Emploi des jeunes au Maroc : les jeunes femmes largement laissées à l’écart
Malgré plus de vingt ans de croissance économique continue, le marché du travail marocain reste profondément inégalitaire pour les jeunes femmes. D’après une étude de la fondation Friedrich Naumann, seules 12 % des Marocaines de moins de 24 ans occupent un emploi, contre environ 33 % chez les jeunes hommes, révélant un écart structurel persistant entre les sexes.
Le rapport souligne que cette fracture ne s’explique pas uniquement par les niveaux de formation ou de qualification. L’évolution de l’économie a réduit la place du travail féminin dans l’agriculture, sans que l’industrialisation ni la flexibilité du marché du travail ne parviennent à absorber cette main-d’œuvre dans des emplois stables et productifs.
Les chercheur·e·s mettent également en évidence le poids déterminant des normes sociales, de la situation familiale et des contraintes de mobilité. Pour de nombreuses jeunes femmes, le mariage, les responsabilités domestiques ou l’absence de transports sûrs constituent des freins plus importants que le niveau d’études. Le rapport insiste ainsi sur le fait que la simple croissance du PIB ne suffit pas à favoriser l’intégration économique des femmes : des politiques publiques ciblées sont indispensables.
Parmi les priorités avancées figure la nécessité de réduire les inégalités dans le monde du travail, notamment à travers la transparence salariale, le renforcement des mécanismes de lutte contre le harcèlement et la promotion de formes de travail flexibles, comme le télétravail, afin de mieux concilier vie professionnelle et obligations familiales.
Le développement des services de garde d’enfants, en particulier à proximité des écoles et des lieux de travail, est également présenté comme un levier central pour maintenir les femmes dans l’emploi, surtout dans les zones rurales et périurbaines. Le rapport appelle aussi à une transformation progressive des normes sociales afin que la participation économique des femmes devienne un moteur reconnu de croissance.
La question de la mobilité est jugée tout aussi cruciale. Beaucoup de femmes sont écartées du marché du travail en raison de l’insécurité ou du coût des transports. La mise en place de réseaux de transport sûrs et accessibles, notamment tôt le matin et tard le soir, est donc considérée comme une condition clé de leur insertion professionnelle.
Dans les campagnes, le travail féminin reste majoritairement non rémunéré et rattaché au cadre familial. Les auteurs recommandent d’élargir les coopératives agricoles, de renforcer les associations féminines et de multiplier les formations en agriculture durable. Ils suggèrent également des solutions mobiles et décentralisées pour réduire l’isolement économique.
Enfin, la fondation Friedrich Naumann conclut que sans réformes structurelles et sociales profondes, le Maroc continuera de se priver du potentiel d’une grande partie de sa jeunesse féminine, ce qui freine la construction d’un modèle de croissance réellement inclusif.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc


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