Myrtilles : la culture de l’année 2025 au Maroc !

Le Maroc, de novice à acteur mondial de la myrtille : un essor fulgurant

En quinze ans, la culture de la myrtille au Maroc est passée d’une expérimentation marginale à une industrie agro-exportatrice de premier plan, inscrivant le Royaume durablement parmi les leaders mondiaux de ce fruit rouge très prisé. Cette transformation ne résulte ni d’un effet de mode ni d’un simple engouement de marché, mais d’une stratégie publique et privée coordonnée qui a su conjuguer atouts naturels, investissements technologiques, adaptations techniques et orientations commerciales ciblées.

Selon les chiffres agrégés par plusieurs plateformes spécialisées, le Maroc a exporté 83 000 tonnes de myrtilles en 2024, le propulsant au 4ᵉ rang mondial des exportateurs, aux côtés de l’Espagne et du Chili, derrière le Pérou et le Chili mais devant les États-Unis. Cette progression représente une croissance moyenne annuelle d’environ 43 % par an depuis 2009, quand les exportations marocaines ne dépassaient pas 636 tonnes.

Derrière ces chiffres, des forces structurelles puissantes : des conditions agro-climatiques favorables dans les bassins du Loukkos, du Gharb et du Souss-Massa, un calendrier de récolte qui occupe des créneaux de contre-saison essentiels sur les marchés européens, et une proximité géographique qui réduit significativement les coûts logistiques vers l’Union européenne.

Une filière orientée vers l’export mais confrontée à des défis techniques

le Maroc (…) 4ᵉ rang mondial des exportateurs

La filière marocaine de la myrtille est résolument tournée vers l’international. Depuis le début des années 2020, les superficies dédiées à cette culture ont rapidement augmenté, dépassant 7 500 hectares en 2025, avec des projections visant 10 000 hectares d’ici la fin de la décennie. L’objectif affiché par les acteurs du secteur est de satisfaire une demande mondiale croissante et de diversifier les marchés au-delà de l’Europe, vers le Moyen-Orient et l’Asie.

Le Maroc a également commencé à développer des stratégies d’irrigation plus efficientes, intégrant le goutte-à-goutte et le recyclage des eaux, pour faire face à la pression hydrique croissante d’un climat méditerranéen de plus en plus marqué par la sécheresse.

Sur le plan technique, plusieurs acteurs du terrain témoignent que la production exige une expertise accrue, notamment en fertilisation, gestion de la fertigation, conduite de culture et maîtrise de la post-récolte. Ces défis techniques sont au centre des préoccupations des producteurs marocains, qui organisent des sessions de formation et partagent des retours pratiques lors de conférences professionnelles, comme la Morocco Berry Conference.

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Portraits d’acteurs et stratégies de production

Dans ce paysage en pleine mutation, certaines entreprises marocaines ont émergé comme des leaders structurants de la filière. African Blue Morocco, filiale d’un groupe international, est un exemple emblématique : présente depuis 2007, elle gère aujourd’hui plusieurs centaines d’hectares et a mis en place une stratégie de restructuration visant à améliorer variétés et rendements, intégrant des cultivars de haute qualité adaptés aux contraintes locales.

D’autres acteurs, souvent en partenariat avec des multinationales ou sous licence de variétés spécifiques, investissent dans des méthodes de culture innovantes adaptées à la demande européenne de myrtilles de haute qualité, exploitées souvent en conduite de sous-sol ou en substrat technique.

Ces stratégies s’accompagnent d’une attention particulière à l’alignement des normes phytosanitaires et de qualité, en vue de satisfaire les exigences strictes des grandes surfaces européennes. Cela dit, la dynamique d’exportation vers des marchés plus exigeants comme les États-Unis est encore entravée par des contraintes réglementaires et logistiques, comme l’illustre l’analyse des volumes très limités de myrtilles marocaines qui y entrent malgré l’intérêt commercial identifié.

L’économie de la myrtille au Maroc : croissance et défis

Sur le plan économique, le développement de la culture de la myrtille participe à la diversification des exportations agricoles marocaines. Dans un pays où l’agriculture représente une part significative de l’emploi rural et des recettes à l’export, cette filière a permis d’ouvrir de nouvelles fenêtres de marché, particulièrement en Europe où la demande de fruits frais de contre-saison est forte.

Mais cette croissance rapide n’est pas exempte de défis. Au-delà de la gestion de l’eau et de l’expertise agronomique, il existe une variabilité des rendements entre bassins de production, et des besoins accrus en structuration logistique pour éviter les pertes post-récolte ou les surcoûts de transport. Les exportateurs pointent aussi la nécessité d’améliorer la collaboration entre petits producteurs et grandes unités de conditionnement pour optimiser les flux et renforcer la compétitivité prix du produit marocain sur les marchés internationaux.

Prix de vente des myrtilles sur les marchés européens

Sur les marchés européens, les prix des myrtilles montrent une forte variation selon les circuits de distribution, la saison et la qualité du produit. Dans les échanges de gros, les cotations observées début 2025 dans plusieurs capitales de marché européennes, comme Varsovie, Łódź ou Poznań, se situaient généralement entre 7 et 11 € le kilogramme pour des myrtilles fraîches en entrée de saison, reflétant la présence simultanée de myrtilles locales et importées. Cette variation s’explique par l’équilibre entre offre et demande locale et les volumes disponibles en provenance des zones de production, y compris ceux de contre-saison comme le Maroc.

les prix peuvent être élevés pour des myrtilles de qualité supérieure : autour de 14 €

Les données de cotation de marché en gros en France – notamment via les plateformes de références telles que France Agrimer – montrent que les prix peuvent être encore plus élevés pour des myrtilles de qualité supérieure ou issues de circuits spécialisés : autour de 14 € à plus de 19 € le kilo pour les produits biologiques sur certains marchés de gros, avec des écarts importants selon les calibres et origines.

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Au détail, ces écarts se creusent encore : les prix à la consommation peuvent osciller entre environ 13 € et plus de 30 € par kilo selon le pays, le réseau de distribution et la période de l’année, les variétés premium et les formats de conditionnement (petites barquettes, offres bio) commandant généralement des valeurs plus élevées.

Cette architecture tarifaire européenne a des implications directes pour les stratégies d’exportation marocaines : elle influence les marges des importateurs et la capacité des opérateurs nationaux à positionner leurs volumes à des prix attractifs tout en couvrant les coûts logistiques et les commissions commerciales. Elle renforce aussi l’importance de la qualité homogène et des certifications, qui permettent aux myrtilles marocaines de rester compétitives face à d’autres origines à des prix parfois inférieurs.

2025 : une saison charnière et perspectives pour l’avenir

L’année 2025 marque un tournant pour la filière blueberry marocaine : les premières récoltes précoces ont commencé dès décembre, annonçant une campagne 2025-2026 qui pourrait être l’une des plus importantes jamais enregistrées, avec des prévisions atteignant 80 000 tonnes de production. Cette dynamique s’appuie sur des conditions climatiques jugées favorables par les professionnels, ainsi que sur une demande internationale soutenue par les circuits de distribution européens et par une présence croissante des myrtilles marocaines dans les rayons des supermarchés.

La saison doit encore confirmer cette promesse de volume, mais elle illustre déjà l’enracinement de cette culture dans les stratégies agricoles nationales et les chaînes d’approvisionnement mondiales. L’enjeu pour les prochaines années sera d’asseoir cette croissance sur des fondations durables, tant sur le plan environnemental que socio-économique, en consolidant les compétences techniques, en améliorant encore la gestion de l’eau et en diversifiant les marchés d’exportation au-delà de l’Europe.

La myrtille est bien devenue au Maroc une culture de l’année 2025, non pas par un ensemble d’initiatives isolées, mais par une transformation profonde de la filière qui l’a hissée parmi les grands acteurs mondiaux en moins de deux décennies. Cette réussite repose sur une combinaison d’atouts naturels, d’investissements techniques, d’organisation professionnelle et d’une orientation stratégique vers l’exportation.

Les défis qui subsistent, maîtrise de l’eau, cohésion des chaînes logistiques, adaptation aux normes internationales, sont autant de leviers pour pérenniser cette croissance.

Source de l’article : AgriMaroc.ma