8ᵉ rapport du Conseil de la concurrence sur les pétroliers : volumes en hausse, prix contenus et marges stables
La forte hausse des volumes importés de carburants au troisième trimestre 2025 a permis de soutenir les recettes fiscales et de contenir les prix à la pompe, malgré un marché toujours très concentré autour de neuf opérateurs, selon le 8ᵉ rapport de suivi du Conseil de la concurrence
Le Conseil de la concurrence vient de rendre public son huitième rapport de suivi consacré aux engagements pris par les sociétés de distribution en gros du gasoil et de l’essence. Portant sur le troisième trimestre 2025, le document dresse un état des lieux précis du marché marocain des hydrocarbures, marqué par une forte progression des volumes, un recul relatif de la valeur des importations, une fiscalité tirée par les quantités consommées et une transmission jugée globalement alignée des variations internationales vers les prix nationaux.
Une activité d’approvisionnement en nette accélération
Sur la période allant de juillet à septembre 2025, le marché marocain a absorbé 1,91 million de tonnes de gasoil et d’essence, soit une hausse de 12,4 % par rapport au troisième trimestre 2024. Cette progression s’inscrit dans un contexte d’ouverture continue du segment de l’importation, avec l’agrément d’un nouvel opérateur portant à 33 le nombre total d’entreprises autorisées à importer des produits pétroliers liquides à fin septembre.
Fait notable, cette dynamique volumique ne s’est pas traduite par une augmentation équivalente de la facture extérieure. La valeur globale des importations s’est établie à 12,73 milliards de dirhams (MMDH), en léger recul de 1,3 % sur un an. Le rapport explique ce paradoxe par une détente relative des prix internationaux sur la période, qui a permis d’importer davantage pour un coût total légèrement inférieur.
Le gasoil demeure largement dominant dans ces flux. Il représente 88 % des volumes importés et 87 % de leur valeur, avec 1,68 million de tonnes importées sur le trimestre, en hausse de 12 % en volume mais en baisse de 1,5 % en valeur. L’essence, bien que marginale en comparaison, affiche une progression plus rapide en volume, avec 16,2 % d’augmentation, tandis que sa valeur recule légèrement à 1,60 MMDH
Les neuf sociétés suivies par le Conseil concentrent toujours l’essentiel du marché. À elles seules, elles ont importé 1,56 million de tonnes, soit 82 % des volumes, pour une valeur de 10,38 MMDH, en baisse de 4,7 % sur un an.
Une fiscalité portée par la dynamique des volumes
Cette augmentation des quantités importées s’est traduite par une hausse sensible des recettes fiscales. Sur le troisième trimestre 2025, les recettes issues du gasoil et de l’essence ont atteint 7,83 MMDH , en progression de 8,6 % par rapport à 2024.
La Taxe intérieure de consommation (TIC) reste le pilier de cette fiscalité, générant 5,95 milliards de dirhams, soit environ 76 % des recettes totales. La TVA à l’importation, pour sa part, s’est établie à 1,88 MMDH, en légère hausse.
Le rapport souligne le poids stratégique du gasoil, qui a généré à lui seul 6,40 MMDH, soit 82 % des recettes fiscales du secteur. L’essence, bien que minoritaire, enregistre une progression notable de ses recettes, atteignant 1,44 milliard de dirhams, en hausse de plus de 15 % sur un an.
Les neuf sociétés suivies ont contribué à hauteur de 6,42 MMDH, confirmant leur rôle central dans l’alimentation des recettes budgétaires liées aux hydrocarbures.
Stockage et distribution : une concentration persistante
Sur le plan logistique, la capacité totale de stockage disponible au Maroc est restée stable à 1,57 million de tonnes à fin septembre 2025. Les neuf opérateurs suivis concentrent 1,27 million de tonnes, soit 81 % de la capacité nationale, confirmant une forte concentration du segment du stockage.
Cette assise logistique soutient un réseau de distribution en expansion. Le nombre total de stations-service a atteint 3.663 unités, après l’ouverture nette de 46 nouveaux points de vente sur le trimestre. Les neuf sociétés en détiennent 2.563, soit près de 70 % du réseau national.
En termes d’activité commerciale, les ventes réalisées par ces opérateurs ont atteint près de 1,98 milliard de litres, en hausse de 4,2 % par rapport à 2024. Toutefois, leur chiffre d’affaires global a reculé de 6,2 %, à 18,91 MMDH sous l’effet de la baisse des prix moyens.
Formation des prix : un décalage mesuré avec l’international
Le rapport rappelle un point clé souvent mal compris dans le débat public : les prix à la pompe ne sont pas indexés sur le pétrole brut, mais sur les cotations des produits raffinés du marché ARA (Amsterdam, Rotterdam, Anvers), via les références « Platts » .
Au troisième trimestre 2025, la cotation CIF du gasoil a enregistré une hausse cumulée de 0,41 dirham par litre, tandis que le prix de vente TTC à la pompe n’a progressé que de 0,27 dirham par litre. Pour l’essence, la cotation internationale est restée quasi stable (+0,07 dirham par litre), alors que le prix à la pompe a légèrement augmenté de 0,14 dirham par litre.
Ces écarts traduisent, selon le Conseil, des mécanismes de lissage liés aux stocks et aux choix de gestion des opérateurs, qui amortissent partiellement les fluctuations internationales avant leur transmission au consommateur final.
Coûts d’achat, prix de cession et marges sous surveillance
L’un des apports majeurs de ce huitième rapport réside dans la transparence accrue sur les coûts opérationnels. Pour le gasoil, le coût d’achat moyen hors taxes, intégrant le fret, l’assurance et les taxes à l’importation, s’est établi à 8,11 dirhams par litre. Le prix de cession moyen aux stations-service, hors taxes, a été de 9,62 dirhams par litre.
Pour l’essence, le coût d’achat moyen ressort à 9,09 dirhams par litre, tandis que le prix de cession s’est établi à 11,32 dirhams par litre.
Ces niveaux se reflètent dans les marges commerciales brutes, que le Conseil juge globalement stables. Sur l’ensemble du trimestre, la marge brute moyenne pondérée du gasoil s’est établie à 1,48 dirham par litre, un niveau quasi identique à celui observé un an plus tôt, malgré une érosion progressive entre juillet et septembre. L’essence demeure plus rémunératrice, avec une marge brute moyenne de 2,10 dirhams par litre, après un pic en août et un léger repli en fin de trimestre.
Un marché sous contrôle, mais toujours concentré
En conclusion, le Conseil de la concurrence dresse le portrait d’un marché en croissance en volume, dont les équilibres restent fortement marqués par la concentration autour de neuf acteurs majeurs. La hausse des importations a soutenu les recettes fiscales, tandis que la transmission des variations internationales vers les prix nationaux apparaît modérée et globalement alignée avec l’évolution des coûts.
Si les marges ne montrent pas de dérive significative par rapport à 2024, le rapport souligne implicitement l’enjeu central de la surveillance continue du secteur, dans un contexte où la dynamique de la demande et la volatilité internationale demeurent des facteurs structurants pour l’économie marocaine.
Source de l’article : Le Desk



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