Lettre ouverte à Sa Sainteté le Pape Léon XIV

Libé

25 décembre – Dignité humaine, justice, espérance et obstacles administratifs à la mobilité

Votre Sainteté,

Le 25 décembre dépasse les frontières des confessions. Il évoque, pour des millions de consciences à travers le monde, la naissance de l’espérance, la dignité irréductible de chaque être humain et l’appel à une paix fondée sur la justice plutôt que sur la peur.

C’est dans cet esprit, empreint de respect et de fraternité universelle, que je me permets de vous adresser cette lettre ouverte.

Depuis de nombreuses années, mon engagement s’inscrit dans la promotion du dialogue entre les religions, les cultures et les civilisations. Au Maroc, comme ailleurs, j’ai toujours œuvré pour la cohabitation pacifique, la reconnaissance de l’autre dans sa différence et la primauté de la dignité humaine sur toute logique d’exclusion. Ces convictions trouvent leur source dans l’expérience humaine, nourrie par des rencontres, des actions collectives et des solidarités concrètes.

Un souvenir précieux demeure de la relation d’amitié entretenue avec feu le père Joseph, prêtre de l’Eglise à Oujda, avec lequel des actions collégiales ont été menées en faveur de personnes vulnérables. Ces initiatives illustrent la puissance de la fraternité lorsqu’elle transcende les appartenances religieuses et nationales.

Or, Votre Sainteté, il arrive que ces engagements pour la rencontre et la paix se heurtent à des décisions administratives qui interrogent profondément le sens même de l’Etat de droit. Le refus de visa qui m’a été opposé par le Consulat général de France à Rabat, sans remise en cause d’un comportement personnel exemplaire ni d’un historique irréprochable de déplacements, invite à une réflexion qui dépasse largement ma seule situation individuelle et interroge la cohérence ainsi que la proportionnalité des décisions publiques.

Lorsqu’une décision semble s’éloigner des principes fondamentaux que sont l’examen individuel, la proportionnalité et la responsabilité strictement personnelle, ce n’est pas seulement un dossier administratif qui est affecté : c’est l’idée même de justice qui vacille. Le droit, lorsqu’il se détache de l’humanité concrète des personnes, perd une part de sa légitimité morale. Nul ne peut être tenu responsable des actes d’autrui ; ce principe universel rejoint, en profondeur, l’exigence morale portée par toutes les grandes traditions spirituelles.

Vous n’êtes pas, Votre Sainteté, une autorité administrative, et cette lettre n’est ni une requête ni une contestation. Elle est un témoignage. Un appel discret à rappeler que la dignité humaine ne saurait être fragmentée, conditionnée ou affaiblie par association indirecte.

En ce jour du 25 décembre, associé à l’idée de naissance et de renouveau, il est essentiel de rappeler que la paix et la justice ne se construisent pas uniquement par de grands discours, mais aussi par des décisions justes, silencieuses, respectueuses des parcours humains. Les politiques de circulation, lorsqu’elles sont perçues comme arbitraires, peuvent involontairement nourrir la défiance là où devraient prévaloir la confiance et la reconnaissance mutuelle.

Je forme le vœu que ce temps de célébration de l’espérance et de la fraternité soit l’occasion de réaffirmer, dans tous les contextes, la dignité de chaque personne, et que le dialogue entre les peuples, les religions et les cultures continue à se nourrir de respect, de justice et de considération mutuelle. Que ces valeurs s’étendent aux chrétiens, aux musulmans — dont je fais partie — aux juifs et à tous ceux qui, de par le monde, aspirent à la paix et à la coexistence.

En ce jour solennel, je tiens à adresser à Votre Sainteté mes vœux les plus respectueux et les plus chaleureux, en souhaitant santé, sérénité et inspiration dans la continuité de votre mission universelle pour la paix et la fraternité.

Je vous prie de croire, Votre Sainteté, à l’expression de mon profond respect et de ma considération sincère.

Oujda, Maroc

25 décembre 2025

Khalid FADIL

Militant engagé pour les droits humains et la justice sociale.

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Source de l’article : LIBE.MA