Démocratie, responsabilité et exigence : pour une politique de résultats au Maroc

Par: Mohamed KHOUKHCHANI*

Au Maroc, le débat politique demeure prisonnier d’une alternative trompeuse : faut-il changer les dirigeants ou changer les politiques ? L’expérience a démontré que le renouvellement des visages, à lui seul, ne garantit ni l’efficacité de l’action publique ni l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Le véritable enjeu réside ailleurs : dans la qualité des politiques publiques, leur réalisme, et la responsabilité de ceux qui s’engagent à les mettre en œuvre.

Les Marocains ne croient plus aux promesses vagues ni aux slogans électoraux. Ils veulent du concret : emploi, santé, enseignement, justice sociale, développement territorial équilibré. Ils attendent des programmes clairs, chiffrés, étalés sur toute la durée du mandat et adossés à des sources de financement identifiées. Autrement dit, ils exigent que la politique cesse d’être un discours pour devenir un engagement vérifiable.

L’irresponsabilité politique, mal central

L’un des dysfonctionnements majeurs de la scène politique marocaine reste l’absence effective de reddition des comptes. Une fois élus, trop de responsables agissent sans contrainte réelle, bénéficiant d’une forme d’impunité de fait, indépendamment de leurs appartenances partisanes ou institutionnelles. Cette situation nourrit la défiance et vide l’acte électoral de son sens.

Dès lors, l’élection devrait revêtir un caractère contractuel, fondé sur des engagements écrits, publics, évaluables, assortis de mécanismes de contrôle et de sanctions politiques en cas de manquement manifeste.

Analphabétisme et représentation : dépasser le faux débat

La présence d’élus analphabètes dans certaines institutions est souvent évoquée sur un mode polémique. Démocratiquement, nul ne peut être empêché de se porter candidat en raison de son niveau d’instruction. Ce principe est fondamental.

Mais démocratie ne signifie pas absence d’exigence.

Il existe une voie respectueuse des droits et efficace sur le plan institutionnel : l’exigence par le programme électoral. Tout candidat doit être en mesure de contribuer à l’élaboration d’un programme sérieux, d’en comprendre les enjeux et d’en assurer le suivi et la mise en œuvre.

De facto, tout citoyen conscient de son incapacité à répondre à ces exigences intellectuelles et politiques s’auto-exclura naturellement. Non par contrainte juridique, mais par responsabilité morale. Ainsi, l’analphabétisme cessera d’être un tabou pour devenir un critère implicite de compétence, accepté par tous.

Pour une démocratie de maturité

Une telle approche permet de préserver l’égalité des droits tout en élevant le niveau de la représentation et du débat public. Les élections cesseront d’être un simple rituel pour devenir un véritable moment de confrontation de projets crédibles, portés par des responsables conscients de leurs devoirs.

Conclusion :

Le Maroc n’a pas besoin d’une démocratie formelle supplémentaire, mais d’une démocratie de résultats.

Il n’a pas besoin de promesses nouvelles, mais d’engagements tenus.

Il n’a pas besoin d’exclure, mais d’exiger.

Faire du programme électoral un contrat, du financement un impératif et de la compétence une condition de fait, c’est ouvrir la voie à une vie politique plus saine et plus fidèle aux attentes réelles des citoyens.

* Ancien élu au Conseil communal de Meknès/ Ancien membre du Conseil régional de Meknès–Tafilalet

Source de l’article : lecollimateur.ma