Algésiras sous pression face à la montée en puissance du port marocain Nador West Med

Leader historique du détroit de Gibraltar avec 100 millions de tonnes traitées, le port espagnol d’Algésiras accélère ses investissements pour préserver sa compétitivité. En toile de fond, l’émergence du complexe portuaire marocain Nador West Med, appelé à redistribuer les équilibres logistiques régionaux.

Le port d’Algésiras conserve sa position dominante avec un trafic annuel de 100 millions de tonnes, mais l’inquiétude monte sur la rive nord du détroit de Gibraltar. En cause : la montée en puissance du complexe portuaire marocain Nador West Med, perçu comme un concurrent stratégique direct à moyen terme.

Pour répondre à cette pression croissante, l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras (APBA) a lancé le projet Hércules, un programme de modernisation doté d’un investissement initial de 200 millions d’euros. Cette initiative s’inscrit dans le Plan d’entreprise 2026-2030, qui prévoit l’injection de 580 millions d’euros de fonds propres. Avec la participation attendue d’opérateurs privés, l’enveloppe globale pourrait atteindre un milliard d’euros.

Ces investissements visent à adapter les infrastructures portuaires aux nouvelles exigences du commerce maritime mondial, dans un contexte marqué par l’augmentation de la taille des navires, la transition énergétique et la concurrence accrue entre hubs logistiques de part et d’autre de la Méditerranée.

Cette stratégie défensive répond directement à l’émergence de Nador West Med, situé à environ 50 kilomètres de Melilla. La première phase du projet marocain doit être achevée entre la fin de l’année 2026 et le début de 2027, avec une mise en service complète prévue à l’horizon 2030. Grâce à des coûts d’exploitation inférieurs aux standards européens et à une localisation stratégique, le site marocain ambitionne de capter une partie significative des flux logistiques régionaux.

Le port de Nador West Med sera doté d’infrastructures de grande capacité, comprenant notamment une digue principale de 4 200 mètres et un tirant d’eau de 18 mètres, permettant l’accueil de navires de dernière génération. Outre le trafic de conteneurs, le complexe développera une importante composante énergétique, avec des terminaux dédiés aux hydrocarbures, au charbon ainsi qu’au fret roulant.

Cette diversification sectorielle vise clairement à attirer des segments d’activité actuellement traités par les ports de la rive nord, renforçant la dimension concurrentielle du projet marocain.

L’investissement global consacré à Nador West Med est estimé à environ 730 millions d’euros. Une part significative de ce financement, dépassant les 300 millions d’euros, provient de prêts accordés par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Cette institution compte parmi ses actionnaires l’Union européenne et plusieurs États membres, dont l’Espagne, plaçant ainsi des fonds liés aux institutions européennes au cœur du développement de cette infrastructure portuaire stratégique au sud de la Méditerranée.

Source de l’article : lareleve.ma