Accélération marquée du vieillissement démographique au Maroc
5,03 millions de personnes âgées de 60 ans et plus, 13,8 % de la population totale et une hausse de 58,7% en dix ans. Ces chiffres récents confirment une accélération marquée du vieillissement démographique au Maroc, révélant une transformation structurelle profonde de la pyramide des âges et annonçant des défis majeurs pour les politiques publiques, notamment en matière de protection sociale, de santé et de solidarité intergénérationnelle.
Selon les données issues des résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 2024, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus a atteint environ 5,027 millions à la date du 1er septembre 2024, contre 3,168 millions en 2014 et 2,376 millions en 2004. En l’espace de vingt ans, la population âgée a ainsi plus que doublé.
Entre 2004 et 2014, le nombre de seniors avait progressé de 33,3%, avant d’enregistrer une accélération nettement plus prononcée durant la période 2014-2024, avec une croissance de 58,7 %, illustrant un rythme de vieillissement inédit dans l’histoire démographique récente du pays.
Sur le plan du genre, les femmes demeurent majoritaires au sein de la population âgée, en raison de leur espérance de vie plus élevée. En 2024, elles étaient environ 2,576 millions, contre 2,451 millions d’hommes, soit 51,2% de l’ensemble des seniors. Cette proportion avait reculé à 50,8% en 2014 après avoir atteint 52,3% en 2004, avant de repartir légèrement à la hausse.
Parallèlement, le poids démographique des personnes âgées dans l’ensemble de la population ne cesse de croître. Leur part est passée de 7,2% en 1960 à 8% en 2004, puis à 9,4% en 2014, pour atteindre 13,8% en 2024. À l’inverse, la population en âge d’activité (15-59 ans) a reculé de 62,4% en 2014 à 59,7% en 2024, tandis que la proportion des moins de 15 ans a poursuivi sa baisse continue, passant de 44,4% en 1960 à 26,5% en 2024.
Les indicateurs montrent également que la croissance démographique des seniors dépasse largement celle de l’ensemble de la population. Le taux de croissance annuel moyen des personnes âgées est passé de 2,92 % entre 2004 et 2014 à 4,73 % sur la période 2014-2024, alors que celui de la population totale a reculé de 1,25 % à 0,83 % sur les mêmes périodes.
Cette évolution se reflète dans la transformation du rapport entre seniors et enfants. En 2004, le Maroc comptait moins de 26 personnes âgées pour 100 enfants de moins de 15 ans. Ce ratio est passé à plus de 37 en 2014, avant d’atteindre environ 52 personnes âgées pour 100 enfants en 2024, traduisant un bouleversement profond de la structure démographique.
Le vieillissement s’accompagne en outre d’une hausse significative de l’indice de dépendance liée à l’âge, qui mesure la pression économique exercée par les personnes âgées sur la population active. Cet indicateur est passé de 13,1% en 2004 à 14,9% en 2014, pour atteindre 22,8% en 2024, signalant un alourdissement progressif des charges sociales et économiques.
Ces mutations sont principalement attribuées à l’avancement du processus de transition démographique, marqué par une baisse continue de la fécondité et une amélioration notable de l’espérance de vie. L’indice synthétique de fécondité est ainsi passé de 7,2 enfants par femme en 1962 à 3,14 en 1994, puis à 1,97 enfant en 2024, un niveau inférieur au seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1 enfants par femme.
La baisse de la fécondité s’est observée aussi bien en milieu urbain qu’en milieu rural, avec une intensité plus forte dans les villes. Le nombre moyen d’enfants par femme en zone urbaine est passé de 7,77 en 1962 à 1,8 en 2024, contre une baisse de 6,91 à 2,4 en milieu rural sur la même période.
Cette évolution s’explique notamment par le recul de l’âge au premier mariage, la progression du célibat, l’élargissement de l’usage des moyens de contraception, ainsi que par l’amélioration du niveau d’éducation et l’accélération de l’urbanisation. L’âge moyen au premier mariage des femmes est ainsi passé de 17,5 ans en 1960 à 24,6 ans en 2024, et celui des hommes de 24 ans à 32,4 ans, tandis que le taux de recours à la contraception est passé de moins de 10% dans les années 1970 à 71 % en 2018.
L’ensemble de ces indicateurs annonce des défis démographiques majeurs pour les années à venir et souligne la nécessité d’anticiper des politiques publiques adaptées, capables d’accompagner le vieillissement de la population tout en préservant l’équilibre social et économique entre les générations.
Source de l’article : lareleve.ma



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