Financement des startups en décembre 2025 : le Maroc ne pèse que 1,2% des levées dans la zone MENA

En décembre 2025, les startups marocaines ont levé 2 millions de dollars sur deux opérations, soit une hausse de 100% par rapport à novembre, mais loin des 12 millions enregistrés en octobre. À l’échelle de la région, le Maroc ne pèse que 1,2% des levées de fonds en zone MENA. Malgré un ralentissement général et une prudence accrue des investisseurs en fin d’année, cette continuité traduit une résilience relative et un signal de crédibilité pour le marché local, dans un environnement où le capital se concentre sur quelques hubs majeurs et sur les secteurs les plus stratégiques, comme la cybersécurité et le SaaS.

En décembre dernier, les levées de fonds des startups marocaines ont stagné par rapport à novembre 2025. Seules deux startups ont levé un total de 2 millions de dollars (deux deals), soit une hausse de 100% par rapport au mois précédent (également deux deals), mais loin des 12 millions levés en octobre 2025.

Cette évolution traduit néanmoins un ralentissement progressif de l’activité, sans pour autant signaler un arrêt des investissements, dans un contexte régional marqué par une fin d’année prudente pour le capital-risque. Rapportée à l’ensemble de la région, cette performance reste limitée. Le Royaume ne représente qu’environ 1,2% des capitaux levés en MENA sur le mois.

Ce poids demeure modeste face aux marchés dominants, mais il reflète surtout la forte concentration du capital-risque observée en fin d’exercice et la normalisation du rythme des financements à l’approche de la clôture annuelle. Cette part confirme par ailleurs que le Maroc évolue encore parmi les écosystèmes secondaires de la région.

Toutefois, sa capacité à maintenir des levées, même limitées, traduit une résilience relative dans un environnement devenu très sélectif. Dans un marché où les investisseurs privilégient quelques hubs majeurs, cette continuité constitue un signal de crédibilité pour l’écosystème marocain.

Prudence en fin d’année

À l’échelle de la région MENA, le mois de décembre 2025 confirme un net ralentissement des investissements. Au total, 44 startups ont levé 171,5 millions de dollars, un montant en baisse de 38% sur un an. La contraction atteint également 24% par rapport à novembre et traduit là encore un resserrement marqué des engagements en fin d’exercice : un ralentissement saisonnier classique, observé chaque année sur les marchés du capital-risque qui plus est dans un environnement macroéconomique encore incertain.

Derrière cette baisse apparente se cache toutefois une évolution plus nuancée de la structure des financements. Les investisseurs ont réduit leur exposition à la dette, privilégiant des opérations plus lisibles et mieux structurées.

En décembre, la dette ne représente plus que 12,5% des montants levés, contre une part plus élevée le mois précédent. Hors dette, le mois de décembre affiche même une légère amélioration par rapport à novembre. Cette dynamique illustre un retour progressif vers des deals majoritairement en capital qui traduisent une recherche accrue de visibilité sur la création de valeur.

Deux tiers des levées de fonds en Arabie Saoudite

La concentration géographique des financements reste une caractéristique forte du marché MENA. L’Arabie Saoudite s’impose une nouvelle fois comme le principal pôle d’investissement, avec 115 millions de dollars levés par 17 startups.

Ce volume représente 67% des capitaux déployés en décembre et confirme la centralité de ce pays dans l’écosystème régional. L’Égypte occupe la deuxième place, avec 27,3 millions de dollars levés sur six opérations, dans un contexte de pression persistante sur les financements.

Les Émirats Arabes Unis arrivent en troisième position, avec 21,4 millions de dollars répartis sur quinze transactions, malgré une baisse des tickets moyens. Au-delà de ce trio, les volumes chutent nettement. L’Algérie, le Maroc, le Koweït et Bahreïn n’ont levé que 7,5 millions de dollars cumulés, ce qui témoigne de la difficulté des écosystèmes secondaires à capter des capitaux en fin d’année.

Cybersécurité en tête, recul marqué de la fintech

Les choix sectoriels des investisseurs confirment une hiérarchie claire en décembre. La cybersécurité s’impose comme la verticale la plus financée du mois, avec 63,4 millions de dollars levés par quatre startups. Ce positionnement reflète un intérêt accru pour des technologies critiques, capables d’offrir des barrières à l’entrée et une forte valeur stratégique.

Les startups SaaS (Software as a service) occupent la deuxième place, avec 47,9 millions de dollars levés par dix entreprises. La deeptech complète le podium avec 23 millions de dollars répartis sur deux transactions, un chiffre qui confirme l’attrait pour des modèles spécialisés et différenciants.

À l’inverse, la fintech marque un net recul. Le secteur se classe au septième rang, avec seulement 3,9 millions de dollars levés. Ce type de startups rompt ainsi avec les cycles précédents et confirme un changement de priorités.

Par le nombre d’opérations, décembre 2025 apparaît clairement comme un mois dominé par l’Early-stage. Trente-cinq startups en phase de démarrage ont levé 35,9 millions de dollars. Cela reflète un engagement maintenu des investisseurs dans les premières étapes de développement (amorçage). À l’inverse, les opérations Late-stage se font plus rares. Trois startups concentrent à elles seules 66,5 millions de dollars. Cette configuration souligne une polarisation accrue du capital, où quelques levées majeures façonnent les statistiques globales.

Parité hommes-femmes : l’éternel défi

En outre, le modèle B2B s’impose durablement comme la référence pour les investisseurs en MENA. En décembre, 33 startups B2B ont levé 154,7 millions de dollars, soit l’essentiel des flux financiers. Les fonds privilégient ces modèles pour leur visibilité sur les revenus, leur récurrence commerciale et leur potentiel de contrats structurés.

À l’inverse, les startups orientées B2C restent marginales. Cinq entreprises grand public n’ont levé que 6,3 millions de dollars. Les investisseurs restent prudents vis-à-vis de ces modèles. Par ailleurs, les inégalités de financement liées au genre restent prononcées en décembre. Les startups fondées par des femmes n’ont levé que 116.000 dollars, répartis sur deux opérations.

Les équipes fondatrices mixtes, elles, ont capté 5 millions de dollars, via quatre deals. La majorité des capitaux continue ainsi de se concentrer sur les startups fondées par des hommes. Malgré les discours sur l’inclusion, les chiffres de fin d’année montrent peu de progrès concrets. Le sujet devient un enjeu majeur pour l’évolution future de l’écosystème.

Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma