CAN 2025 : au Soudan, le football resté compétitif et devenu symbole d’espoir en pleine guerre civile
Une sélection à son meilleur niveau et qui rassemble dans un contexte de guerre civile. Qualifié pour sa deuxième Coupe d’Afrique des nations de rang, une première depuis les années 1970, le Soudan vise un premier point face à la Guinée équatoriale pour le compte de la deuxième journée, dimanche 28 décembre à Casablanca (Maroc). L’équipe portera les espoirs d’un pays pour une réussite sur les pelouses.
Car les Faucons de Jediane sont devenus l’étendard d’un pays plongé depuis avril 2023 dans une guerre civile sans fin, entre l’armée du général Abdel Fattah al-Burhane et les paramilitaires des Forces de soutien rapide, issues des milices du Darfour. En deux ans et demi, le conflit, qualifié de « plus grande crise humanitaire et de déplacement aujourd’hui dans le monde » par les Nations unies et l’Unicef, aurait déjà fait au moins 150 000 victimes, et plus de 13 millions de déplacés, selon plusieurs organisations humanitaires.
Clubs et joueurs déplacés
Dans ce contexte, le football a forcément été percuté de plein fouet par le conflit. Après avril 2023, le championnat national a été mis à l’arrêt, « donc cela apporte un challenge à la sélection des joueurs » , a confié le sélectionneur James Kwesi Appiah sur le site de la CAF. Ses deux plus grands clubs, Al Hilal (30 titres de champion national, deux finales de Ligue des champions de la CAF), et Al Merrikh, ont été intégrés au championnat du Rwanda pour la saison 2025-2026, après avoir évolué en Super D1 mauritanienne en 2024-2025. « C’était le seul choix pour donner aux joueurs la possibilité de fuir la guerre et le pays » , expliquait le capitaine Abelrahman Kuku au Guardian en novembre 2024. « On jouait face à n’importe quel adversaire… Moi, je n’aurais jamais pu continuer à faire du foot dans ces conditions. On ne peut pas abandonner des gens comme ça, ils sont si respectueux, si courageux. Ces garçons ne se plaignent jamais » , s’est souvenu Florent Ibenge, ancien international congolais et entraîneur d’Al Hilal entre 2022 et 2025, à L’Équipe en septembre dernier.
Alors que de nombreux joueurs, membres du staff et de la fédération ont été déplacés en raison du conflit, la sélection n’a plus disputé un match à domicile depuis mars 2023 : ses rassemblements se sont, parfois, faits en Arabie saoudite, et elle évolue notamment en Libye voisine. Pour James Kwesi Appiah, « la clé a été de changer la perception des joueurs pour leur faire voir n’importe quelle enceinte comme à domicile, et donner le meilleur pour les gens du Soudan. » « Sans un championnat fonctionnel, on se repose sur l’engagement et le travail en rassemblement. Mon équipe technique a aussi travaillé sans s’arrêter malgré les challenges, et cette unité nous a aidé à avoir du succès. » James Kwesi Appiah, sélectionneur du Soudan
à la CAF
Le football soudanais a tout de même réussi à rester compétitif. L’intégration aux championnats étrangers des deux plus grands clubs du pays, qui fournissent plus de la moitié des internationaux sélectionnés pour la CAN 2025 (15 sur 27), a permis aux joueurs de garder le rythme de la compétition. Les nombreux déplacements de la sélection ne l’ont pas empêché de, longtemps, jouer une place pour les barrages intercontinentaux de qualification à la Coupe du monde 2026, avant une troisième place finale, synonyme d’élimination.
À l’ouverture de la fenêtre internationale de septembre, après six journées, le Soudan était encore invaincu et à égalité de points avec le Sénégal. Quelques mois plus tôt, les Soudanais, hôtes de la première édition et vainqueurs en 1970, s’étaient qualifiés pour leur deuxième CAN de rang en éliminant notamment le Ghana, après avoir disputé seulement trois des 13 précédentes éditions depuis le début des années 2000. Pour leur entrée en lice dans la compétition au Maroc, ils n’ont cependant pas réussi à créer l’exploit face à l’Algérie, en infériorité numérique pendant 50 minutes et largement battus (3-0).
Le football pour dépasser la guerre
Mais au Soudan, le football et la sélection sont surtout devenus un symbole d’espoir pour la population, avec une portée plus grande que le terrain. « Le contexte de la guerre anime l’équipe. C’est une grande motivation pour nous, de savoir que nous sommes quasiment la seule raison pour les gens d’être heureux au Soudan » , assurait ainsi Abelrahman Kuku, défenseur de la sélection au Guardian. « Quand on joue, il n’y a que ça qui compte dans le pays. La guerre s’arrête pour 90 minutes car tout le monde regarde, il n’y a pas de combat. » Abelrahman Kuku, défenseur du Soudan
au Guardian
Source de l’article : Franceinfo



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