Miracle (abordable) en cuisine
Dans chaque entreprise se cache au moins un employé qui se distingue tant par son efficacité que par l’appui qu’il offre à ses collègues ou l’appréciation des clients. La Presse vous a demandé d’identifier cet employé dans votre entourage. Nous vous présentons son histoire. « Ce n’est pas parce que ça coûte 5 $ que je vais les laisser manger n’importe quoi. » Et à voir les plateaux remplis d’une assiette copieuse de spaghetti sauce bolognaise, d’une pointe de tarte appétissante et d’une salade de fruits colorée, force est de constater que Siham Belhaissi, la cheffe du Resto Plateau à Montréal, un organisme à but non lucratif, ne sert pas « n’importe quoi » à ses clients.
Chaque midi, du lundi au vendredi, avec son équipe formée d’une cinquantaine de personnes, dont plusieurs travailleurs en réinsertion, elle prépare en moyenne 350 repas destinés en grande partie à une clientèle qui souffre d’insécurité alimentaire : des familles avec enfants, des personnes âgées, des itinérants. Pour un total de 5 $, ils s’attablent avec un dîner comprenant une soupe, une salade, un plat principal – il y a toujours une option végétarienne –, un dessert, du pain et une boisson.
Avec le prix des denrées qui ne fait qu’augmenter, comment fait-elle pour élaborer des assiettes à la fois gargantuesques et abordables ? « C’est la magie de toute cette belle équipe » , répond Mme Belhaissi en montrant du doigt la cuisine où la brigade se prépare pour le coup de feu de 11 h 30.
Cette réponse qu’elle donne illustre toute l’humilité dont cette femme d’origine marocaine fait preuve. Elle refuse de s’attribuer le mérite. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi Audrey Mougenot, ancienne directrice générale du Resto Plateau, qui a travaillé avec elle pendant six ans, a voulu rendre hommage à cette femme, qui, selon elle, a toujours préféré rester dans l’ombre.
Et les habitués de l’endroit le lui rendent bien, à leur façon. La reconnaissance prend la forme du visage de Diane, d’Irène, de Marcel, de Normand. Ils viennent presque quotidiennement se régaler. « Choquée » par la faim « On mange comme des rois ! » , lance spontanément Diane Boudreau, en s’assoyant face à Marcel Messier à leur table habituelle. « Ici, c’est la meilleure place » , ajoute fièrement l’homme en attaquant son repas, dans cette salle joliment décorée pour Noël. « C’est gros » , laisse tomber Siham Belhaissi en faisant référence à l’hommage que lui a rendu Audrey Mougenot dans une lettre envoyée à La Presse. « Audrey, tu es allée trop loin » , s’est-elle dit à elle-même en lisant ces mots trop élogieux pour elle. « J’avais les larmes aux yeux. » Des larmes d’émotion qui ont du mal à la quitter. Pendant toute la durée de notre discussion, elle aura des vagues dans le regard et un sourire sur les lèvres. Chaque jour, Mme Belhaissi arrive au travail à 7 h. Elle se charge de concevoir les menus, de recevoir les dons et de planifier les commandes, tout en s’assurant du bien-être et de l’efficacité de son équipe en cuisine. Parmi les membres de sa brigade, on compte des gens en réinsertion qui ont peu d’expérience en cuisine et qui doivent jongler avec bien des défis.
Ce qui lui donne l’énergie de continuer ? « Des fois, j’entends des gens qui viennent ici et qui disent que ça fait deux jours qu’ils n’ont pas mangé. » « C’est ça que je veux donner au Québec que j’aime. » « Ici, je ne m’attendais pas à voir la faim, ajoute-t-elle. Je ne savais pas que ça existait, des gens qui n’étaient pas capables de se nourrir ici. Ça m’a choquée. » À la fin de notre discussion, alors que la queue s’allonge pour l’obtention d’un copieux plateau, nous demandons à Siham Belhaissi quel est le plat le plus populaire ici. Au Resto Plateau, les gens cherchent le réconfort. L’un des mets les plus appréciés : le pâté chinois. Si la cheffe n’avait jamais cuisiné ce repas avant de quitter le Maroc, elle a eu tôt fait d’apprendre la fameuse combinaison « steak, blé d’Inde, patates » .
Même ses deux filles âgées de 12 et 17 ans préfèrent le pâté chinois à son couscous et à son tajine, confie-t-elle en souriant.
Source de l’article : La Presse



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