L’agrume marocain 2025/26 bénéficie d’une amélioration des perspectives hydriques, mais les volumes d’exportation seront probablement revus à la baisse
Après sept saisons consécutives marquées par un stress hydrique sévère, le secteur agricole marocain aborde la campagne 2025/26 avec une situation hydrologique nettement améliorée, déclare Fatiha Charrat, directrice générale adjointe du Groupe Delassus : « Les fortes précipitations enregistrées depuis fin 2025 ont permis de reconstituer significativement les réserves des barrages, de rétablir la confiance au niveau des vergers et d’améliorer les perspectives de développement des fruits. Au 7 janvier 2026, l’infrastructure des barrages du Maroc dispose d’une capacité de stockage totale de 16,76 milliards de mètres cubes, avec des volumes stockés atteignant environ 7,52 milliards de mètres cubes. Le taux de remplissage national s’élève ainsi à 44,86%, en forte hausse par rapport à la mi-décembre où il dépassait à peine 31%. Cette reprise marque un tournant décisif après plusieurs années de déficit hydrique cumulé et apporte un soutien essentiel à l’irrigation pendant la phase de calibrage des fruits.
© Adil Gadrouz / Le360Le barrage Al Wahda, le plus grand barrage du Maroc, situé dans la région du Gharb (Crédit : Adil Gadrouz / Le360)
Si ces pluies sont structurellement positives pour l’agriculture marocaine, elles créent simultanément des perturbations à court terme pour le programme d’exportation des agrumes, explique M. Charrat. Les retards dans la récolte, la congestion attendue dans les stations d’emballage et les risques accrus en matière de qualité obligent maintenant le secteur à réévaluer les attentes en matière d’exportation initialement fixées au début de la saison » , explique M. Charrat. Pour les producteurs d’agrumes, l’amélioration de la disponibilité en eau se traduit par un meilleur développement des fruits et un meilleur potentiel de calibre. Dans une perspective à moyen terme, les précipitations sont clairement positives tant pour la récolte actuelle que pour la préparation du prochain cycle de floraison. Dans le même temps, la persistance des précipitations a eu un impact opérationnel direct sur la logistique des exportations. Les activités de récolte ont été interrompues à plusieurs reprises, l’accès aux vergers a été limité et les fenêtres de cueillette ont été considérablement réduites dans toutes les régions de production.
En conséquence, le début de la campagne d’exportation, en particulier pour les mandarines Nadorcott, a déjà été retardé de plusieurs semaines, indique M. Charrat : « Lorsque les conditions météorologiques permettront la reprise de la récolte, on s’attend à ce que les volumes arrivent simultanément dans les stations de conditionnement, ce qui créera des embouteillages et limitera la capacité du secteur à assurer le bon déroulement des flux d’exportation programmés. Les périodes prolongées d’humidité soulèvent également des inquiétudes quant à la qualité post-récolte. Des risques accrus de défauts de la peau, de microfissures et de pression fongique sont déjà signalés dans certaines régions telles que le Gharb, ce qui pourrait réduire les taux d’emballage des fruits destinés à l’exportation et raccourcir leur durée de conservation. » Les données d’exportation au 7 janvier 2026 confirment l’impact de ces perturbations, selon M. Charrat. « Les exportations totales d’agrumes ont atteint environ 580 700 tonnes, contre 706 100 tonnes à la même date la saison dernière, ce qui représente une baisse d’environ 17,8 % en glissement annuel. Cet écart s’explique par le retard de la récolte, la réduction des taux d’emballage et l’absence de fenêtres d’exportation en début de saison. Les prévisions d’exportation publiées en octobre étaient basées sur une progression normale de la récolte et supposaient une saison d’exportation progressive et régulière. Compte tenu des conditions actuelles, les opérateurs du marché s’attendent de plus en plus à une révision à la baisse. Sur la base des observations sur le terrain et des contraintes logistiques à l’exportation, le secteur envisage actuellement une réduction des volumes exportables de l’ordre de 10 à 20 % par rapport aux estimations d’octobre, principalement en raison des retards de récolte, des taux d’emballage plus faibles et des fenêtres d’exportation manquées » .
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Selon M. Charrat, les mandarines Nadorcott, la variété phare des exportations marocaines, sont particulièrement exposées aux conditions météorologiques actuelles. « La fenêtre d’exportation de cette variété est très sensible au moment de la récolte, à l’état des fruits et à la fluidité logistique. Les précipitations prolongées ont retardé la maturité optimale et restreint l’accès aux vergers, comprimant ainsi le calendrier de récolte. Sur la base des données actuelles relatives aux expéditions, des observations sur le terrain et des performances des stations en matière d’emballage, plusieurs scénarios se dessinent. Dans un scénario central, les volumes d’exportation de Nadorcott pour la saison 2025/26 pourraient être inférieurs de 15 à 20 % aux prévisions d’octobre, principalement en raison des retards de récolte, des rendements inférieurs en qualité d’exportation et de l’encombrement pendant les semaines de pointe. » « Dans un scénario plus défavorable, si les conditions humides persistent jusqu’à la fin de l’hiver, les réductions des exportations pourraient atteindre 20 à 25 %, avec un détournement accru vers le marché intérieur et des programmes d’exportation plus courts vers des destinations lointaines » , poursuit M. Charrat. « Un scénario de reprise partielle reste possible si les conditions météorologiques se stabilisent rapidement, permettant aux stations de lisser les flux et de récupérer une partie du volume perdu en février-mars, bien qu’il soit peu probable que le déficit de début de saison soit entièrement compensé. Malgré ces contraintes, le potentiel de calibre des fruits reste favorable et la qualité pourrait s’améliorer une fois que la récolte se sera normalisée, soutenant ainsi la valeur des programmes sélectionnés » .
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M. Charrat indique que les entreprises de conditionnement devront s’adapter à la situation actuelle et qu’elles ont été informées de la manière de le faire : « S’appuyant sur l’expérience des saisons des pluies précédentes, les stations d’emballage marocaines ont déjà révisé leurs meilleures pratiques opérationnelles et mis en œuvre des procédures spécifiques pour atténuer l’impact de l’excès d’humidité. Ces mesures comprennent des protocoles de réception des fruits plus stricts, des processus de séchage et de ventilation améliorés, des programmes de lavage et d’application de fongicides ajustés, des critères de tri renforcés pour limiter les défauts latents et un contrôle plus strict des paramètres de la chaîne du froid pour préserver la qualité et la durée de conservation. » En outre, de nombreux opérateurs ajustent les horaires de travail et la planification logistique pour gérer les pics d’arrivées après la reprise des récoltes, dans le but de limiter les goulets d’étranglement et de maintenir les niveaux de service pour les principaux programmes d’exportation. Pour les acheteurs internationaux, le Maroc reste un pays d’origine clé pour les agrumes, mais l’offre pourrait y être plus irrégulière qu’initialement prévu. Une gestion prudente des programmes, la flexibilité des fenêtres d’expédition et une coordination étroite avec les fournisseurs seront essentielles dans les semaines à venir « , conclut M. Charrat.
Source de l’article : FreshPlaza.fr



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