tourisme (ONMT).
Selon la Confédération africaine de football, cette édition est déjà le plus grand succès commercial de l’histoire de la compétition. Pour le Maroc, le ballon rond s’affirme plus que jamais comme un levier stratégique de rayonnement touristique.
Source de l’article : Le Figaro


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