CAN 2025 : le Soudan, l’équipe qui fait rêver tout un peuple en guerre
Le Soudan est entré dans l’histoire de la Coupe d’Afrique en devenant le premier pays à se qualifier pour les 8es de finale sans avoir marqué le moindre but. La seule victoire remportée contre la Guinée équatoriale en phase de groupes a en effet seulement été acquise grâce à un but contre son camp.
Malgré ce manque de performances offensives, les Soudanais se sont extirpés de leur groupe et seront opposés en 8es de finale, samedi 3 janvier, au Sénégal. La tâche paraît immense pour espérer décrocher leur billet pour le tour suivant. Les Crocodiles du Nil n’ont en effet marqué aucun but depuis huit matches. Le dernier (le seul inscrit en 2025) remonte au mois de mars contre le Soudan du Sud. Face aux Sénégalais, cadors de la compétition, ils vont donc devoir réaliser un exploit.
Face à ce qui est qualifié par l’ONU de pire crise humanitaire au monde, les membres de la sélection nationale ressentent le devoir de réconforter leurs compatriotes. Le gardien Mohamed Al Nour espère que son équipe ira « le plus loin » possible dans la CAN pour « faire plaisir au peuple » soudanais, éprouvé par l’effondrement du système de santé, la destruction des infrastructures et la famine dans certaines régions du pays. « On a vécu la terreur » , a confié avec pudeur à l’AFP le footballeur de 25 ans, qui évolue à Al Merreikh, l’un des deux plus grands clubs du Soudan. Son frère, affirme-t-il, a été détenu pendant près de neuf mois par les FSR.
Un championnat national à l’arrêt
Depuis le début de la guerre, le football est passé au second plan. Le championnat national est à l’arrêt, contraignant Al Merreikh, le club de Mohamed Al Nour, et son grand rival Al-Hilal à s’exiler, d’abord en Mauritanie puis au Rwanda. En 2025, les deux équipes ont toutefois disputé un mini-tournoi local afin de conserver leur éligibilité aux compétitions continentales, selon la Fédération soudanaise, qui a annoncé une relance du championnat en janvier dans les zones jugées sûres du pays. « Nous n’avons pas de championnat, nous n’avons rien, mais nous ne pouvons pas nous plaindre car les gens de mon pays n’ont pas de quoi manger » , relativise John Mano.
Certains membres de la sélection ne sont pas retournés dans leur pays depuis des années. John Mano évolue désormais en Libye dans le club d’Al Akhdar, tandis que son coéquipier, le milieu de terrain Ammar Taifour, a rejoint le Club sportif sfaxien, en Tunisie.
Après plus de deux ans, la guerre, marquée par des exécutions, pillages et viols, continue. À la suite de la prise en octobre d’El-Facher, dernier bastion de l’armée dans la vaste province du Darfour dans l’ouest du pays, les FSR ont recentré leurs opérations sur la région voisine du Kordofan. « Je prie juste pour la paix et pour que tous ceux qui se trouvent dans cette situation soient en sécurité et s’en sortent » , espère Ammar Taifour.
À ce stade, les efforts internationaux visant à instaurer une trêve dans le conflit sont restés sans résultat. Après la victoire surprise contre la Guinée équatoriale au Maroc, « c’était vraiment génial de voir la réaction » des Soudanais, qu’ils aient assisté au match au stade ou qu’ils aient envoyé des messages depuis l’étranger, se réjouit Ammar Taifour, espérant que les résultats des Crocodiles du Nil puissent les « éloigner de la guerre » le temps d’un instant.
Avec AFP
Source de l’article : France 24



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