Régionalisation avancée : une nouvelle phase de déploiement territorial actée

Les principaux départements ministériels, les walis et les présidents des Conseils régionaux, réunis au ministère de l’Intérieur, ont dressé un bilan d’étape du chantier de la régionalisation avancée. Au-delà des acquis enregistrés, la rencontre a permis d’arrêter une feuille de route structurée, visant à accélérer l’opérationnalisation du développement territorial à partir de 2026.

La réunion périodique consacrée au suivi de la mise en œuvre de la régionalisation avancée n’avait rien d’un simple rendez-vous institutionnel. Elle s’est imposée comme un moment charnière, à la croisée de deux temporalités, celle du bilan d’un chantier engagé depuis une décennie et celle de la projection stratégique vers une nouvelle étape, explicitement appelée de ses vœux au plus haut sommet de l’État.

À travers cette rencontre, c’est moins l’énumération de réalisations qui a retenu l’attention que la volonté affirmée de remettre la régionalisation au cœur de l’action publique, en tant que levier structurant du développement territorial et de la cohésion nationale.

Une mobilisation gouvernementale élargie autour d’un chantier structurant

La composition des participants à la réunion en disait long sur l’importance accordée à l’exercice. Autour du ministre de l’Intérieur, l’ensemble des départements clés était représenté, de l’Économie et Finances à l’Équipement, de l’Éducation nationale à l’Aménagement du territoire, du Tourisme à l’Enseignement supérieur, sans oublier les portefeuilles transversaux de la Transition énergétique, du Transport, de la Jeunesse, de la Solidarité ou encore de la Transition numérique.

À cette mobilisation gouvernementale s’est ajoutée la présence de la présidente de l’Association des régions du Maroc, ainsi que des walis et des présidents des Conseils régionaux, illustrant une volonté claire d’ancrer la réflexion dans une dynamique partenariale entre l’État et les territoires.

Le format élargi traduit un constat désormais largement partagé : la régionalisation avancée ne peut plus être abordée comme un chantier sectoriel ou administratif. Elle engage l’ensemble des politiques publiques, du financement de l’investissement productif à l’accès aux services de base, en passant par la gouvernance des ressources naturelles et la planification territoriale intégrée.

Un bilan d’étape marqué par des avancées tangibles

Au cœur des échanges, la présentation du bilan d’étape a permis de mesurer le chemin parcouru. Les douze régions du Royaume disposent désormais de leurs schémas régionaux d’aménagement du territoire et de programmes de développement régionaux, outils essentiels pour traduire les orientations nationales en projets adaptés aux réalités locales.

Sur le plan financier, le transfert des crédits alloués aux budgets régionaux a atteint, en 2025, un taux de réalisation inédit de 100%, signe d’une montée en puissance effective des régions dans la gestion des ressources publiques.

Ces avancées, souvent techniques, traduisent néanmoins une évolution profonde du rapport entre le pouvoir central et les collectivités territoriales. Elles témoignent d’une capacité accrue des régions à se projeter, planifier et programmer, tout en assumant progressivement des responsabilités élargies en matière de développement économique et social.

Des défis persistants qui appellent une nouvelle impulsion

Pour autant, la réunion n’a éludé ni les limites ni les défis qui continuent de freiner le plein déploiement de la régionalisation avancée. L’activation effective de la Charte de la déconcentration administrative demeure l’un des points nodaux du dispositif. Sans un transfert clair et opérationnel des compétences vers les services déconcentrés, la montée en responsabilité des régions risque de se heurter à des chevauchements de prérogatives et à des lourdeurs décisionnelles.

La question du financement constitue un autre enjeu central. Si les transferts budgétaires ont progressé, la soutenabilité financière de la régionalisation, notamment à moyen et long terme, reste posée. Elle interroge à la fois les mécanismes de péréquation, la capacité des régions à mobiliser des ressources propres et leur aptitude à attirer l’investissement productif.

Une feuille de route alignée sur les Hautes orientations royales

C’est dans ce contexte qu’a été présentée la feuille de route destinée à parachever le chantier de la régionalisation avancée. Celle-ci a été élaborée en exécution des Hautes orientations royales contenues dans le message adressé par SM le Roi Mohammed VI aux participants aux deuxièmes Assises nationales de la régionalisation avancée, tenues à Tanger en décembre 2024. Elle répond ainsi à l’appel royal consistant à « tracer une feuille de route claire et consensuelle » pour la prochaine étape.

Cette dernière vise à traduire concrètement les conclusions des Assises, qu’il s’agisse des orientations stratégiques, des quatre conventions signées en marge de ces rencontres ou des recommandations générales formulées par l’ensemble des parties prenantes.

Mieux encore, elle intègre les priorités fixées par le Discours du Trône 2025, notamment l’adoption d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial, mieux articulés avec les besoins réels des citoyens et les potentialités propres à chaque région.

Quatre axes stratégiques pour une territorialisation effective des politiques publiques

Le projet de feuille de route arrêté à l’issue de la réunion repose sur 97 mécanismes procéduraux, dont 35 inscrits dans un programme prioritaire à déployer à court et très court terme, dès février 2026.

Ces mécanismes s’articulent autour de quatre axes structurants. Le premier porte sur le renforcement de l’investissement productif afin de soutenir l’emploi et de créer de la valeur au niveau régional. Le deuxième vise le développement des infrastructures et des services de base, en milieu urbain comme rural, pour réduire les disparités territoriales. Le troisième axe concerne la rationalisation des ressources hydriques, énergétiques et environnementales, enjeu stratégique dans un contexte marqué par le stress hydrique et les impératifs de transition durable. Enfin, le quatrième ambitionne de consolider la mise à niveau territoriale intégrée, en favorisant une approche transversale et coordonnée du développement local.

Vers une régionalisation plus mature et opérationnelle

Au-delà des chiffres et des dispositifs, cette réunion marque une inflexion dans la manière d’appréhender la régionalisation avancée. Elle traduit le passage progressif d’une phase de construction institutionnelle à une phase d’opérationnalisation renforcée, où la performance, l’impact et la cohérence territoriale deviennent des critères centraux.

En replaçant la feuille de route sous le sceau des Hautes orientations royales et en l’alignant sur les priorités nationales, les pouvoirs publics affichent une volonté de faire de la régionalisation un moteur effectif du développement équilibré du Royaume.

À l’heure où les territoires sont appelés à jouer un rôle croissant dans l’attractivité économique, la cohésion sociale et la résilience environnementale, cette nouvelle étape pourrait bien déterminer la capacité du Maroc à réussir le pari d’un développement réellement territorialisé, inclusif et durable.

S.N. / Les Inspirations ÉCO

Source de l’article : LesEco.ma