Conjoncture : un Maroc dynamique mais exposé aux incertitudes de 2026

Le Maroc, quoiqu’observant des signaux positifs dans plusieurs secteurs de l’économie reste profondément marqué par des déséquilibres budgétaires et commerciaux. C’est ce qui ressort de la note de conjoncture du mois de décembre, récemment publié par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) du ministère de l’Economie et des Finances (MEF).

Balayant de prime abord le contexte international, la note de conjoncture N°346 présente les projections de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Cette dernière table sur une croissance mondiale qui devrait ralentir à 2,9 % en 2026 après 3,2 % en 2025, avant de remonter à 3,1 % en 2027. Les trajectoires de cette dynamique économique planétaire restent divergentes : tassement aux États-Unis (1,7 % en 2026 après 2 % en 2025), ralentissement en Chine (4,4 % après 5 %), mais quasi-stabilité en zone euro (1,2 % après 1,3 %). L’inflation du G20 convergerait vers 2,5 % en 2027, ouvrant la voie à un assouplissement monétaire graduel.

Dans la zone euro, les estimations de l’OCDE révèlent que la croissance demeure modérée (1,3 % en 2025, 1,2 % en 2026), et est soutenue par la résilience du marché du travail et la désinflation. L’euro s’est apprécié à 1,18 dollar fin décembre, tandis que le Brent a reculé à 64 dollars le baril, en baisse de 14 % depuis début 2025. Le Japon, de son côté, devrait ralentir à 0,9 % en 2026-2027, malgré une demande intérieure soutenue par des hausses salariales et des mesures budgétaires.

Ce panorama de l’économie à l’échelle mondiale souligne de nombreux risques. Des risques qui ont pour nom, barrières tarifaires, volatilité des marchés, dette élevée et incertitudes géopolitiques. Face à cette conjoncture, l’OCDE plaide pour une coopération renforcée et des réformes structurelles. L’Organisation exhorte à investir dans l’intelligence artificielle pour stimuler la productivité.

Conjoncture : l’investissement s’intensifie

Dressant le tableau local, le document de la DEPF a mis en relief les conditions climatiques favorables, un atout pour la campagne agricole 2025-2026. Les mêmes conditions ont largement bénéficié aux barrages dont le niveau de remplissage se situe autour de 34,7 % fin décembre. Conséquence immédiate de cette embellie du climat, la forte progression des exportations agricoles de l’ordre de 7,3% à fin octobre.

Le secteur secondaire affiche également des performances solides, avec une hausse de la production manufacturière (+2,2 % au T3), un dynamisme marqué de l’extraction (+7,4 %), de l’énergie électrique (+6,1 %) et du BTP (+10,6 % pour les ventes de ciment).

Du côté du tertiaire, le document souligne la poursuite de sa consolidation, porté par le tourisme (+14 % d’arrivées à fin novembre, +16,7 % de recettes voyages à fin octobre.) et le transport (+11 % de passagers aériens, +6 % de trafic portuaire). Les télécommunications progressent aussi (+1,5 % pour le parc mobile, +3,1 % pour l’internet).

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Analysant la consommation des ménages, la note indique qu’elle reste vigoureuse, soutenue par une inflation négative (-0,3 % en novembre), les transferts des MRE (+1,5 %), les crédits à la consommation (+4,5 %) et la création de 220 000 emplois rémunérés au T3.

Pour ce qui est de l’investissement, il s’intensifie, stimulé par les grands chantiers et les dépenses d’équipement (+16,9 %), ainsi que par les IDE (+28,2 %), les importations de biens d’équipement (+15,2 %) et les crédits à l’équipement (+21,9 %).

Mais des fragilités subsistent. Les exportations progressent de 2,6 % à fin octobre, portées par les phosphates (+16,7 %), l’aéronautique (+8,3 %) et l’agriculture (+1,1 %). Les importations, elles, bondissent de 9,4 %, creusant le déficit commercial de 19,6 % et ramenant le taux de couverture à 56,5 %. Les réserves de changes couvrent 5 mois et 21 jours d’importations.

Sur le plan budgétaire, le déficit atteint 71,6 milliards de dirhams à fin novembre, contre 50,8 milliards un an plus tôt, conséquence d’une hausse des dépenses (+17,3 %) plus rapide que celle des recettes (+13,4 %). Le financement de l’économie reste dynamique (+6 % de crédits à fin octobre), mais les indices boursiers MASI et MASI 20 ont corrigé en novembre (-5,3 % et -5,4 %), ramenant leur performance annuelle à +25,9 % et +27,1 %.

Ce qu’il faut retenir de cette note de conjoncture, qu’elle présente deux photographies. La première étant celle d’une économie mondiale résiliente mais exposée à des risques multiples, et la seconde montrant un Maroc porté par des secteurs dynamiques, mais confronté à des déséquilibres budgétaires et commerciaux. Le défi reste alors à transformer ces signaux positifs en croissance durable, tout en consolidant les équilibres macroéconomiques.

Source de l’article : H24info