2026, l’année de toutes les attentes
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Rares sont les grands médias internationaux qui n’ont pas le regard tourné vers ce royaume qui cartonne de victoire en victoire, alors que le pays tout entier est mobilisé pour mener à terme une Coupe d’Afrique qui a bien commencé. Si la CAN ne se retrouve pas toujours en une, elle suscite bien l’intérêt et bien des jalousies. Thème majeur de préoccupation, si la fête du foot africain est largement commentée à l’étranger, c’est parce que le foot, ça fait vendre, certes, mais c’est aussi parce que la fête se passe en Afrique entre africains dans un pays africain, le Maroc que certains ont bien des difficultés à penser comme un pays faisant partie du continent « noir » !
Et là, le premier défi qui se posera au pays après que les lumières des stades se soient éteintes, c’est justement celui de la continuité d’un élan, d’un rêve africain où le royaume s’est investi corps et âme.
Mais au-delà du football, au-delà de la diplomatie, le Maroc sera appelé à traduire concrètement les retombées positives non seulement de la CAN, mais aussi de l’offensive tous azimuts qui a été lancée pour faire de la philosophie de « La façade atlantique » annoncée par le Souverain, une réalité. Ce nouvel horizon géopolitique du Royaume devra assurer l’ancrage africain du Maroc, et permettre ainsi grâce à son ouverture sur les Amériques et l’Europe, de se positionner comme un hub stratégique entre les continents. Si cette diplomatie atlantique, qui fait partie d’une vision royale, finissait par faire de l’océan atlantique un espace réel de coopération, d’investissement et de circulation maritime, alors là, le pari sera gagné.
Nonobstant l’offensive diplomatique, c’est bien l’économie qui ouvrira les portes de l’Afrique au Maroc. En effet, pour soutenir le rêve d’ouverture africaine qui continue d’inspirer la nation, le pays accélère la mise en œuvre de sa stratégie portuaire avec la mise en service au cours des trois prochaines années, de nouveaux ports majeurs, comme Nador West Med ou Dakhla Atlantique, qui viendront soutenir les records accomplis par le complexe de Tanger Med sur les façades méditerranéenne et atlantique. Le port de Nador West Med, en construction sur la Méditerranée, entrera en activité au second semestre 2026 alors que celui de Dakhla Atlantique, sera opérationnel en 2028.
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L’objectif affiché, est de mettre à disposition de près de 2000 entreprises nationales et internationales et des sous-traitants opérant dans des secteurs à forte valeur ajoutée, comme l’automobile et l’aéronautique.
Si le royaume affiche de belles réussites dans les autoroutes, les ports, les stades, les réseaux ferroviaires et autres projets structurants, des secteurs comme la santé ou l’enseignement restent bien malades. Ce qui fait qu’aujourd’hui, c’est la « bonne santé » , qui constitue aujourd’hui la préoccupation principale des Marocains. Mais pour avoir un bon système de santé, rien ne sert de courir, il faut partir à point.
A la veille du jour de l’an, Amine Tahraoui, avait fait le déplacement à la Chambre des conseillers pour dresser un bilan positif de la phase pilote des Groupements sanitaires territoriaux (GST). Revenant sur le lancement d’une expérience pilote dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, le ministre de la Santé et de la protection sociale, semble satisfait de ce nouveau modèle d’organisation qui aurait « enregistré des indicateurs positifs à plusieurs niveaux » . « L’expérience a abouti à une réduction des délais de gestion et à une amélioration de la rapidité de prise de décision au niveau régional » , a-t-il précisé, tout en mettant en avant le rôle clé d’un système d’information régional unifié, reliant les différents établissements et permettant un suivi coordonné du parcours des patients. Malgré ce satisfecit, les attentes sont grandes , pour qu’un système de santé soit équitable et profitant à tous, il faut des médecins équitablement répartis sur le territoire, des centres hospitaliers accueillant les malades dans des conditions décentes, un réseau de soins coordonné entre le public et le privé. Il faudrait également trouver une solution pour désengorger les urgences ; rendre aux soignants la gestion des hôpitaux pour combattre la bureaucratie administrative; lutter contre la corruption, qui est dans plusieurs cas de figure, le fait des personnels de santé etc…
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Le droit à une bonne santé fait partie d’un État social crédible, mais la protection sociale ne se limite pas aux soins de santé et les défis auxquels se heurte le système de protection sociale au Maroc sont difficiles à relever en raison notamment des inégalités sociales persistantes. Aujourd’hui, le système exclut une grande partie de la population, notamment les travailleurs informels et ruraux même si les réformes des années 2000, avec l’AMO et le RAMED, ont bien tenté de combler les lacunes.
La Loi-Cadre 09- 21 visant une couverture universelle prévoit l’élargissement de l’AMO à 22 millions de bénéficiaires supplémentaires, des allocations pour 7 millions d’enfants et l’intégration des migrants dans le système de retraite. Pourtant, le financement de ces mesures (estimé à 51 milliards de dirhams annuels) pensé comme un modèle mixte, combinant cotisations et subventions réelles dans un contexte de contraintes budgétaires sans oublier les défis que sont l’intégration des travailleurs informels. Ces réformes actuelles bien que porteuses d’espoirs réels restent tributaires d’un financement pérenne et d’un système de santé plus performant.
Si on veut rester factuel, on ne peut éviter de se focaliser sur une « vraie » crise de l’enseignement qui suscite une inquiétude réelle des Marocains.
Comment faire alors, pour empêcher que l’école publique marocaine ne s’enfonce encore plus dans une crise structurelle ? Certes, le gouvernement Akhannouch ne détient pas la baguette magique mais l’exécutif a , à plusieurs reprises déroulé une vision ambitieuse en matière de réforme de l’éducation, plaçant l’école publique au cœur de l’agenda politique national. Une réforme censée faire de l’école marocaine une fabrique de citoyens autonomes, intégrés et porteurs de compétences utiles au développement du Royaume.
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Le gouvernement avait décliné une feuille de route ambitieuse pour 2022-2026, articulée autour de trois piliers : l’élève, l’enseignant, et l’école. S’agit-il vraiment de plans de transformation en profondeur de l’éducation ou bien ira-t-on de réformes en réformes sans résultats palpables, à l’instar de ce qu’on a vécu avec la « charte nationale » , « le programme d’urgence » , « la vision stratégique, etc. – sans qu’on ait réussi à venir à bout des défis structurels, qui secouent l’enseignement depuis les années 1980 ?
Parler des attentes en 2026, impose d’évoquer aussi le sérieux problème de la justice au Maroc. Entre ambition et frilosité, le secteur de la justice est en ébullition, les réformes se suivent et ne se ressemblent pas, les textes de lois se succèdent à une vitesse incroyable et pourtant, les citoyens continuent d’avoir un ressenti plutôt négatif vis-à-vis du passage devant les tribunaux. Quels sont les défis qui attendent la Justice en cette année 2026 ?
Les grandes priorités pour l’année budgétaire 2026. Le document a dressé le portrait d’une administration en pleine mutation, engagée dans un vaste processus de modernisation.
S’agissant du bilan législatif, l’année écoulée a été marquée par une activité législative intense. Plusieurs textes majeurs ont été publiés au Bulletin officiel, dont la loi 03.23 relative à la procédure pénale, qui entrera en vigueur trois mois après sa publication, et la loi 46.21 organisant la profession des commissaires de justice. Parallèlement, des projets structurants, comme celui portant sur la création de l’Agence nationale de protection de l’enfance (29.24), ont été déposés au Parlement.
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Sur le plan législatif plusieurs projets de loi majeurs, devront être finalisés, il s’agit notamment de la révision du Code de la famille, de l’adoption d’un Code des droits de l’enfant et de la loi créant la Banque nationale des empreintes génétiques.
Concernant le digital, on notera la création d’une plateforme dédiée aux ventes aux enchères judiciaires, la gestion électronique des procès-verbaux d’infraction au Code de la route et la mise en place d’un système de délivrance de l’apostille pour les documents judiciaires.
Le budget 2026 consacré à la justice, reflète de grandes ambitions puisqu’il donne droit à 300 nouveaux postes budgétaires, un département des équipements doté de 376,45 millions de dirhams (MDH). Encore faudrait-il, que ce bilan ambitieux qui témoigne d’une dynamique de réforme résolue, débouche pour les citoyens d’une égalité en droit qui nécessite obligatoirement que le recours à la justice soit accessible à tous et à toutes, de manière équitable.
Last but not least, comme beaucoup de pays, le Maroc est à la croisée des chemins avec les législatives les plus compliquées et les plus importantes de son histoire. Le royaume, qui a vécu plusieurs orages politico-économiques avec des troubles divers, a aussi connu un automne politique intense et les élections de 2026 sont appelées à trancher avec les pratiques du passé, non seulement parce que la rue l’a demandé expressément, mais aussi parce qu’il s’agit là de l’un des scrutins les plus déterminants de l’histoire de la nation. Plus qu’une échéance électorale, ces législatives sont conçues comme un test de sincérité démocratique, un examen de crédibilité internationale puisque vite dit, vite fait, le ministre de l’Intérieur avait pris son bâton de pèlerin pour expliquer que l’objectif numéro 1 du ministère de tutelle est de garantir l’intégrité des prochaines élections. Armé des directives royales, Abdelouafi Laftit est monté au front pour rappeler que l’éthique publique est désormais une condition fondamentale pour renforcer le rôle des institutions élues et la crédibilité de la démocratie marocaine.
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Résultat, ce sont pas moins de trois textes majeurs qui sont nés des consultations avec les formations politiques: un projet de loi organique sur la Chambre des représentants, un texte sur les partis politiques, et un troisième sur les listes électorales générales, le processus référendaire et l’usage des médias audiovisuels publics durant les campagnes. Des textes, qui visent tous à garantir des élections équitables, transparentes et inclusives, où la compétition politique s’exerce à armes égales.
Des promesses qui suscitent au sein de la population des espoirs qui vont bien au-delà des promesses électorales. La population qui attend du changement dans l’attitude politique de l’exécutif souhaite une équipe soudée, volontaire et dont l’action collective sera apte à relever les défis qui s’annoncent en se montrant innovante et audacieuse, un staff ministériel qui devra se démarquer des tiraillements du précédent, qui peinait à travailler main dans la main. La cohésion politique attendue devra aussi irriguer les travées du parlement et insuffler un esprit constructif au sein de l’honorable institution, trop souvent paralysée par de néfastes réflexes partisans et corporatistes, n’oublions pas que le Roi Mohammed VI, lui-même a, à plusieurs reprises, appelé à » moraliser « la vie politique.
Gare à ne pas décevoir les espoirs ! En particulier pour le petit peuple, qui désire retrouver, après les affrontements politiques qui s’annoncent serrés pour 2026, la sérénité du vivre ensemble . Inchaa Allah !
Source de l’article : Challenge.ma



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