football : le MAS de Fès porte son capital à 200 MDH
En valorisant sa marque à 71 millions de dirhams (MDH), le MAS de Fès change de dimension économique. Cette réévaluation d’actifs, couplée à une reprise de contrôle par l’association, permet de porter le capital social à 200 MDH. Une ingénierie nécessaire pour purger le passif et convertir les créances des investisseurs historiques en fonds propres.
Le redressement du Maghreb Association Sportive de Fès (MAS) emprunte une voie paradoxale. Pour projeter le club vers une valorisation inédite de 200 millions de dirhams, ses dirigeants ont dû opérer un retour en arrière radical. L’association sportive a repris le contrôle quasi total de la société anonyme pour effacer les vices de forme initiaux. Cette manœuvre de « table rase » actionnariale ne constitue pas un repli. Elle sert de fondation technique à une recapitalisation massive. L’opération transforme une dette insoutenable et une marque sous-évaluée en leviers de solvabilité. La nouvelle direction du club fassi tente ici de concilier la rigueur de la loi 30.09 avec les impératifs de la finance moderne.
98,79 % des actions restituées à l’association
La première phase de cette ingénierie juridique a nécessité une purge de l’actionnariat existant. Omar Bennis, président de la société sportive MAS SA, a piloté cette opération de restitution. L’objectif consistait à corriger les irrégularités de constitution de la société. La loi exige que l’association fondatrice détienne le contrôle initial avant toute ouverture aux capitaux privés. Cette étape avait été omise par le passé. Une distribution précoce des parts avait dilué l’influence de l’association. Le retour à la conformité a imposé un audit rigoureux. Le cabinet Grant Thornton a pris en charge le volet évaluation.
Hdid Consultant a traité les aspects fiscaux. Ces deux entités de référence ont balisé le terrain pour le transfert des titres. La majorité des actionnaires historiques a répondu favorablement à l’appel. Les sociétés immobilières Anassi et Binvest ont cédé leurs parts. Plusieurs personnes physiques ont suivi ce mouvement.
L’unanimité n’est toutefois pas absolue.
Deux actionnaires ont décliné la proposition de restitution. Il s’agit de Mohamed Amer et Khalid El Jamai (ancien président) qui conservent chacun 600 actions. Ce refus n’empêche pas la reconfiguration globale. L’association MAS détient désormais 98.794 actions. Cela représente 98,79% du capital. La structure respecte le minimum légal de cinq actionnaires pour une société anonyme. Les anciens détenteurs gardent alors une action symbolique. La reprise en main permet d’assainir le bilan avant l’injection de nouveaux fonds.
190 MDH d’augmentation globale
La restructuration débouche sur une augmentation de capital d’une ampleur significative. Le capital social de la société passera de 10 MDH à 200 MDH. L’opération porte sur un montant global de 190 MDH. Elle se divise en deux volets distincts. Le premier volet concerne l’apport en numéraire qui s’élève à 119 MDH. Cette somme correspond à l’émission de 1.190.000 nouvelles actions. Elle vise à injecter des liquidités fraîches et à apurer
le passif. Le second volet repose sur la valorisation des actifs immatériels. Le cabinet Grant Thornton a estimé la valeur de la marque MAS à 71 MDH. Ce chiffre tranche avec les estimations antérieures qui situaient le club autour de 10 millions de dirhams.
Cet apport en industrie intègre directement le capital social et ne nécessite pas de sortie de trésorerie immédiate pour les souscripteurs. Il valorise le potentiel commercial et l’histoire du club. La concrétisation de cet apport dépend d’un instrument juridique précis. Une convention lie l’association à la société pour l’exploitation de la marque. Le contrat actuel court jusqu’en 2028, alors que la validation de l’apport en industrie impose une extension de cette durée.
La convention sera prorogée de dix années supplémentaires le jour de la signature de l’augmentation de capital. Cette visibilité à long terme justifie la valorisation retenue par les auditeurs et sécurise l’actif principal de la société anonyme.
Ticket d’entrée fixé à trois millions de dirhams
La nouvelle configuration du capital s’ouvre désormais aux investisseurs externes. Les conditions d’accès traduisent une volonté de sélection rigoureuse. Le ticket d’entrée minimum est fixé à 3 MDH. Ce seuil écarte les participations anecdotiques et cible des partenaires financiers solides. Notons que l’ouverture n’est pas automatique.
L’association conserve son rôle de gardien du temple et mandate la présidence pour valider chaque dossier de candidature. La conformité des profils avec les intérêts supérieurs du club reste le critère déterminant. Selon les responsables de l’association, les investisseurs historiques ne disparaissent pas du tour de table. Leurs participations antérieures subissent une dilution mathématique dans la nouvelle structure. Ils conservent néanmoins un rôle central dans l’augmentation de capital. Le mécanisme retenu favorise l’assainissement des comptes. Les sommes déjà avancées par ces acteurs figurent dans les comptes courants d’associés et seront converties en actions.
Cette transformation de la dette en fonds propres concerne des figures comme Mohamed Bouzoubaa ou la famille Jamai. Ils s’inscrivent dans l’enveloppe des 119 MDH d’apport en numéraire. Cette conversion renforce la structure financière du MAS sans nécessiter de nouveaux décaissements massifs de leur part. Le club réduit ainsi son endettement tout en augmentant ses capitaux propres. Rappelons que la dette liée aux litiges sportifs et aux frais de fonctionnement pesait lourdement sur les bilans précédents. Le MAS achève ainsi sa mutation d’une gestion associative vers une ingénierie de société anonyme aux standards du marché.
Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO
Source de l’article : LesEco.ma



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