Export : Le Maroc, trait d’union entre l’Europe et l’Afrique

À l’heure où les chaînes d’approvisionnement agricoles sont soumises à des tensions croissantes, le Maroc consolide progressivement une position stratégique singulière. À la croisée de l’Europe et de l’Afrique, le Royaume s’impose comme un espace de continuité logistique et commerciale, particulièrement pour les filières agricoles orientées vers l’export. Cette dynamique ne repose pas uniquement sur la performance productive, mais aussi sur la capacité du pays à structurer des flux rapides, sécurisés et adaptés aux exigences des marchés internationaux.

Depuis plus d’une décennie, les exportations marocaines de fruits et légumes constituent l’un des piliers du commerce extérieur agricole. L’Union européenne demeure le principal débouché, avec des volumes qui placent régulièrement le Maroc parmi les premiers fournisseurs extra-européens, notamment pour la tomate, les agrumes et, plus récemment, l’avocat et les fruits rouges. Cette présence s’appuie sur un avantage géographique déterminant, permettant d’assurer des livraisons rapides vers les marchés du sud de l’Europe, tout en maintenant une compétitivité logistique face à des origines plus lointaines.

Les chiffres récents confirment cette tendance. En 2024, le Maroc s’est positionné comme le premier fournisseur de légumes frais à l’Union européenne, avec plus d’un million de tonnes expédiées, pour une valeur dépassant 1,7 milliard d’euros selon les données européennes. Cette performance intervient dans un contexte climatique contraint au niveau national, soulignant le rôle central de l’organisation logistique et de la maîtrise post-récolte dans la capacité du pays à honorer ses engagements commerciaux.

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Au-delà du marché européen, l’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient constituent désormais des axes de développement prioritaires pour les exportateurs marocains. Ces régions, marquées par une croissance démographique rapide et une demande accrue en produits alimentaires transformés et surgelés, représentent des débouchés naturels pour une agriculture marocaine qui cherche à diversifier ses marchés et à réduire sa dépendance à l’Europe. Dans cette configuration, le Maroc joue un rôle d’interface, capable de connecter des bassins de production locaux à des marchés régionaux en pleine structuration.

Cette évolution s’accompagne d’un besoin accru en infrastructures logistiques adaptées aux produits agricoles périssables et transformés. La maîtrise de la chaîne du froid, la réduction des délais d’intervention technique et la disponibilité locale de solutions industrielles deviennent des facteurs clés de compétitivité. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les investissements récents d’acteurs internationaux de la logistique et des équipements agroalimentaires au Maroc.

L’installation, en 2026, d’un hub logistique régional du groupe canadien Food Process Solutions illustre cette dynamique. Pour les acteurs du secteur, ce type de plateforme répond à une demande croissante de proximité opérationnelle et de réactivité. Comme l’explique Mourade El Hassouni, Directeur Général MEA de FPS, le choix du Maroc repose sur sa capacité à « réduire significativement les délais de réponse et à accompagner les industriels de la région avec une logistique optimisée » . Selon lui, le Royaume offre un environnement propice pour servir à la fois les marchés européens, africains et moyen-orientaux à partir d’une base unique, en s’appuyant sur des infrastructures portuaires et routières performantes.

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Ce positionnement renforce les opportunités pour les exportateurs marocains, en particulier dans les filières à valeur ajoutée. L’accès facilité à des technologies de traitement, de surgélation et de conservation contribue à sécuriser les volumes exportés et à répondre aux standards de qualité exigés par les marchés internationaux. Il ouvre également la voie à un développement accru des produits transformés, segment encore perfectible mais stratégique pour améliorer la valeur des exportations agricoles nationales.

Dans ce schéma, le Maroc ne se limite plus à un rôle de producteur exportateur, mais tend à devenir un véritable nœud logistique régional. Cette transformation progressive s’appuie sur des investissements ciblés, une expérience reconnue dans l’export de produits frais et une position géographique difficilement concurrençable. Pour les filières agricoles marocaines, l’enjeu est désormais de tirer pleinement parti de cette configuration afin de consolider leur présence sur les marchés européens tout en accélérant leur déploiement vers l’Afrique et le Moyen-Orient.

À mesure que les flux agricoles se complexifient, la capacité du Maroc à jouer ce rôle de trait d’union pourrait devenir l’un des leviers majeurs de compétitivité de son agriculture exportatrice dans les années à venir.

Source de l’article : AgriMaroc.ma