Walid Regragui, finaliste de la CAN avec le Maroc, vu par Rudi Garcia, son ami de longue date : « On devrait lui faire une statue ! »
Il ne manquera pas de lui envoyer, comme toujours, un message d’encouragement avant la finale contre le Sénégal (dimanche, 20 heures), puis un autre après le match, pour le « féliciter » , il l’espère, d’être entré dans l’histoire du foot africain avec la première CAN du Maroc depuis 1976. Rudi Garcia, 61 ans, et Walid Regragui, 50 piges, c’est une histoire d’amitié née à Corbeil-Essonnes, en région parisienne, en 1994, qui se prolonge au fil du temps.
Lors du tirage au sort de la Coupe du monde 2026, à Washington en décembre, les sélectionneurs de la Belgique et du Maroc avaient rembobiné leurs souvenirs communs. « Si on nous avait dit ça à Corbeil… » , s’étaient-ils dit dans un sourire en prenant l’avion. À l’époque, Garcia s’occupait de Corbeil, en DH, et Regragui venait de Monconseil, l’un des quartiers populaires de la ville. L’un vivait ses premiers pas d’entraîneur, l’autre, un bac scientifique en poche, entamait ses études en DEUG d’économie.
Garcia appelait des clubs pros pour lui faire passer des essais
Et leurs trajectoires se sont croisées… Garcia se rend à un lever de rideau avec les juniors de Corbeil. Il voit un ailier droit de 19 ans, virevoltant, rapide. Le coup de foudre. Il l’amène chez les A. « Et il a été titulaire, se souvient-il. On est monté en CFA2 puis, je suis parti comme adjoint de Robert Nouzaret à Saint-Étienne. » Mais il n’oublie pas Regragui et appelle des clubs pros pour lui faire passer des essais. Le joueur arrive finalement au Racing Club de France en National (1998-1999), avant de rejoindre Toulouse (1999-2001), puis Ajaccio (2001-2004), une carrière lancée à l’arrache. « Je croyais en lui. Lui-même n’avait pas cette ambition, il pensait que c’était impossible. Quand tu es en DH à 19 ans, que tu n’as pas fait de centre (de formation), ce n’est pas gagné… » En Corse, Regragui devient même international marocain (45 sélections au total), une fierté pour ce gamin qui allait souvent en vacances là-bas, puis il retrouve Garcia à Dijon (2007) qui vante « sa qualité d’homme, toujours respectueux, bien élevé, intelligent » . Leurs familles se connaissent, ils ont vu grandir leurs enfants. « C’est un passionné, reprend Garcia. S’il est là, c’est à force de travail. Personne ne lui a rien donné, il s’est fait tout seul. Il a été adjoint en sélection, puis a pris des clubs. » Avec lesquels il a tout remporté sur le continent (*) avant de décrocher la demi-finale mondiale, au Qatar. « Il connaît tous les postes dans un staff, il est assez bluffant, continue-t-il. Il est juste, franc, il dit quand ça va et quand ça ne va pas. Pour moi, le symbole de cette équipe, c’est son travail sur (Brahim) Diaz. Je n’ai jamais vu Diaz courir comme ça. Walid est compréhensif, beaucoup dans le rapport humain, c’est un gros bosseur. » Garcia n’a pas compris surtout les critiques qui tombaient vu les résultats. « Ça fait vingt-deux ans qu’ils ne sont pas allés en finale, il devrait faire l’unanimité. On devrait lui faire une statue à cet homme-là ! » Et pour une fois, les conseils ont changé de camp. Quand Garcia a pris les rênes de la Belgique, en janvier 2025, il a appelé son copain. « Car une sélection, ça n’a rien à voir avec un club. Il faut aller à l’essentiel donc ne pas essayer de faire trop de choses. Ça demande un gros travail en amont et Walid l’a fait avec ses joueurs. La notion de groupe est capitale. Et Walid a cette qualité de savoir créer un groupe. Une sélection, il faut parfois se passer d’un joueur pour l’harmonie générale. » Dimanche soir, Garcia se mettra devant son poste, il montera le son au moment des hymnes – « quand j’entends celui du Maroc chanté comme ça, c’est fort en émotion » – et aura un regard attentif sur le jeu. Et sur le banc.
Source de l’article : L'Équipe



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