Flexibilité du dirham: une nouvelle étape à franchir en 2026

Le Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) a tenu, le 16 décembre dernier, sa dernière réunion trimestrielle de l’année 2025. Au terme de cette session, après avoir examiné l’évolution de la conjoncture économique internationale et nationale, le Conseil a décidé de maintenir inchangé le taux de change à 2,25%. Après la réunion, le Wali de BAM a tenu son habituel point de presse dans lequel il a répondu à un certain nombre de questions, notamment les étapes à franchir en 2026 pour la libéralisation totale du régime de change.

Au cours de cette cession, le Conseil a examiné l’évolution de la conjoncture économique ainsi que les projections macroéconomiques à moyen terme de BAM. Il a relevé, au niveau international, un certain apaisement des tensions commerciales, mais le niveau d’incertitude reste élevé. Dans ce contexte, la croissance de l’économie mondiale poursuivrait son ralentissement, revenant de 3,2% en 2024 à 3,1% cette année, puis à 2,7% en 2026, avant une amélioration à 3% attendue en 2027. Dans ce contexte, l’inflation poursuivrait sa baisse à l’échelle mondiale, revenant de 3,7% en 2024 à 2,9% en 2025 et en 2026, avant de remonter à 3,1% en 2027.

Concernant l’orientation des politiques monétaires dans les principales économies avancées, après 8 baisses opérées depuis juin 2024, la BCE (Banque Centrale Européenne) a décidé, lors de sa réunion du 30 octobre, de maintenir ses taux inchangés [2,0%-2,15%]. En revanche, constatant la hausse du chômage et l’accentuation des risques baissiers pesant sur les perspectives de l’emploi aux Etats-Unis, la FED (le Trésor Fédéral) a décidé, à l’issue de sa réunion des 9 et 10 décembre, de réduire la fourchette cible du taux des fonds fédéraux de 25 pb à [3,50%-3,75%].

Lire aussi | Bank Al-Maghrib maintient son taux directeur inchangé

Au niveau national, la croissance économique devrait marquer une accélération notable à 5% cette année et se consolider à 4,5% en moyenne au cours des deux prochaines années. En effet, la valeur ajoutée agricole ressortirait, sous l’hypothèse d’un retour à des campagnes céréalières moyennes, en hausse de 4% en 2026 et de 2% en 2027. Pour les activités non agricoles, la croissance resterait vigoureuse à la faveur de la forte dynamique de l’investissement, s’établissant à 5% cette année, à 4,8% en 2026 et à 4,5% en 2027.

S’agissant de l’inflation, elle continue d’évoluer à des niveaux bas, ressortant à 0,8% en moyenne sur les dix premiers mois de 2025. Elle devrait, selon les projections de BAM, s’accélérer graduellement pour converger vers des niveaux en ligne avec l’objectif de stabilité des prix. Ainsi, après un taux de 0,8% prévu pour l’ensemble de cette année, elle s’établirait à 1,3% en 2026 puis à 1,9% en 2027. Pour ce qui est des anticipations d’inflation, elles restent bien ancrées. Tenant compte de l’ensemble de ces éléments, le Conseil a jugé que le niveau actuel du taux directeur reste approprié et a décidé de le maintenir inchangé à 2,25%.

S’agissant des conditions monétaires, le besoin de liquidité bancaire se creuserait progressivement pour se situer à 158 MM DH en 2027. Pour ce qui est du crédit bancaire accordé au secteur non financier, son rythme connaîtrait une accélération à 4,1% en 2025 et à 5% en 2026 et en 2027. Concernant la valeur du Dirham, les évaluations trimestrielles réalisées par BAM indiquent qu’elle reste globalement alignée avec les fondamentaux économiques. Le taux de change effectif devrait s’apprécier de 2,2% en termes réels en 2025, résultat d’une hausse de sa valeur en termes nominaux, atténuée par un niveau d’inflation domestique inférieur à celui des pays partenaires. Il se déprécierait ensuite de 2,8% en 2026 et de 0,5% en 2027. Au plan des finances publiques, tenant compte de l’exécution budgétaire à fin octobre, des données de la LF 2026 et de la Programmation Budgétaire Triennale 2026-2028, les projections de BAM font ressortir une poursuite de la consolidation budgétaire à moyen terme.

Lire aussi | Marché monétaire: une marge de manœuvre pour poursuivre l’assouplissement en 2026

Lors de la conférence de presse après la réunion du Conseil, M.Abdellatif Jouahri, le Wali de BAM, a répondu à un certain nombre de questions. En réponse à une question sur le financement des PME, le Wali a expliqué que BAM a élaboré une stratégie de financement visant à faciliter l’accès des entreprises aux ressources nécessaires à leur développement. Le Wali a rappelé que ce sujet constitue une priorité de longue date pour BAM, d’autant plus que 30% du refinancement du secteur bancaire leur est destiné. Il a indiqué aussi que, conformément aux orientations Royales, BAM a décidé de renforcer son action en capitalisant sur l’expérience du programme Intelaka, qui a permis de mobiliser 9 MMDH au profit de 38.000 entreprises.

Il a précisé aussi que l’analyse a révélé que plus de 40% des projets d’investissement présentés par les PME aux banques étaient refusés. Ce constat a conduit BAM à revoir son approche, en mettant l’accent sur l’accompagnement dès le début du processus. L’objectif à moyen terme est de permettre aux PME de sortir de la vulnérabilité, de renforcer leurs fondations et de soutenir leur croissance. Dans ce cadre, BAM a décidé de mettre en place un Scoring national de la TPME, élaboré par une Startup qui s’appuie sur l’IA, en collaboration avec le Crédit Bureau et actuellement en cours de finalisation.

Lire aussi | Afrobarometer: la confiance des Marocains dans le système judiciaire à des niveaux records

Les banques seront tenues d’utiliser ce Scoring et devront justifier toute décision contraire. En parallèle, des programmes d’accompagnement seront assurés par le Crédit Agricole du Maroc, Maroc PME et les Centres régionaux d’investissement, ainsi que des actions de sensibilisation et d’éducation financière. Il a souligné que « le soutien continu et les conseils financiers sont indispensables pour garantir un financement efficace et obtenir l’impact souhaité sur l’économie nationale » .

En réponse à une question de Challenge sur les étapes prévues en 2026 pour le passage éventuel à la convertibilité totale du Dirham, le Wali a annoncé que BAM prévoit de lancer une phase pilote du ciblage d’inflation, dans le cadre d’une transition graduelle et prudente vers un régime de change plus flexible. « L’année 2026 servira d’année d’essai pour le ciblage de l’inflation, avec l’appui technique du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de banques centrales partenaires. L’application effective interviendra progressivement à partir de 2027 » . Le Wali a insisté, à ce niveau, sur la nécessité pour l’ensemble des opérateurs économiques de bien comprendre les implications de cette flexibilisation, qui se fera après une étape intermédiaire.

Source de l’article : Challenge.ma