Stock de sécurité des produits pétroliers : un enjeu stratégique plus que jamais sous cloche
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Ecrit par Lamiae Boumahrou I
Depuis janvier 2023, aucune information officielle ne permet de savoir si le Maroc est parvenu à atteindre les niveaux réglementaires du stock de sécurité des produits pétroliers et du gaz, fixés à 60 jours de consommation, ni si les investissements prévus pour remédier à la situation ont-ils été réalisés encore moins si les pétroliers ont-ils honoré leur part du contrat ? Le silence autour de ce secteur stratégique commence à peser lourd.
S’il y a un domaine dans lequel l’actuel gouvernement semble avoir atteint un niveau d’excellence, c’est bien celui de la rétention de l’information. À la différence des précédentes équipes gouvernementales, l’accès aux données publiques, tous secteurs confondus ou presque, est devenu une denrée rare, pour ne pas dire un luxe.
Les exemples abondent. Mais c’est le cas d’un secteur particulièrement sensible pour l’économie nationale et la sécurité énergétique du Royaume qui retient aujourd’hui l’attention : celui des hydrocarbures. Depuis l’arrivée de Leila Benali à la tête du ministère de la Transition énergétique et du développement durable, la communication autour de ce secteur stratégique s’est progressivement raréfiée, jusqu’à frôler l’inexistence.
Le stock de sécurité des produits pétroliers, pilier fondamental de la souveraineté énergétique, en est l’illustration la plus éloquente. Un sujet désormais entouré d’un silence quasi institutionnel. La dernière information officielle remonte à janvier 2023, lorsque la ministre, lors de l’une de ses rares prises de parole, indiquait que le stock de sécurité du gasoil et du gaz butane dépassait à peine les 30 jours de consommation. Dans le détail, cela représentait 1,9 million de mètres cubes de produits pétroliers liquides et environ 500.000 mètres cubes de gaz de pétrole liquéfié (GPL).
Depuis, plus rien. Sur le site officiel du ministère, les données relatives aux hydrocarbures n’ont pas été actualisées depuis 2021, et celles concernant les combustibles depuis 2022. Une situation pour le moins préoccupante dans un contexte marqué par une forte volatilité des marchés énergétiques et par des tensions géopolitiques persistantes.
Le département dirigé par Leila Benali a manifestement fait le choix du silence, et ce, au détriment du principe de transparence, pourtant consacré par la Constitution. Ce mutisme soulève inévitablement des interrogations. Le ministère peine-t-il toujours à atteindre les objectifs fixés par la loi, à savoir un stock stratégique équivalent à 60 jours de consommation pour les produits raffinés détenus par les distributeurs ? Ou cherche-t-il à protéger des opérateurs pétroliers qui n’auraient pas respecté leurs engagements réglementaires ?
Ces questions sont d’autant plus légitimes que, comme le dit l’adage, « l’absence de communication ouvre la voie à toutes les interprétations » .
À ce déficit d’information sur les niveaux de stock s’ajoute un autre angle mort : l’état d’avancement des investissements annoncés par la ministre en avril 2023. Pour rappel, afin de remédier à une situation qualifiée par elle-même de menace pour la souveraineté énergétique du pays, Leila Benali s’était engagée à accompagner la mise en œuvre de projets portés par le secteur privé visant à augmenter les capacités de stockage des produits pétroliers liquides de plus de 550.000 tonnes.
Une enveloppe de 3 Mds de DH devait être mobilisée à l’horizon 2023, dont 2 Mds de DH pour les produits pétroliers liquides et 1 Md de DH pour le gaz butane, afin de renforcer les infrastructures de stockage. L’objectif affiché était clair : porter les capacités à plus d’un demi-million de mètres cubes, soit l’équivalent d’environ 13 jours supplémentaires de consommation.
Qu’en est-il aujourd’hui de ces engagements ? Difficile de le savoir. Ce qui est en revanche certain, c’est que les opérateurs pétroliers n’ont jamais été sanctionnés, en dépit des manquements répétés à la réglementation en vigueur. Le dahir portant loi n°1-72-255 du 22 février 1973, pris par dérogation à la loi n°9-71 relative aux stocks de sécurité, prévoit pourtant des sanctions claires, dont l’application demeure, à ce jour, largement théorique.
Dans un secteur aussi stratégique, le silence n’est pas une option. Il est, au contraire, un facteur de fragilisation supplémentaire.
Source de l’article : EcoActu.ma



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