Cameroun-Maroc : malgré les turbulences d’avant-CAN, les Lions indomptables rugissent toujours
Trente-huit ans après une demi-finale remportée à Casablanca face au Maroc (1-0) lors de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 1988, qui précéda de quelques jours leur deuxième sacre continental, les Lions indomptables se prennent à rêver. Les joueurs camerounais affronteront vendredi 9 janvier à Rabat la sélection marocaine en quarts de finale. Une affiche sur laquelle peu auraient parié. Car si la présence des Lions de l’Atlas à ce stade de la compétition était attendue, celle de leurs adversaires l’est nettement moins.
C’est dans la capitale du royaume chérifien que les Lions indomptables se sont inclinés, le 13 novembre 2025, face à la République démocratique du Congo (0-1) en demi-finales de barrage de la zone Afrique pour la Coupe du monde. Une défaite particulièrement amère pour les Camerounais, après des mois de tension entre le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Samuel Eto’o, et le sélectionneur Marc Brys.
Pendant plus d’un an et demi, l’ancien attaquant a bataillé pour obtenir le renvoi du technicien flamand, nommé et soutenu par le ministre des sports. Un bras de fer qu’il a fini par remporter : le 29 novembre, quelques jours après sa réélection à la tête de la Fecafoot, Samuel Eto’o a limogé Marc Brys. Il a nommé à sa place David Pagou, un entraîneur camerounais jouissant d’une bonne réputation dans son pays, mais peu habitué aux grands rendez-vous internationaux.
Ce choix a d’autant plus surpris, à trois semaines du début de la CAN au Maroc, qu’il s’est accompagné de la publication d’une liste des joueurs retenus pour participer à la compétition, marquée par l’absence de cadres comme André Onana, Eric Maxim Choupo-Moting, Moumi Ngamaleu, Martin Hongla et du capitaine Vincent Aboubakar. « Un excellent état d’esprit » « Changer de sélectionneur tardivement, écarter des joueurs expérimentés trois semaines avant une grosse compétition et en appeler certains n’ayant jamais disputé de phase finale, c’était très risqué. Dans un cas pareil, ça passe ou ça casse » , relève André Kana-Biyik, champion d’Afrique en 1988, surpris par les performances de ses compatriotes. Car les Lions indomptables sont parvenus à se hisser en quarts de finale, après un parcours presque parfait.
Ils ont franchi le premier tour grâce à deux victoires face au Gabon (1-0) et au Mozambique (2-1) et un match nul convaincant contre la Côte d’Ivoire (1-1). En huitièmes de finale, ils ont validé la bonne impression laissée au premier tour en écartant l’Afrique du Sud (2-1), troisième de l’édition 2024. « Les joueurs ont montré un excellent état d’esprit. Ils sont combatifs, réactifs quand ils sont menés au score comme face au Gabon et au Mozambique, et ils proposent un football intéressant. Je pense que le Cameroun a toutes ses chances face à des Marocains qui ne sont pas totalement dominateurs depuis le début du tournoi » , estime Patrick Mboma, double champion d’Afrique avec le Cameroun en 2000 et 2002.
La sélection, où se mêlent des joueurs ayant acquis une certaine renommée sur le plan international tels que Bryan Mbeumo, Christian Bassogog, Carlos Baleba ou encore le prometteur Christian Kofane et d’autres beaucoup moins connus, rappelle celle qui avait remporté la CAN 2017 au Gabon à la surprise générale.
Samuel Eto’o plutôt discret « Il est exact qu’il existe des similitudes, même si le sélectionneur de l’époque [le Belge Hugo Broos] était en poste depuis plus longtemps que David Pagou et avait eu plus qu’une semaine pour préparer la phase finale, poursuit Patrick Mboma. Comme en 2017, le Cameroun n’est pas un favori, plutôt un outsider. » Restez informés
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Un statut qui semble convenir aux Lions indomptables, délestés d’une pression trop envahissante, comme il l’avait connue en 2022, quand le pays avait organisé la CAN. Les joueurs camerounais semblent bien s’entendre sur le terrain et en dehors. « L’équipe dégage de la sérénité, de la cohésion, beaucoup de solidarité, apprécie le Français Pierre Lechantre, sélectionneur du Cameroun lors de la conquête de la CAN en 2000. Quand je vois l’attaquant Mbeumo, qui est un peu la star de l’équipe, effectuer un énorme travail défensif, c’est une illustration. » Pour récompenser les joueurs de leur qualification pour les quarts de finale, le ministre des sports, Narcisse Mouelle Kombi, a décidé de verser à chacun d’eux une prime individuelle de 27 000 euros. De son côté, Samuel Eto’o se montre plutôt discret depuis le début de la compétition. « Il se comporte tout simplement comme un président de fédération. Il est présent, mais il reste dans son rôle, en se tenant à l’écart de l’équipe. Eto’o a fait des choix avant la CAN, mais qui sont jusqu’à maintenant validés sur le terrain » , note André Kana-Biyik.
Le Cameroun, qui était déjà outsider lors de la demi-finale de 1988, ne s’interdit plus rien. Et surtout pas de jouer à nouveau un mauvais tour au Maroc et affronter en demi-finales le vainqueur de Nigeria-Algérie, deux autres vieilles connaissances.
Source de l’article : Le Monde.fr



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