La qualité des PPP stimule la croissance au Maroc
Une étude récente menée par des chercheurs à l’Université Mohammed V de Rabat démontre que la croissance économique du Maroc dépend davantage de la qualité des investissements en partenariats public-privé (PPP) que du nombre de projets réalisés. Fondée sur trois décennies de données (1993–2023), cette analyse économique confirme que les effets positifs des PPP se manifestent surtout lorsqu’ils reposent sur une gouvernance efficace et des projets structurants.
Cette étude évalue la contribution des PPP à la croissance du PIB marocain à l’aide du modèle économétrique ARDL, qui distingue les effets de court et de long terme. Les résultats sont sans équivoque : à long terme, les investissements en PPP ont un effet positif et significatif sur la croissance, tandis que la multiplication des projets tend à produire l’effet inverse. Cette divergence montre que l’accumulation de contrats n’est pas garante de performance, et que la véritable valeur ajoutée des PPP réside dans leur efficacité d’exécution et leur impact socio-économique.
À court terme, en revanche, une hausse du nombre de PPP stimule temporairement l’activité, notamment dans les phases de lancement et de construction, avant que les effets structurels ne se stabilisent. Les chercheurs y voient un indicateur de la double nature de ces partenariats : instruments de relance à court terme et leviers de compétitivité à long terme, à condition d’une gestion rigoureuse et d’une allocation efficiente du risque entre public et privé. L’étude souligne également que l’inflation demeure un frein à la croissance, tandis que le chômage conserve un effet négatif et significatif, révélant les limites du modèle d’investissement sans réformes structurelles du marché du travail.
Historiquement, le Maroc a été pionnier en Afrique dans le recours aux PPP, depuis les concessions de services urbains jusqu’à la réalisation d’infrastructures majeures. Selon la CNUCED, il se classe deuxième sur le continent avec 27,5 milliards USD d’investissements cumulés, derrière le Nigeria. Des projets emblématiques tels que le port Tanger Med, le complexe solaire Noor Ouarzazate ou la LGV Tanger–Casablanca témoignent de la capacité du pays à mobiliser le capital privé au service d’objectifs stratégiques. Mais cette concentration des financements sur quelques grands chantiers limite parfois les retombées locales et sectorielles, notamment dans les régions à faible attractivité économique.
Les auteurs recommandent de renforcer la gouvernance des PPP en améliorant les mécanismes de sélection, d’évaluation et de suivi des projets, tout en consolidant la transparence contractuelle. Le Maroc dispose déjà d’un cadre législatif modernisé avec la loi 86-12, mais sa mise en œuvre reste perfectible, notamment sur l’analyse du risque budgétaire et la coordination interinstitutionnelle. L’étude plaide ainsi pour une stratégie nationale axée sur la qualité, la soutenabilité et l’innovation dans la conception des partenariats, afin de maximiser leur contribution à la croissance inclusive.
Selon les chercheurs, c’est cette approche sélective et gouvernée des PPP, plutôt qu’une multiplication quantitative des projets, qui permettra au Maroc d’ancrer durablement ses infrastructures comme moteurs de développement économique.
Source de l’article : Hespress Français – Actualités du Maroc



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